Cliquer pour agrandir

La transparence, préalable aux réformes

Pour mener des réformes financières valables et instiller une culture de l’intégrité dans les marchés financiers, les responsables politiques doivent faire preuve d’un réel engagement en faveur de la transparence et de la responsabilité.

Lorsqu’on a pris conscience en 2008 de la gravité de la crise financière, et que les gouvernements du monde entier ont décidé que seuls des prêts massifs nous sauveraient d’une dépression économique aussi dévastatrice que celle qui a suivi le krach de 1929, la question complexe des causes de ces événements a été laissée de côté. Pour parer aux conséquences immédiates, il a fallu répondre aux urgences causées par une maladie que nous nous étions infligée nous-mêmes, comme nous le savons aujourd’hui. La fraude, l’opacité et le laxisme dans l’application des réglementations avaient permis aux bulles immobilières de nombreux pays d’exploser comme des bombes à fragmentation, semant un chaos mondial.

Depuis, nous avons essayé de trouver des réponses et d’élaborer un mécanisme mondial permettant d’empêcher une crise similaire. On reconnaît aujourd’hui que la transparence et la responsabilité sont les préalables à une réforme efficace. Seule une ferme volonté politique, de la part des dirigeants mondiaux et de leurs parlements, d’accroître la transparence permettra de mettre en place des réformes financières valables et d’instaurer une culture de l’intégrité sur les marchés financiers.

Deux ans plus tard, il reste à voir de quel degré de transparence et de responsabilité sera finalement doté le système financier et économique. Les recommandations du G20 doivent ensuite être appliquées au niveau national. Dans plusieurs domaines, il subsiste une culture de l’ombre, avec un accès limité du public à l’information, peu de responsabilisation des gouvernements face à leurs citoyens, et un faible espace d’implication pour la société civile.

Mais toutes les nouvelles ne sont pas mauvaises. Le Congrès des États-Unis a adopté une réforme financière qui marque un net progrès dans le renforcement de la surveillance publique de la prise de risque financière, et contribue à une économie plus responsable. Le Royaume-Uni a adopté une loi anticorruption qui devrait être appliquée en 2011. De même, l’Union européenne s’est entendue sur un cadre européen de supervision financière s’inspirant de la réforme financière américaine, même si les trois nouvelles instances de surveillance (pour les banques, les assurances et les valeurs mobilières) ont peu de pouvoirs directs. Tout cela marque une intention de renforcer la responsabilité financière.

Depuis près de cinquante ans, l’OCDE a été à l’avant-garde pour aider les économies développées à réagir aux crises économiques. Comme le résume le Secrétaire général Angel Gurría dans son rapport de 2010, « la mission essentielle de l’Organisation est de mettre en place une économie mondiale plus forte, plus saine et plus juste ». La Convention de l’OCDE sur la lutte contre la corruption, introduite en 1997, y a largement contribué en imposant à ses signataires – aujourd’hui au nombre de 38 – de s’attaquer à la corruption à l’échelle mondiale. Ces six dernières années, Transparency International a observé l’impact de la convention et a constaté en 2010 que sept pays, assurant près de 30 % des exportations mondiales, veillaient de près à l’application de la convention, contre quatre l’année précédente.

Il reste évidemment beaucoup à faire, mais la convention a été un catalyseur important. Son succès futur dépend de la détermination collective de toutes les parties à éradiquer la corruption transnationale. La Chine, l’Inde et la Russie, grands exportateurs dont le rôle dans le commerce mondial s’accroît, ne sont toujours pas liés par la convention de l’OCDE, bien que la Chine et la Russie aient signé la Convention des Nations Unies contre la corruption. On peut espérer que ces pays souscriront aussi à la Convention de l’OCDE. Ces deux conventions sont des instruments efficaces de lutte contre la corruption, dont l’application nécessite une ferme mobilisation et de solides mécanismes de contrôle.

Le difficile environnement économique ne saurait servir de prétexte aux pays, y compris ceux de l’OCDE, pour ignorer leur engagement collectif de mettre fin à la corruption transnationale et d’appliquer des réformes. Les gouvernements doivent engager des actions pour garantir que les marchés de capitaux opèrent avec plus de transparence vis-à-vis du public, en exigeant la surveillance régulière des établissements qui présentent des risques systémiques en raison de leur taille ou de leur endettement, et en assujettissant les entreprises d’audit et de services financiers à une supervision bien plus stricte.

L’opacité nourrit la corruption. Malgré toutes les discussions sur la disparition des centres financiers extraterritoriaux et des paradis fiscaux, les particuliers et les entreprises peuvent toujours ouvrir des comptes secrets. Ce qui permet des mouvements illicites de capitaux, procure une couverture, voire une incitation, aux actes de corruption, sape les systèmes fiscaux, fausse l’allocation des ressources et facilite la criminalité économique.

La crise a montré l’importance cruciale de la transparence des entreprises pour la solidité du système financier mondial. Il ne peut y avoir de compromis sur la responsabilité dans le secteur privé. Le G20 devrait insister pour que les entreprises opérant dans les pays en développement soient obligées de promouvoir, d’appliquer et de rendre compte de leurs mesures anticorruption et de leurs mécanismes de gouvernance interne. Lorsque le public constatera que de réels efforts ont été accomplis pour lutter contre la corruption, et que des réformes réglementaires transparentes ont été conçues et exécutées dans ce but, alors pourrons-nous affirmer avoir réussi le passage des soins d’urgence au programme de remise en forme qui, à long terme, préservera la bonne santé du système mondial.

Références et liens recommandés

Transparency International (2009), « Anti-Corruption Assessment of the Global Crisis », www.transparency.org/content/download/46913/751707

Transparency International (2010), « Progress Report 2010: Enforcement of the OECD Anti-Bribery Convention », www.transparency.org/content/download/53670/856410/file/2010+PROGRESS+REPORT.pdf

Labelle, Huguette (2009), « La reprise passe par la transparence », L’Observateur de l’OCDE, n° 273, juin 2009 ; voir www.observateurocde.org/corruption

Transparency International : www.transparency.org

Travaux de l’OCDE sur la corruption : www.oecd.org/corruption-fr et sur les marchés financiers : www.oecd.org/finance-fr

© L' Annuel de l'OCDE 2011




Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016