De meilleurs indicateurs pour une vie meilleure

L’OCDE, pionnière de la mesure du progrès et du bien-être, lance une nouvelle initiative prometteuse comprenant Your Better Life Index (Votre indice « mieux vivre »). Un grand pas en avant pour évaluer le bien-être réel des citoyens, mais aussi pour les impliquer pleinement dans le processus.

L’économie de votre pays a progressé de 2 % l’année dernière ; êtes-vous pour autant plus heureux ou plus riche de 2 % ? Prenons le revenu national par habitant, ou le PIB par habitant, qui représentent les indicateurs standards du progrès économique des pays depuis des décennies. Imaginons maintenant qu’un homme politique vous dise que le PIB par habitant dans votre pays est passé de 20 000 à 25 000 dollars en trois ans. Vos revenus ont-ils augmenté dans les mêmes proportions ? Et même si c’était le cas, votre mode de vie s’est-il amélioré, votre environnement est-il devenu plus propre ou votre pays plus honnête qu’auparavant ? D’ailleurs, comment le sauriez-vous avec certitude ?

Aujourd’hui, de plus en plus de gens, y compris des fonctionnaires et des économistes, se sentent frustrés face aux insuffisances du PIB en tant qu’indicateur du bien-être réel des personnes et de la société au sens large. D’ailleurs, plusieurs pays, notamment l’Allemagne, la Corée, l’Espagne, la France, l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni, veulent aller au-delà du PIB et lancent des initiatives nationales sur la mesure du progrès. Tous ont un objectif commun : essayer de mesurer et d’évaluer les résultats des pays, au-delà des simples hausses de la valeur ou du volume de la production et des dépenses.

Les indicateurs et les données essayant d’aller au-delà des revenus et des profits sont déjà relativement répandus dans le monde des affaires. Des ONG telles que Global Reporting Initiative produisent, dans le cadre de la comptabilité d’entreprise, des rapports de développement durable au titre de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) par exemple, et certains indices boursiers récompensent désormais les bonnes performances en matière de RSE.

Cependant, ces tentatives sont moins répandues dans la sphère économique. Depuis la création de l’OCDE en 1961, le PIB est l’aune principale à laquelle l’Organisation mesure et comprend le progrès économique et social. Mais le PIB ne parvient pas à rendre compte de nombre des facteurs qui influent sur la vie des gens, tels que la sécurité, les loisirs, la répartition des revenus ou la qualité environnementale.

Ce sont ces types de facteur dont la croissance elle-même doit être durable, c’est pourquoi la question de la nature et de la mesure du bien-être suscite aujourd’hui un débat aussi riche et essentiel.

L’OCDE, déjà connue pour ses indicateurs avancés, ses études PISA sur l’éducation et plusieurs autres initiatives majeures, mène depuis près de dix ans une réflexion internationale sur la mesure du progrès des sociétés. Récemment, elle a apporté une contribution importante aux travaux de la Commission Stiglitz-Sen-Fitoussi sur la mesure des performances économiques et du progrès social, réalisés à l’initiative du gouvernement français début 2008.

Comme Joseph Stiglitz l’a rappelé récemment dans ces colonnes, les travaux de l’OCDE arrivent à point nommé face au ralentissement économique et à d’autres défis tels que le changement climatique et les inégalités, qui remettent logiquement en question les idées et les modèles traditionnels (voir les références).

Aujourd’hui, à l’occasion de son 50e anniversaire, l’OCDE est prête à dévoiler les premiers résultats de ces ambitieux travaux, la Better Life Initiative de l’OCDE, lancée au cours de la Semaine du 50e anniversaire de l’OCDE. Cette Initiative constituera la première étape d’un effort international sans précédent visant à présenter des éléments factuels comparatifs sur le progrès, à partir de deux grands axes : les conditions de vie matérielles et la qualité de vie. Les revenus et le patrimoine comptent, mais les conditions de logement aussi. La qualité de vie comprend des aspects tels que l’instruction, la santé, l’équilibre entre travail et vie privée, l’engagement civique et la satisfaction générale au regard de sa propre vie. Le capital naturel, physique, social et humain sera considéré à l’avenir comme faisant partie d’un troisième axe, la durabilité.

Au cœur de cette initiative, l’OCDE met au point un indice qui permettra aux particuliers d’évaluer leur bien-être selon leurs propres préférences : Your Better Life Index. Cet indice inaugure une nouvelle manière de faire participer et d’informer tous ceux qui souhaitent bâtir un monde plus fort, plus sain et plus juste. Cela inclut les pouvoirs publics, qui peuvent tirer des enseignements des données recueillies afin d’affiner leur action et d’obtenir de meilleurs résultats.

L’outil en ligne Your Better Life Index présente les indicateurs de manière attrayante et facile à interpréter ; il est simple d’utilisation et ludique à bien des égards, même pour les profanes en statistiques ou en économie.

Pour l’instant, les utilisateurs peuvent prendre en compte onze éléments : logement, revenu, emploi, collectivité, formation, environnement, gouvernance, santé, satisfaction au regard de sa propre vie, sécurité et équilibre entre travail et vie privée. D’autres éléments seront ajoutés au fur et à mesure de l’élaboration de l’indice.

Chaque pays est représenté par une fleur de onze pétales, dont la taille varie en fonction des résultats du pays dans chacun de ces onze éléments (vert pour l’environnement, marron pour la sécurité, etc.). La longueur de la tige varie avec les performances globales du pays : plus elle augmente, plus les résultats du pays sont bons. La longueur des pétales correspond à la performance du pays.

L’OCDE n’a pas attribué de pondérations à ces éléments : l’utilisateur peut choisir de commencer avec les onze éléments à valeur égale ou de définir ses préférences dès le début. Cette neutralité signifie que l’OCDE choisit les éléments à prendre en compte, mais laisse le public choisir lesquels comptent le plus. Pour cela, l’utilisateur se sert du tableau de commande pour régler les pondérations en fonction des éléments qu’il juge importants.

Ainsi, Your Better Life Index permet aux utilisateurs de mesurer et de comparer la qualité de vie dans tous les pays de l’OCDE (et bientôt dans des économies émergentes) ainsi que de construire et de personnaliser leurs indices. Le fait d’attribuer leurs propres pondérations à chacun des onze éléments leur permet de voir comment l’importance qu’ils accordent ou l’un ou l’autre influe sur la position relative de chaque pays.

En augmentant l’importance que l’utilisateur accorde à l’environnement par exemple, la longueur des « tiges » s’ajustera pour montrer les résultats d’autres pays dans ce domaine, tandis que la largeur des pétales verts augmentera également. Vous disposez ainsi d’une base simple pour faire des comparaisons par pays.

Si l’on regarde de plus près l’élément « environnement », on comprend mieux comment fonctionne l’indice. Chaque élément se compose d’un à trois indicateurs : le pétale vert de l’environnement n’en comporte pour le moment qu’un seul : les niveaux de pollution atmosphérique dans les zones résidentielles des villes de plus de cent mille habitants. Sur une échelle de 0 à 5, si vous voulez attribuer la valeur la plus élevée, 5, à la qualité de l’environnement tout en gardant par exemple la gouvernance, la sécurité et tous les autres éléments à 1, vous trouvez plusieurs pays en tête de votre liste. Dans cet exemple, la Suède, l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou le Canada se rapprochent le plus de votre définition du bien-être. Si vous êtes davantage concerné par le revenu et le patrimoine, et que vous ajustez les pondérations en conséquence, vous constaterez que vous avez plus d’affinités avec le Luxembourg ou les États-Unis.

Ces évaluations très personnelles peuvent ensuite être sauvegardées et les résultats partagés par courriel, Twitter ou Facebook. Les experts de l’OCDE, tout en respectant les règles de confidentialité, seront ainsi en mesure de déterminer les préférences générales des utilisateurs et d’étudier leurs variations selon la nationalité, l’âge et d’autres critères. Ces données seront ensuite diffusées afin d’orienter les travaux en cours sur la mesure du progrès et d’aider les pays à comprendre les types d’action qui favorisent le bien-être de leurs citoyens.

De fait, la Better Life Initiative s’inscrit directement dans un grand projet à long terme de l’OCDE intitulé How’s Life? Au-delà de la Semaine de l’OCDE, ce projet donnera lieu à une nouvelle publication phare en septembre, également intitulée How’s Life?, et qui portera sur les conditions de vie des ménages et des citoyens plutôt que sur l’économie dans son ensemble. On cherchera à savoir si les salariés ont des horaires particulièrement lourds et combien de temps les ménages consacrent aux loisirs et au bien-être, ou encore quel est le taux d’activité des jeunes mères et quelles en sont les conséquences sur leur bien-être. On cherchera même à déterminer l’importance des relations sociales dans la vie des gens, s’ils ont tendance à voter et quel degré de confiance ils accordent à leurs institutions.

How’s Life et Your Better Life Index sont par définition des travaux en cours. Des éléments nouveaux seront ajoutés, en particulier lorsque l’axe consacré à la durabilité sera mis en place, que des économies émergentes seront ajoutées et que les utilisateurs apporteront des informations en continu. Par ailleurs, si le Better Life Index tient compte du revenu disponible des ménages et de leur patrimoine, il ne prend pas encore en considération la répartition de ces revenus et richesses dans le pays.

Le PIB a ses limites en tant qu’indicateur du bien-être, mais il restera sans nul doute une mesure essentielle de la croissance économique, notamment parce que les pouvoirs publics, les marchés et les citoyens y sont habitués. La Better Life Initiative de l’OCDE est destinée à compléter les indicateurs fondés sur le PIB et non à les remplacer, en abordant sous l’angle humain la façon dont les politiques influent sur la société au sens large. Bientôt, espérons-le, les pays et leurs citoyens auront une vision plus claire de leurs progrès réels.

Créez votre Better Life Index sur www.oecdbetterlifeindex.org

Références

Pour plus d’informations sur la Better Life Initiative et les travaux de l’OCDE sur la mesure du progrès et du bien-être, voir www.oecd.org/progress   

Stiglitz, Joseph (2009), « Progrès, quels progrès ? », L’Observateur de l’OCDE n° 272, mars.

©L’Observateur de l’OCDE n° 284, T1 2011




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