Restaurer les finances publiques

Comment les gouvernements peuvent-ils rétablir les finances publiques tout en favorisant une croissance économique solide ? Avec l’augmentation des déficits publics et les niveaux historiques de la dette publique, la tâche sera rude. Mais pour l’OCDE, une bonne combinaison de politiques déterminées peut susciter d’importants progrès.

La crise économique récente a porté très gravement atteinte aux finances publiques de nombreux pays. Les vastes plans de relance, les rachats de banques, l’augmentation des dépenses sociales et la baisse des revenus fiscaux ont lourdement pesé sur les bilans des États. Certains pays connaissaient déjà des déficits importants avant la crise, ce qui n’a fait qu’aggraver les choses. Lorsque la peur d’une nouvelle grande dépression s’est éloignée, les signes d’une nouvelle crise ont commencé à poindre.

Le déficit budgétaire total pour l’OCDE devrait être proche de 7,5 %, mais certains pays connaissent des niveaux de déficit à deux chiffres. Selon les prévisions, en 2011, la dette publique rapportée au PIB devrait de 30 % plus élevée qu’en 2007, avant la crise. Bien que certains pays semblent mieux gérer les retombées de la crise que d’autres, la croissance demeure faible.

Avec la mondialisation économique, les difficultés financières qui frappent des grands pays, ou même des pays développés relativement petits, peuvent se répercuter sur l’ensemble du système financier. Les réponses doivent donc être internationales.

Ceci s’est encore avéré en 2009, comme en 2008, lorsque la grogne des investisseurs à propos de la taille du déficit budgétaire grec a provoqué des inquiétudes sur les marchés financiers, déjà fragiles. À la fin de l’année 2009, les trois principales agences de notation avaient rétrogradé la note de la dette souveraine grecque.

Dans les mois qui ont suivi, cette grogne a évolué en véritable crise, qui s’est finalement propagée à d’autres pays européens. Par un effet de spirale, les investisseurs, méfiants quant à la capacité de certains pays à rembourser leur dette publique, ont demandé des primes élevées sur les obligations d’État. Ce qui a provoqué à son tour des baisses de notation sur la dette souveraine, rendant la dette encore plus chère. D’autres pays européens, dont l’Espagne, l’Irlande et le Portugal, ont dû continuellement rassurer les marchés sur le fait que leurs investissements étaient en sécurité.

Mais les baisses de notation ont continué, et la zone euro a semblé menacée, de même que la stabilité elle-même de l’euro. Ceci a provoqué une intervention sans précédent de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne, des États membre de l’UE et du Fonds monétaire international. Dans le cas de l’Irlande, un prêt d’urgence a été accordé, qui la protège du marché des obligations et lui donne une chance de remettre de l’ordre dans ses finances publiques. Cependant, certains économistes pensent que le risque de contagion reste élevé, et que l’option de nonremboursement structuré devrait également être envisagée dans certains cas.

Les pays de la zone euro ne sont pas les seuls dont les déficits s’accroissent. Certaines des plus grandes économies mondiales, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon – dont la dette, depuis longtemps élevée, devrait atteindre le niveau impressionnant de 200 % du PIB en 2011 – ont également vu leurs dépenses publiques exploser ces dernières années. En fait, tous les pays de l’OCDE ont connu une détérioration de leurs positions budgétaires en 2010. Le déficit budgétaire américain, qui était à 10,5 % du PIB en 2010, s’est concentré sur la relance, tout en gérant les retombées de la crise, dont une augmentation du chômage de longue durée.

Les pressions des marchés ont poussé plusieurs économies, même majeures, à annoncer des plans d’austérité drastiques, tandis que d’autres ont décidé d’attendre, inquiètes de voir les coupes budgétaires affaiblir l’économie dans un climat incertain. Certains économistes ont plaidé pour une augmentation des dépenses de relance, afin d’empêcher que la reprise anémique n’évolue en récession. Car il est manifeste que la reprise, lorsqu’elle a lieu, est fragile. Mais l’OCDE pense que les gouvernements devraient commencer à contenir leurs déficits budgétaires en 2011, pour éviter le risque de voir leurs déficits et dettes devenir contre-productifs. Les gouvernements doivent prendre des décisions difficiles. Comment peuvent-ils rétablir les finances publiques tout en favorisant une croissance économique solide ? Quelles dépenses devraient-ils réduire ? Est-il possible de conserver la qualité de services publics essentiels mais coûteux, comme la santé et l’éducation, tout en réduisant les dépenses ?

Pour l’OCDE, la voie à suivre est claire. Pour assurer la reprise, les gouvernements doivent remettre de l’ordre dans les finances publiques tout en menant des réformes de structure de leurs économies. Cela implique des changements visant à rationaliser l’administration, réactiver les marchés de l’emploi, améliorer la concurrence et soutenir les dépenses de sécurité sociale. Cela signifie cibler les impôts pour favoriser une croissance plus verte, et concentrer les dépenses sur l’éducation, l’innovation, la santé et l’infrastructure. Cela signifie également qu’il faut accomplir ces réformes tout en continuant de soutenir l’aide au développement et l’investissement dans les pays pauvres.

Il sera difficile de trouver le bon équilibre, et il ne fait aucun doute que le défi budgétaire dominera les agendas politiques du monde entier en 2011.

Lien recommandé

www.oecd.org/eco/monnaiesfinances

© L' Annuel de l'OCDE 2011




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