Mission possible

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Tirant les leçons de la crise, la Hongrie veut créer un million de nouveaux emplois en dix ans. Objectif ambitieux, mais indispensable à la mise en oeuvre d'une réussite économique durable. Face à la volatilité des marchés financiers, il s'agit de miser sur les valeurs pérennes du captial humain et de la force de travail.

La crise économique de ces dernières années a eu de graves conséquences pour la majorité des États membres de l’OCDE, mais elle nous a aussi enseigné plusieurs leçons importantes. Les pays les plus développés de la planète ont compris à quel point ils sont désormais vulnérables face à des systèmes de transactions financières mondialisées qui se déploient à une immense échelle. Ils ont compris que, dans un espace concurrentiel mondialisé, il leur faut affronter de nouveaux rivaux qui se sont montrés bien moins vulnérables aux effets destructeurs de la crise. Ils ont enfin compris – et ceci est peut-être la leçon la plus importante – que rien ne peut remplacer une économie fondée sur le travail et sur la création de valeur réelle, et que, par conséquent, la seule assurance d’une réussite économique stable et durable réside dans la force de travail, c’est-à-dire dans la création et le maintien du plus grand nombre possible d’emplois.

Dans ce nouvel environnement économique d’après-crise, le 50ème anniversaire de sa fondation offre à l’OCDE une excellente occasion de définir des orientations stratégiques pour les prochaines décennies. Il y a quinze ans, lorsque la Hongrie en est devenue membre, il était déjà clair que l’Organisation était capable de renouvellement et d’ouverture. Aujourd’hui, dans une période de crise – ou plutôt, il faut l’espérer, d’après-crise –, sa capacité de renouvellement est de nouveau mise à l’épreuve. Nous devons ouvrir notre Organisation à de nouveaux acteurs de l’économie mondiale tout en préservant nos principes communs fondamentaux – qui ont été définis il y a cinquante ans, mais qui restent pertinents à ce jour. Le centre de pouvoir économique traditionnel incarné par l’OCDE ne peut relever de nouveaux défis que si ses pays membres parviennent à définir une trajectoire de croissance stable et durable dans le cadre d’une coopération régénératrice.

En tant que Premier ministre de la Hongrie, je pense qu’il y a lieu d’espérer que la crise est derrière nous – mais les pays membres doivent tout d’abord définir une nouvelle qualité de coopération entre eux-mêmes et avec des acteurs mondiaux qui se développent à une vitesse étourdissante. À en juger par certains signes favorables, la crise semble toucher à sa fin, mais la reprise reste fragile et menacée. En témoignent les graves déséquilibres affectant différents pays européens, ou la lenteur du retour à la confiance chez les consommateurs. Mais le plus grand danger est pour moi le fait que, dans la plupart des pays, cette reprise précaire ne s’est pas jusqu’ici accompagnée d’améliorations substantielles sur le marché du travail – de manière à rétablir et remplacer une multitude d’emplois perdus – et que, par conséquent, nous sommes confrontés à un véritable risque de reprise sans emplois.

Le 50ème anniversaire de la création de l’OCDE coïncide non seulement avec le 15ème anniversaire de l’adhésion de la Hongrie, mais aussi avec notre présidence de l’Union européenne. L’OCDE mène des recherches extrêmement approfondies et utiles et élabore des recommandations dans de nombreux domaines, qui peuvent contribuer à la réalisation des priorités de l’Union européenne, notamment celles de la présidence hongroise. L’un des principaux impératifs de cette présidence est son soutien à la stratégie UE 2020,           dont la principale priorité – outre la croissance intelligente et durable – est d’encourager une croissance inclusive, autrement dit un modèle économique qui garantisse un emploi élevé et une cohésion sociale et locale. Mais la création d’emplois n’est pas une préoccupation exclusive de l’Europe. Elle revêt – ou pourrait revêtir – une extrême importance dans tous les pays de l’OCDE, qu’il s’agisse des États-Unis qui sont confrontés à des niveaux de chômage records, du Japon qui ressent l’impact négatif croissant du vieillissement démographique, des pays européens ou des pays émergents qui connaissent des taux d’expansion extrêmement élevés, mais aussi de vives tensions sociales et de fortes inégalités. Sur ce point, il existe un consensus entre les pays membres et les pays candidats, ainsi que les pays bénéficiant d’une coopération étroite avec l’OCDE, qui présentent de nettes différences, notamment en matière de revenu et en termes sociaux et politiques.

L’aggravation du chômage rend plus malaisée la recherche de solutions aux nombreux problèmes qui se posent actuellement dans le monde, et en crée même de nouveaux. Non seulement cette détérioration rend plus difficile le rétablissement de l’équilibre budgétaire et la réduction des niveaux élevés de la dette publique et de la dette des ménages, mais elle suscite en outre l’apparition de tensions sociétales. Dans la construction d’une « économie plus forte, plus saine et plus juste », la création d’emplois doit être traitée à égalité avec les incitations en faveur de la viabilité, de la croissance verte et de l’innovation. Accroître l’emploi et les revenus aiderait à rétablir l’équilibre des budgets et à résorber des dettes énormes, mais permettrait en outre d’améliorer l’équité en répartissant plus largement les fruits de la croissance, qui deviendrait ainsi plus équitable. L’activation de la croissance est souhaitable, mais ne constitue pas une fin en soi, elle doit être un instrument au service de la fondation et de la diffusion d’une prospérité durable. La création d’emplois est tout aussi cruciale pour résoudre les problèmes que je viens d’évoquer et pour atténuer les déséquilibres mondiaux. Le gouvernement hongrois s’est donné le même objectif, puisqu’il entend créer « un million de nouveaux emplois en dix ans ».

De nombreux éléments concourent à la création d’emplois supplémentaires : la fiscalité, par le biais des coûts salariaux ; les migrations, par la répartition de la main-d’oeuvre ; la politique de l’emploi, par le traitement direct des problèmes locaux du marché du travail ; la santé, par la qualité du capital humain ; l’éducation, par l’amélioration de l’employabilité ; les statistiques, par le suivi des tendances. L’OCDE a – et devrait avoir – son mot à dire sur tous ces aspects. Toutefois, en élaborant des propositions, il conviendra de tenir compte d’un changement important, qui peut être lié aux enseignements de la crise actuelle : la relation entre l’État et les marchés est en pleine évolution. Dans l’ensemble de l’économie mondiale – et donc en Europe et en Hongrie –, il est de plus en plus reconnu que, dans le secteur financier et dans les services financiers, s’agissant de la responsabilité des entreprises privées à l’égard du bien public, il incombe avant tout aux États d’élaborer des réglementations qui défendent mieux l’intérêt public. J’évoquerai simplement le rôle croissant de l’État dans la prévention ou la correction des distorsions ou des défaillances des marchés. L’identification et la diffusion des « meilleures pratiques » sont devenues encore plus importantes dans ce contexte.

La crise de ces dernières années a infligé de sérieux dommages aux pays développés traditionnels. L’OCDE peut faire beaucoup pour promouvoir la reprise. Si elle parvient à devenir le catalyseur d’une nouvelle coopération mondiale et si, par cet intermédiaire, les économies fondées sur la création de valeur et sur le travail véritable reprennent de la vigueur dans nos pays, nous aurons alors de bonnes raisons d’espérer, et au cours des cinquante prochaines années, l’OCDE sera en mesure d’apporter des contributions majeures à l’élaboration de meilleures politiques pour une vie meilleure.

Voir le site Internet du gouvernement hongrois : http://kim.gov.hu/minelnok

© L' Annuel de l'OCDE 2011




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