L’Afrique : une source de croissance pour le XXIème siècle ?

L’Afrique décolle-t-elle enfin ? Certains signes sont prometteurs. Riche de ressources naturelles et de plus d’un milliard d’habitants, le continent a connu cinq années successives de croissance économique de plus de 5 % en moyenne entre 2004 et 2008.

L’investissement privé a augmenté chaque année depuis 2000, pour atteindre 472,2 milliards de dollars en 2008. Et, malgré les retombées de la crise économique qui a débuté dans la zone OCDE en 2008 et a conduit la croissance du PIB africain par habitant à un quasi point mort en 2009, l’activité a déjà repris. En effet, selon les Perspectives économiques en Afrique 2010 de l’OCDE, la croissance devrait revenir à plus de 5 % en Afrique subsaharienne en 2011. La réussite de l’Afrique au cours de la dernière décennie est liée à plusieurs événements économiques mondiaux. L’extraordinaire rééquilibrage de l’économie mondiale, accéléré par la crise (avec un véritable « basculement de la richesse »), a mené les moteurs asiatiques à stimuler les prix et les volumes des exportations africaines traditionnelles. Mais le succès africain doit également beaucoup aux événements qui se sont produits sur le continent luimême, notamment l’amélioration de la gestion macro-économique et budgétaire dans de nombreux pays, et la réduction des conflits et de l’instabilité politique.

L’Afrique a également mis en place des politiques plus ambitieuses, notamment concernant les investissements dans les infrastructures économiques et sociales. Ceci a permis de progresser quant aux Objectifs de millénaire pour le développement de l’ONU (OMD), notamment en matière d’éducation primaire féminine.

Néanmoins, le continent doit encore affronter d’immenses défis s’il veut atteindre les principaux OMD en 2015, en particulier ceux qui concernent la réduction de la mortalité maternelle et l’amélioration de l’accès à l’eau potable et aux structures sanitaires.

Les gouvernements et les peuples africains ont été les principaux acteurs de cette nouvelle ère de progrès. Sa prolongation et les prochains progrès sociaux dépendront de la mise en place des bonnes politiques, notamment dans l’utilisation la plus efficiente possible des revenus budgétaires tirés des ressources naturelles et des autres secteurs en expansion. La précieuse stabilité politique, à laquelle le continent a consacré de nombreux efforts ces dernières années, devrait être préservée. Pour cela, il faut résoudre les incertitudes postélectorales actuelles en Côte d’Ivoire, qui a été jusqu’ici un exemple de réussite en Afrique.

Les partenaires internationaux ont aussi un rôle clé à jouer, et pourraient consacrer plus d’efforts à s’assurer que l’Afrique continue d’avancer. Cela s’adresse aussi aux donateurs, qui doivent honorer leurs engagements à accroître l’aide au développement, notamment à destination des pays les plus pauvres et les plus fragiles, et à améliorer l’efficacité de l’aide, comme le préconise depuis un certain temps le Comité d’aide au développement de l’OCDE, dont les membres représentent la majeure partie de l’aide bilatérale officielle au développement. Par ailleurs, l’aide a évolué et comprend bien plus qu’une assistance financière : elle met aujourd’hui en avant les initiatives locales et la responsabilisation, les partenariats, la cohérence des politiques, les comptes-rendus, le suivi des performances, etc. Tous les partenaires doivent aussi se concentrer sur des défis plus vastes, comme la maîtrise du changement climatique, qui a eu des conséquences majeures en Afrique, le développement de stratégies de croissance verte, le partage de la technologie et de l’innovation. L’achèvement du cycle de Doha sur le développement ouvrirait également à l’Afrique de nouvelles opportunités commerciales, et de nouvelles actions pour améliorer la gouvernance dans des domaines comme la fiscalité, et pour lutter contre la corruption, seraient également bénéfiques.

Lors de la création de l’OCDE en 1961, l’article 1 de sa convention fondatrice lui donnait comme mission d’encourager la croissance et la réduction de la pauvreté chez les pays non membres en voie de développement. Et en effet, le Comité d’aide au développement et le Centre de développement de l’OCDE ont été créés avec la nouvelle Organisation, tandis qu’au milieu des années 1970, le besoin d’accorder une plus grande attention à l’Afrique a suscité la création du Club du Sahel, devenu le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest. En 2006, à la demande des principaux pays développés et de leurs partenaires africains, le Forum pour le partenariat avec l’Afrique, dont l’unité de soutien est accueillie par l’OCDE, a été fondé. Aujourd’hui, la mission de l’OCDE se retrouve dans l’approfondissement et l’élargissement de son travail sur l’Afrique, dans son partenariat toujours renforcé avec des institutions comme la Banque africaine de développement, la Commission économique pour l’Afrique de l’ONU, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. De nouveaux rapports conjoints ont été initiés ces dernières années pour suivre plus étroitement les progrès réalisés, notamment les Perspectives économiques en Afrique, et l’Examen mutuel de l’efficacité du développement en Afrique. Ce travail interdisciplinaire, qui n’est pas réservé aux spécialistes du développement de l’OCDE, bénéficie de l’expertise de l’ensemble des domaines d’étude de l’OCDE, de la fiscalité à l’investissement en passant par les échanges et l’environnement. De fait, les pays africains se sont penchés sur les stratégies de l’OCDE pour la croissance verte et l’innovation, qui représentent des sources d’expérience, d’idées et de conseils qu’ils peuvent adopter pour accélérer le progrès vers une économie plus forte, plus saine et plus juste.

Sans doute l’Afrique a-t-elle ressenti les effets de la crise, mais grâce aux récentes années de croissance, le continent a eu la force d’y faire face. L’Afrique est une région au potentiel immense. Ses progrès dans l’amélioration du taux de scolarisation et dans l’application des technologies de l’information et de la communication sont impressionnants. Sa nouvelle génération d’entrepreneurs innovateurs est prête à tirer parti de l’évolution du paysage mondial et d’un climat politique plus calme et stable sur le continent. Ceci, associé à une reprise sur les marchés des pays développés, augure bien du futur. Pour l’OCDE, comme pour ses partenaires des marchés émergents comme le Brésil, la Chine et l’Inde, approfondir les liens avec cette Afrique plus dynamique et plus ouverte revêt une importance stratégique. Susciter une plus grande prospérité pour tous est l’une de nos missions fondatrices.

*Le Forum pour le partenariat avec l’Afrique (FPA) a été créé en novembre 2003 pour établir une collaboration plus étroite entre les principaux pays développés et les pays et institutions de l’Afrique sub-saharienne, comme l’Union africaine et le NEPAD. Il se réunit deux fois par an et sa dernière réunion s’est déroulée au Malawi en octobre 2010. M. Batt en préside l’unité de soutien, basée au siège de l’OCDE à Paris.

Pour plus d’informations, voir www.africapartnershipforum.org

Références et liens recommandés Voir www.oecd.org/developpement

Forum pour le partenariat avec l’Afrique : www.africapartnershipforum.org/

Centre de développement de l’OCDE : www.oecd.org/dev-fr

Pour plus d’information sur l’aide au développement, voir le nouveau site de la Direction de la coopération pour le développement/CAD : www.oecd.org/cad

Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest : www.oecd.org/csao

© L' Annuel de l'OCDE 2011




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