L’impératif budgétaire

Les gouvernements et les banques centrales ont réussi à éviter une catastrophe économique mondiale, mais la crise a laissé derrière elle des États quasiment en faillite. Un retour rapide à la solvabilité est indispensable.

À l’approche de 2011, les économies du monde entier se remettent encore de la pire crise mondiale depuis la Grande Dépression. Mais, à la différence des années 1930, cette crise a été largement contenue grâce à une action rapide des banques centrales, des gouvernements et des parlements.

Ces actions ont été extraordinaires, mais elles ont entraîné plusieurs défis. Le plus important d’entre eux provient d’une dégradation des finances publiques d’une ampleur et d’une portée géographique sans précédent. La récession a diminué les recettes fiscales et augmenté les dépenses publiques au titre des indemnités de chômage, alors qu’un grand nombre d’autres postes de dépenses n’ont pas été totalement ajustés au niveau de la production, bien plus bas que prévu. Les budgets publics subissent donc des pressions considérables. Fin 2010, la dette publique dans la zone euro est de 18 points de pourcentage supérieure à son niveau de 2007 (prévisions d’automne de la Commission européenne). Aux États-Unis et au Japon, elle s’est accrue de plus de 30 points de pourcentage (données de l’OCDE). Il ne fait guère de doute que toutes les économies avancées doivent  mettre en oeuvre sans tarder une stratégie crédible d’assainissement budgétaire à moyen terme.

Heureusement, il existe un consensus de plus en plus large sur la nécessité de maintenir l’intégrité des finances publiques en proposant des stratégies de sortie crédibles et en engageant une profonde réforme du secteur financier. Dans les différentes parties de l’économie mondiale, il y a aussi une prise de conscience croissante du fait que la consolidation et l’assainissement des finances publiques ne peuvent plus être différés.

La durabilité de la croissance économique dépend de la viabilité des finances publiques. Les responsables font tout ce qui est possible pour empêcher un autre dysfonctionnement extrême du secteur financier. Cependant, même si le monde réussit à introduire les réformes financières les plus exigeantes, d’autres facteurs imprévisibles pourraient causer de nouvelles difficultés économiques et financières. Des événements inattendus et inévitables, comme les catastrophes naturelles qui ont frappé plusieurs pays en 2010, pourraient exiger une aide d’urgence des États. Pour faire face à de telles situations, nous devons disposer d’une marge de manoeuvre dans nos finances publiques.

Des volants de sécurité budgétaire sont indispensables lorsque les économies traversent un cycle d’activité normal. Ils le sont d’autant plus face à des circonstances exceptionnelles. Durant la crise financière, les pouvoirs publics ont dû engager des capitaux importants pour empêcher l’effondrement du système financier, avec des risques majeurs pour les contribuables, comme le montrent les calculs de la Banque centrale européenne. À un moment donné, le soutien au secteur financier, y compris les recapitalisations, les garanties, le traitement des actifs toxiques et d’autres options, a représenté à peu près un quart du PIB dans l’Union européenne et aux États-Unis. Face à des engagements de cette ampleur, les États doivent jouir d’une certaine crédibilité financière.

Ceux qui se sont prononcés contre un effort résolu d’assainissement budgétaire sous-estiment, à mon avis, le fait que, dans des circonstances économiques extraordinaires, les relations empiriques établies ne fonctionnent plus de la même manière. Aujourd’hui, nous naviguons sur des eaux quasiment inconnues. Compte tenu des déséquilibres budgétaires, il n’est plus possible de s’appuyer sur les modèles utilisés par les économistes pour mesurer l’impact des dépenses de relance – ou, en l’occurrence, des déficits – sur la croissance économique. Dans ces conditions, d’autres facteurs, beaucoup plus difficiles à mesurer, entrent en jeu. Je suis convaincu que, dans la plupart des pays de l’OCDE, un assainissement budgétaire à moyen terme ordonné et résolu dopera la confiance des ménages, des entreprises, des investisseurs et des épargnants.

C’est pourquoi je ne souscris pas à l’argument selon lequel différer le retour à des finances publiques saines contribuerait à la reprise économique. Dans la plupart des économies avancées, la nécessité de soutenir la reprise en cours et de promouvoir la création d’emplois est précisément la raison pour laquelle un assainissement budgétaire doit intervenir sans tarder.

La situation à laquelle l’économie mondiale est confrontée est extaordinaire. Et une situation extraordinaire appelle des mesures extraordinaires. Les banques centrales ont fait de gros efforts pour préserver de façon crédible la stabilité des prix face aux risques d’inflation et de déflation. La Banque centrale européenne a réagi énergiquement, dès le début, aux turbulences financières, tout en continuant de se préoccuper du moyen et du long terme : assurer la stabilité des prix à moyen terme est sa mission première.

La remarquable stabilité des prix maintenue ces douze dernières années et le solide ancrage des anticipations d’inflation sont des éléments déterminants de la confiance dans la zone euro et en Europe.

Pour que la reprise s’affermisse, il importera de progresser vers le rétablissement de finances publiques saines dans la zone euro ainsi que dans les pays avancés.

Voir le site de la Banque centrale européenne : www.ecb.int

© L' Annuel de l'OCDE 2011




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