La vocation d’être exemplaire

©OECD

Le Président Nicolas Sarkozy célèbre le 50ème anniversaire de l’OCDE au Palais de l’Élysée, le 13 décembre 2010.

Au cours des 50 dernières années, l’OCDE s’est profondément transformée pour prendre en compte l’émergence de nouvelles puissances et surtout de nouveaux défis. En 1989, avec la chute du mur de Berlin, puis la disparition de l’Union Soviétique, l’OCDE a tissé de nouveaux liens avec les pays nouvellement libérés du joug communiste.

Avant même que la notion de pays émergents soit communément employée, vous avez accompagné par vos conseils l’émergence de nouvelles puissances. (…) Le Brésil, la Russie, l’Inde, l’Indonésie, la Chine, l’Afrique du Sud (…) contribuent déjà, pour plus de 25 %, au PIB mondial. Nous ne pouvons pas ignorer ces acteurs de poids. Comment les standards et les normes que l’OCDE promeut, comment les règles du jeu qu’elle met en oeuvre, en matière d’investissement ou de lutte contre la corruption, pourraient-ils trouver leur pleine application dans une économie mondialisée ignorant les émergents ? C’est pourquoi, dans cette perspective, la France encourage la politique d’ouverture de l’OCDE aux pays émergents en veillant à ce que ce processus soit réorienté, de façon pragmatique, vers l’association progressive de ces pays aux travaux thématiques de l’OCDE.

Au-delà de ces élargissements, la vocation de l’OCDE du XXIème siècle doit être celle d’un « club des pratiques exemplaires ». (…) Vous avez été créateur de normes. Vous avez inspiré des réformes structurelles dans de nombreux domaines. (…) Depuis trois ans et demi, dans notre pays, nous essayons de les mettre en oeuvre. L’OCDE nous a aidés à améliorer notre système économique et social. Elle nous a aidés à en repenser les fondements.

Aujourd’hui ma conviction, c’est que la croissance économique ne peut plus se mesurer par le seul instrument du produit intérieur brut. Comment peut-on aujourd’hui appréhender la richesse par le seul vecteur d’un individu moyen dont la caractéristique est qu’il n’existe pas ? Comment retracer les diversités des situations individuelles ? Comment comptabiliser ce que l’on produit comme richesse si l’on ne comptabilise pas dans le même temps ce que l’on détruit ? Comment peut-on dans le monde d’aujourd’hui considérer que tout ce qui n’est pas marchand n’a aucune valeur ? Ce sont ces convictions qui m’ont amené à demander au Professeur Stiglitz, au Professeur Sen et au Professeur Fitoussi, avec les meilleurs experts du monde, de réfléchir à ces questions et de proposer de nouveaux indicateurs de bien-être et de progrès humain. (…) Je tiens à remercier l’OCDE et son Secrétaire général Angel Gurría pour l’appui qu’ils ont apporté aux travaux de la commission. (…)

Dans ce nouveau monde que nous devons construire, je suis convaincu que l’OCDE est à même d’apporter des nouvelles idées et de contribuer de manière significative à cette nouvelle gouvernance mondiale qui sera au coeur de la présidence française du G20. (…)

Aujourd’hui, la reprise est en cours. Mais (…) nous sommes-nous vraiment attaqués aux questions structurelles qui se posent aujourd’hui et qui menacent la stabilité du monde ? (…) Dans cette perspective, l’OCDE a un rôle majeur à jouer. Vous avez constitué l’avant-garde de la régulation, de la lutte contre la corruption, de l’aide au développement, du financement des exportations, il vous appartient de diffuser ces normes de manière universelle et nous allons travailler ensemble sur l’agenda de la Présidence française du G20.

Réguler la mondialisation, la mettre au service de la prospérité, c’est donc réformer les relations monétaires internationales. (…) Depuis 1990, le monde a connu 42 crises financières : 42 fois, des pays se sont vidés de l’ensemble de leurs capitaux. En 2009, les pays émergents ont connu un retrait massif des capitaux internationaux, à la recherche d’actifs non risqués. Depuis le début de l’année, les mouvements de capitaux ont repris de manière massive vers les pays émergents, déstabilisant leur politique monétaire et leur politique de change. Devons-nous laisser la spéculation monétaire déterminer le développement des pays du monde ? Je m’y refuse absolument.

Je souhaite que nous travaillions sur la mise en place de filets de sécurité financiers, qui renforceront la stabilité financière. (…) L’expérience nous a montré qu’une libéralisation non maîtrisée peut exposer nos pays à des crises financières extrêmement systémiques. Dans ce domaine, il nous faut des règles du jeu internationales et des institutions pour les faire respecter. (…)

Dans le même temps, il nous faut engager une réflexion sur la pertinence d’un modèle basé sur l’accumulation de réserves en dollar. Notre organisation monétaire ne peut durablement continuer à refléter le monde d’hier dans lequel ni l’Inde ni la Chine ni le Brésil n’étaient devenues les puissances économiques qu’elles sont aujourd’hui. (…)

Notre deuxième priorité sera la stabilité du cours des matières premières et des produits agricoles. Tous les pays, toutes les entreprises connaissent les coûts qu’engendre une volatilité excessive du prix des matières premières. (…) Il ne s’agit bien évidemment pas de revenir sur les mécanismes de marchés mais de fixer un cadre et des règles qui découragent la spéculation et offrent de la visibilité à tous sur les évolutions de l’offre et de la demande. Il nous faut, comme nous l’avons fait dans le secteur financier, réguler les produits dérivés sur matières premières. Il faut accroître la transparence des marchés physiques, encourager le dialogue entre producteurs et consommateurs. L’OCDE a déjà largement contribué à ces réflexions. Je compte sur vous pour poursuivre ces travaux.

La moralisation du capitalisme constitue une attente incontournable de l’opinion publique mondiale. Nous ne pourrons plus accepter les excès qui nous ont conduits à la crise. La France fera des propositions mais je veux remercier le Secrétaire général Angel Gurría (…) pour sa lutte contre les juridictions non-coopératives. Le Forum fiscal mondial est, à cet égard, une réussite : 500 conventions fiscales ont été signées depuis le sommet de Londres. En 2011, le Forum publiera les premières évaluations sur la mise en oeuvre des règles de l’OCDE sur la transparence et l’échange d’informations en matière fiscale. Ces premières évaluations constitueront une étape importante pour contrôler les engagements du G20. (…) Si des pays ont triché, Monsieur le Secrétaire général, il faudra les dénoncer. Quand on est sorti de la liste noire, on peut y revenir. (…)

En matière de lutte contre la corruption, nous avons adopté un plan extrêmement ambitieux. Nous poursuivrons sous Présidence française, mais pourquoi ne pas réfléchir à la création d’un forum mondial pour l’environnement des affaires sur le modèle du forum fiscal ?

Enfin, la crise ne sera bien sûr véritablement surmontée que lorsque le chômage aura significativement baissé. À cet égard, la France attend beaucoup du mandat confié par le G20 à l’OCDE pour élaborer une stratégie de formation, qui pourrait être étendue à la question de l’insertion des jeunes sur le marché du travail.

Les questions de développement feront également pleinement partie de l’agenda du G20. Avec l’expertise de l’OCDE dans les domaines de la fiscalité, de l’environnement et du développement, vous devez nous apporter des idées. Seules de nouvelles ressources nous permettront d’être au rendez-vous des engagements du Millénaire et de Copenhague, ainsi que de Cancun. (…)

La France, en tant qu’État du siège, a une responsabilité particulière à l’égard de l’OCDE. Elle veillera à ce que les différents événements programmés en 2011 dans le cadre du 50ème anniversaire soient l’occasion de lui donner la plus large visibilité possible, l’occasion de conforter la place qui est la vôtre dans la gouvernance économique mondiale. Je sais que la France peut compter sur votre organisation, sur l’ensemble de vos collaborateurs, sur votre Secrétaire général pour contribuer au plein succès de sa présidence. À n’en point douter, 2011 sera une grande année pour l’OCDE.

Extrait du discours prononcé au Palais de l’Élysée le 13 décembre 2010 pour marquer le 50ème anniversaire de l’OCDE. Voir la version complète du discours sur www.observateurocde.org/editorial et la vidéo du discours sur www.oecd.org/france-fr

© L' Annuel de l'OCDE 2011




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