Stimuler l’emploi et les competences

Réduire le chômage et augmenter l’emploi sont les grands enjeux au lendemain de la crise. Mais l’emploi seul ne suffira pas : il faudra mettre davantage l’accent sur les compétences.

Alexandra a réussi à retrouver du travail à Paris, trois mois seulement après avoir été licenciée, en 2009. Un délai exceptionnellement court, dans un contexte de chômage alors supérieur à 10 %, l’un des taux les plus élevés de ces 20 dernières années. C’est d’autant plus rare qu’Alexandra est âgée de 58 ans, soit seulement deux ans de moins que l’âge auquel la plupart des femmes, en France, cessent de travailler.

Mais « l’exception française » qu’incarne ici Alexandra pourrait devenir la norme dans les années à venir. En 2009, le gouvernement français a annoncé son intention de relever l’âge minimum de la retraite de 60 à 62 ans et l’âge ouvrant droit à une pension à taux plein de 65 à 67 ans. En dépit d’un vaste mouvement de manifestations et de grèves qui ont reflété l’inquiétude du public face à la crise de façon plus générale, les réformes ont été adoptées en novembre 2010. Cependant, soumettre le droit à une pension de régime public à taux plein à une prolongation de l’activité n’est qu’un aspect du problème. Il faut aussi s’assurer que les travailleurs puissent continuer à travailler.

Les analyses de l’OCDE suggèrent qu’au moment d’écrire ces lignes, le chômage dans les économies développées avait atteint un pic, à 10 %. Mais dans un contexte de reprise économique faible, la création d’emplois dans le secteur privé reste poussive dans la plupart des pays. Et les coupes dans les dépenses publiques signifient que le secteur public ne peut pas absorber le choc, car il supprime lui aussi des emplois.

La nécessité d’aider rapidement les chômeurs à retrouver du travail est évidente. Les gouvernements doivent aussi mener des politiques à plus long terme pour s’adapter à un monde en mutation rapide. Car la crise a peut-être transformé le marché du travail pour toujours. Au moins aura-t-elle conduit à cette prise de conscience. Des gens comme Alexandra devront non seulement travailler plus longtemps, mais devront aussi continuer à améliorer leurs compétences, tant pour garder leur emploi que pour contribuer à accroître la compétitivité des entreprises.

La question est de savoir comment y parvenir. Nous avons déjà connu de profondes transformations au cours des dix dernières années. Les gains d’efficacité engendrés par les technologies de l’information ont aidé certaines entreprises à prospérer et ont stimulé les activités de services. De nouvelles compétences sont nées. Mais d’autres sont devenues inutiles et un certain nombre d’emplois ont été supprimés du fait des délocalisations, beaucoup d’entreprises industrielles quittant les économies développées pour abaisser leurs coûts.

Dans le même temps, au cours des 30 dernières années, la proportion d’adultes titulaires d’un diplôme universitaire a beaucoup augmenté. En moyenne, dans les pays de l’OCDE, 35 % des 25-34 ans ont achevé des études supérieures, contre 20 % chez les 55-64 ans. Cette évolution est bénéfique pour l’économie en général, mais elle engendre aussi certains problèmes.

Avant la récession, certains secteurs d’activités spécialisées, comme l’ingénierie et les technologies de l’information, connaissaient une pénurie de main-d’oeuvre qualifiée. Mais dans d’autres secteurs, la concurrence pour les emplois qualifiés s’est accrue, ce qui conduit certains à occuper des postes pour lesquels ils sont surqualifiés.

L’enjeu pour les pouvoirs publics est de mieux anticiper et de répondre rapidement à la demande de compétences et d’emplois nouveaux. Pour les adultes, il s’agit d’investir davantage dans la formation tout au long de la vie, et dans les programmes actifs d’emploi destinés aux groupes vulnérables comme les jeunes, les mères et les minorités ethniques. Certains enseignements peuvent être tirés de pays comme l’Allemagne, où le chômage a reculé durant la crise.

L’école doit être plus réactive face aux mutations du marché du travail. Il faut apprendre aux enfants à être créatifs et à interagir davantage, y compris au-delà des frontières, et encourager l’apprentissage des langues étrangères et l’utilisation de l’informatique.

eureusement, de nombreux pays montrent l’exemple dans ce domaine. D’après la dernière enquête PISA, qui évalue les connaissances et les compétences des jeunes de 15 ans, le système éducatif coréen est le plus performant, suivi de près par le système finlandais. Ces bonnes performances, que connaissent aussi le Canada et le Japon, concernent tous les étudiants, quels que soient le milieu social familial et le mode de gestion, public ou privé, des établissements.

Comme l’a déclaré le Secrétaire général de l’OCDE Angel Gurría, « les politiques éducatives doivent reposer sur une bonne compréhension à la fois de la façon dont les compétences se développent et de la façon dont les économies efficaces mettent à profit leur vivier de talents. Il faut également bien comprendre la manière dont des compétences accrues se traduisent par des emplois meilleurs, plus de productivité et, finalement, de meilleures performances économiques et sociales. » Cela offrirait aussi de meilleures perspectives à des personnes comme Alexandra.

Références et liens recommandés

Voir les travaux de l’OCDE sur l’emploi et les compétences (en anglais) sur http://bit.ly/dde7eY

Sur le programme PISA de l’OCDE (en anglais), voir www.oecd.org/pisa Travaux de l’OCDE sur l’emploi des jeunes : www.oecd.org/emploi/jeunes

© L' Annuel de l'OCDE 2011




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