Une nouvelle gouvernance mondiale ?

Journées de l’économie de Lyon le 9 novembre 2010

« Si c’est un rêve, alors nous pouvons le réaliser », a lancé Jean- Marc Vittori, éditorialiste du quotidien Les Échos, à la suite des orateurs prestigieux réunis à la conférence d’ouverture des Journées de l’économie 2010. Celles-ci ont rassemblé à Lyon les 9, 10 et 11 novembre, quelque 6 000 citoyens soucieux de mieux comprendre les mécanismes économiques de notre temps.

Premier sujet de la cinquantaine de conférences et débats : la gouvernance internationale, un « rêve » de plus en plus souvent formulé depuis la crise financière et économique de 2008. En toile de fond : le G20 et les organisations internationales.

Christine Lagarde, la Ministre française de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, a commencé par esquisser les grands axes de la présidence française du G20, entre novembre 2010 et la fin 2011 : la réforme du système monétaire international, la régulation des prix des matières premières et, plus largement, la gouvernance mondiale. Sur ce dernier point, Mme Lagarde a formulé le voeu « que ce G20, qui a été si pertinent et utile en période de crise, même s’il n’est pas totalement légitime et ne représente que les deux-tiers de la population mondiale, même s’il ne représente que 85 % du PIB mondial, [soit l’occasion] d’organiser, d’instituer des mécanismes permettant une meilleure représentation de tous, une légitimité et une efficacité accrues, peut-être par la mise en place d’un secrétariat. » Mme Lagarde a également rendu hommage au « rôle déterminant » joué par le Secrétaire général de l’OCDE Angel Gurría dans les efforts visant à accroître la transparence des juridictions non-coopératives au lendemain de la crise.

« L’OCDE est là pour vous aider dans ce basculement de la richesse, dans ce basculement économique, dans ce basculement du pouvoir mondial, » a lancé avec force M. Gurría au public assidu venu remplir l’auditorium de la bourse du travail de Lyon. Le Secrétaire général a également rappelé la fragilité de la reprise actuelle : si le G20 a permis d’échapper aux pires conséquences de la crise, a-t-il souligné, la coopération est encore plus que jamais de mise, en appliquant autant que possible à l’action publique les « trois C », coopération, coordination et cohérence, notamment pour faire face à la « brutalité des marchés » à l’égard des États et « pour assurer la croissance et la stabilité à long terme ». Le Secrétaire général a rappelé le vigoureux appui que l’OCDE a apporté aux récents travaux du G20 sur plusieurs dossiers brûlants, de l’emploi à la lutte contre le protectionnisme en passant par le secret bancaire.

Michel Camdessus, Gouverneur honoraire de la Banque de France, a brossé un tableau ambitieux du renouvellement fondamental que l’on pourrait attendre du Fonds monétaire international (FMI), qu’il a dirigé pendant 13 ans, en particulier face à des marchés dangereusement dominés par « l’esprit de lucre ». « Les statuts du Fonds devraient lui donner mandat de suivre la sphère financière aussi bien que la sphère monétaire, » a-t-il prôné. « Une meilleure surveillance mondiale est nécessaire, a-t-il poursuivi, pour que les règles du jeu soient respectées par tous ». En outre, le G20 pourrait connaître une certaine forme d’institutionnalisation par le biais de traités internationaux. On pourrait ainsi aboutir à une « superposition parfaite » entre le G20 et le FMI.

Cette question de l’efficacité de la coopération internationale a été au centre de l’intervention de François Bourguignon, directeur de l’École d’économie de Paris. Ancien économiste en chef de la Banque mondiale, M. Bourguignon a concentré son intervention sur l’aide au développement. Il a déploré la tendance croissante des États, depuis quelques années, à réduire leur coopération en matière d’aide, voire à mettre celle-ci au service de leur drapeau plutôt que l’inverse. Enconséquence, l’une des priorités de la Banque mondiale, comme du Comité d’Aide au développement de l’OCDE, devrait être d’encourager un retour au multilatéralisme, prérequis indispensable à une aide efficace. Cela nécessite également une forte volonté politique de la part du G20 et de tous les acteurs du développement.

« La difficulté est de globaliser les compromis », a rebondi Roger Gesnerie, professeur d’économie au Collège de France et Président de l’École d’économie de Paris. Quant aux organisations internationales, elles souffrent souvent, selon M. Guesnerie, d’un manque de clarté quant à leurs mission et à leur légitimité. M. Guesnerie a reconnu que les évolutions récentes conduisaient à un certain affaiblissement des États, mais, selon lui, « l’État-nation reste l’espace légitime de la redistibution. (…) Affaiblir trop l’État-nation comporte des risques considérables ». Premiers pas ou simple rêve, un gouvernement mondial n’est pas encore pour demain.

Références

Pour une gouvernance mondiale, éditions Autrement (novembre 2010), Entretiens croisés de Jean-Marc Vittori avec Christine Lagarde, Angel Gurría, Pascal Lamy, François Bourguignon et Michel Camdessus

© L' Annuel de l'OCDE 2011




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