Maintenir l’emploi face à la crise

Secrétaire général de la Confédération française démocratique du travail (CFDT)

La crise a renforcé les problèmes sous-jacents du chômage et de la compétitivité. Aujourd’hui, la mise en place de politiques prioritaires est nécessaire pour relancer l’emploi.

La crise survenue en 2008 a révélé un grand nombre de problèmes économiques : pour l’Europe, dans une situation économique difficile, il s’agit de relever les défis de compétitivité, d’endettements publics, de démographie, de gouvernance économique.

En France, la tendance à la reprise est d’une grande fragilité. Bien que la situation économique soit globalement dans la moyenne européenne, l’impact de la baisse d’activité sur l’accroissement du chômage a été quatre fois plus important en France qu’en Allemagne.

La crise a mis au jour le problème structurel de compétitivité de notre pays, confirmé par la chute importante de l’emploi (en particulier de l’emploi industriel) et son déficit commercial. Les déficits publics fragilisent la France, comme de nombreux pays de l’OCDE.

Ces constats économiques et sociaux ont mobilisé la CFDT et les organisations syndicales françaises sur plusieurs fronts : la sauvegarde de l’emploi pendant la crise, les politiques structurelles économiques, le retour à une dynamique d’emploi avec la reprise.

Face à la crise, former plutôt que licencier

La crise a provoqué une telle contraction de la demande que nombre d’entreprises étaient tentées de licencier rapidement. Pour les aider à traverser cette période difficile et leur éviter de devoir se séparer de salariés qui leur seraient précieux lors de la reprise, la CFDT s’est mobilisée pour mettre en oeuvre un Fonds d’investissement social (FISO). Il s’agissait notamment de financer un programme d’activité partielle de longue durée (APLD) associant des périodes de chômage partiel à des actions de formation des salariés, pour garantir autant que possible le maintien du lien contractuel entre le salarié et l’entreprise.

Dans ce dispositif, l’indemnisation de chômage partiel a été revalorisée de 50 à 75 % par rapport au salaire brut. Vingt-deux branches et une quinzaine de grandes entreprises ont signé des conventions APLD avec l’État, susceptibles de concerner 800 000 salariés. En 2009, le ministère estime que 400 000 salariés en ont bénéficié ; 80 000 parmi eux ont bénéficié d’une formation pendant le chômage partiel. Les données statistiques disponibles ne permettent pas d’établir le nombre exact de salariés ayant bénéficié du dispositif. Les données financières disponibles de la part du ministère n’isolent pas ce dispositif APLD du dispositif classique de chômage partiel ; par contre le régime d’assurance chômage qui co-finance le dispositif n’a engagé fin 2009 que 35 millions d’euros sur les 150 millions d’euros prévus.

Au total, on remarque une distance entre l’ambition de départ et la réalisation. Certes, il faut un temps d’appropriation par les acteurs face aux nouveaux outils développés, mais le plan français a été quatre fois moins efficace que le plan allemand de kurzarbeit.

La dimension économique et structurelle

Au niveau national, le débat sur les handicaps structurels (au coeur desquels se trouve la compétitivité) n’est abordé, la plupart du temps, que sous l’aspect coût et équilibre financier, sans vision d’ensemble. Or, ni le financement des retraites, de la santé, de la dépendance, des minima sociaux, de la formation, ni la résorption des déficits publics ou les questions de coût du travail ne peuvent être abordés de manière cloisonnée. Pour la CFDT, il faut au contraire articuler les politiques industrielles avec celles de relance.

La CFDT a activement participé à la réflexion sur l’avenir de l’industrie : les états généraux de l’industrie ont lancé un processus de réflexion sur l’avenir des branches sectorielles. Cette démarche a accompagné la mise en oeuvre d’un Fonds d’investissement stratégique décidé en décembre 2008 pour financer des projets d’investissement et de recherche des industries présentes en France. Ce « fonds souverain » à la française sélectionne les projets avec l’aide des organisations syndicales présentes dans son comité d’orientation.

Le Grand emprunt complète ce volet industriel avec des financements pour les universités, les centres de recherche et le numérique, une opportunité pour le développement de la recherche-développement (R-D) et une meilleure articulation entre les secteurs public et privé dans ce domaine. Avec les dispositions du Grenelle de l’environnement, cela devrait concourir à rendre l’économie française plus innovante et davantage présente dans les nouvelles technologies environnementales.

Cela doit néanmoins s’accompagner de la mise en place de politiques sectorielles ambitieuses et négociées sur le recrutement et la formation des salariés en fonction des évolutions induites par ces trois politiques (industrie, Grand emprunt, Grenelle de l’environnement). Des qualifications spécifiques seront nécessaires pour de nouveaux métiers. Il faut donc s’interroger sur les politiques de l’emploi.

La création d’emplois en période de reprise

La situation de la France est marquée par un frémissement de la croissance économique, mais les créations d’emplois restent beaucoup trop marquées par la précarité (multiplication des CDD de moins d’un mois) et par une aggravation du chômage de longue durée (notamment de très longue durée, soit plus de deux ans). Seul le recrutement en CDD de moins d’un mois atteint un niveau supérieur à celui de juillet 2008 (avant la crise). Par ailleurs, l’augmentation de la population active confirme que le chômage restera encore un certain temps à un niveau proche des 10 %.

La CFDT estime que la défiscalisation des heures supplémentaires décidée en 2007 est contre-productive et doit être supprimée puisqu’elle joue contre l’embauche de nouveaux salariés. Elle souhaiterait que la négociation dans les entreprises encadre les conditions de recours aux contrats courts ou à l’intérim pour limiter les situations précaires des salariés.

Mais la sortie de crise va être particulièrement difficile pour les plus fragiles. Aussi la CFDT estime incontournable le développement de politiques prioritaires. L’état du chômage des jeunes doit notamment faire l’objet d’un vrai diagnostic pour éviter que ce problème ne soit traité par de nouveaux statuts de travail réduits (du type contrats aidés). Les salariés seniors devraient aussi être maintenus en activité, quand ils disposent d’un emploi, en négociant les formes adaptées à leur activité professionnelle dans les entreprises. Les demandeurs d’emploi seniors devraient revenir en emploi afin de ne pas vivre des minima sociaux en attendant l’âge légal de la retraite. Enfin, tout demandeur d’emploi doit bénéficier d’un accompagnement individualisé pour un retour rapide vers l’emploi ; les plus fragiles doivent pouvoir bénéficier d’une formation qualifiante sur des compétences de base transférables.

La crise renforce aussi le besoin de gouvernance mondiale : le rôle du G20, développé à l’occasion de la crise financière et de ses suites, suscite beaucoup d’espoirs. L’Union européenne a montré sa capacité de réaction en gérant la crise qui menaçait le système bancaire. C’est au niveau international que doivent aujourd’hui se faire les choix permettant d’orienter des politiques équilibrées entre soutien à la croissance, maintien des cohésions sociales et réduction des déficits, faute de quoi récession et régression alourdiraient le lourd passif social hérité de la crise.

Voir www.cfdt.fr

© L' Annuel de l'OCDE 2011




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