Des politiques meilleures pour une vie meilleure !

Alors qu’elle s’apprête à souffler ses 50 bougies, l’OCDE doit continuer à être toujours plus pertinente, utile et ouverte au sein de la nouvelle architecture de gouvernance mondiale, affirme Angel Gurría dans cet extrait des observations qu’il a formulées à l’occasion du renouvellement de son mandat de Secrétaire général.*

Je vous suis très reconnaissant de la confiance et de l’appui que vous m’avez manifestés par la décision de renouveler mon mandat de Secrétaire général de l’OCDE. (…)

Les propositions que j’avais présentées en prenant ces fonctions se sont révélées appropriées et nécessaires au fil du temps. Cependant, la situation internationale et les évolutions de l’économie mondiale nous obligent à accélérer leur mise en oeuvre. La recherche de la pertinence était mon objectif alors et elle reste mon axe directeur. Pertinence au plan intérieur et international, afin d’améliorer le bien-être de nos citoyens. Pertinence lorsque nous continuons de définir de meilleures politiques pour des vies meilleures.

La raison d’être de cette Organisation, c’est de constituer une source de conseils aux gouvernements fondés sur des données probantes et une instance de normalisation pour faire face à de nombreux défis mondiaux. Nous y parviendrons armés de nos valeurs fondatrices : l’attitude d’ouverture, l’objectivité, l’audace, l’esprit pionnier et une éthique saine.

Il ne suffira pas de renouer avec la croissance après les événements dramatiques que nous avons connus depuis 2008. Nous devrons le faire dans le contexte de la lutte contre le changement climatique, qui reste l’une des grandes priorités, d’un taux de chômage très élevé, particulièrement chez les jeunes, et de déficits budgétaires importants. À cet effet, nous avons mis en place les fondements analytiques nécessaires avec notre Réponse à la crise, notre Stratégie pour l’innovation et notre Stratégie pour une croissance verte. Promouvoir la croissance (et chercher de nouvelles sources de croissance qui soient également « vertes », plus équitables et plus respectueuses de l’égalité des chances hommes-femmes) est devenu un objectif commun pour surmonter les effets de la crise et arracher à la pauvreté des millions de personnes dans le monde. Il faut commencer par mesurer et définir ce que l’on entend par bien-être au 21ème siècle. N’oublions pas que le « D » d’OCDE est celui du développement, qui constitue par conséquent une priorité stratégique.

Étant donné les carences massives de gouvernance et de gestion des entreprises qui ont provoqué la crise, et au vu de la situation budgétaire actuelle, nous sommes confrontés à une perte de confiance tout aussi massive de la part de nos citoyens. Comme je l’ai dit à maintes reprises, une crise est terrible pour les responsables en place. Sur le plan économique, nous devons nous attendre à connaître une croissance faible pendant un certain temps. Il faudra des années pour pouvoir envisager de retrouver les niveaux de production et d’emploi d’avant la crise. Les citoyens voient l’avenir avec morosité et ne tolèrent plus les mauvaises nouvelles. Ils ont perdu patience et, pire encore, ils perdent espoir. Nous devons changer cette perspective et cette attitude négative. Il y a là un rôle à jouer pour l’OCDE. Pour ce faire, je propose une stratégie à deux axes. En premier lieu, ne pas seulement aider les Membres à élaborer des politiques. Peut-être pourrions-nous aller plus loin et proposer des options pour en assurer la mise en oeuvre effective, à condition de le faire en étroite collaboration avec les gouvernements des pays Membres. Notre pertinence se mesure au degré d’influence que nous pouvons avoir sur les politiques et à notre contribution à la mise en œuvre de ces politiques et à leur évaluation. C’est ce que j’appelle notre « rôle de conseillers et d’éclaireurs », qui fait partie de notre mission de suivi. Mais ce rôle devra s’appuyer sur nos activités « de coeur de métier » portant sur les politiques économiques, de santé, sociales, d’emploi, d’éducation, d’amélioration des compétences et d’environnement, parmi bien d’autres, que je considère comme fondamentales. C’est là que résident nos atouts.

En second lieu, nous devons continuer d’accroître notre pertinence en tant qu’organisation définissant les normes les plus élevées pour l’économie mondiale. Nous sommes une instance de normalisation. Nous devons donc collaborer plus étroitement non seulement avec les pays Membres, mais aussi, et en particulier, avec les grandes économies émergentes.

Nous sommes aujourd’hui confrontés à des défis formidables. Les déséquilibres mondiaux se creusent à nouveau et le consensus international nécessaire pour traiter des questions majeures comme le changement climatique, les migrations ou la pauvreté tarde à se concrétiser. En revanche, dans le contexte la coopération internationale et le multilatéralisme sont perçus comme le meilleur moyen de résoudre ces problèmes. L’OCDE, institution dotée de formes de coopération et d’engagement parmi les plus avancées, devrait contribuer à bâtir le consensus nécessaire pour s’attaquer à ces problèmes.

Nous assistons actuellement à une révolution dans la façon dont le monde est gouverné, et nous nous emploierons à continuer de faire partie intégrante de cette nouvelle gouvernance. Cela renforce la pertinence de nos travaux à l’échelle mondiale, mais nous devrions intensifier nos efforts et nous comptons sur nos Membres pour réaliser ce dessein. Il nous faut consolider notre présence, contribuer encore par des études de fond de grande qualité aux débats mondiaux et renforcer notre rôle d’instance de « normalisation ».

L’émergence du G20 a créé pour nous une autre opportunité cruciale. Auparavant, le G8 était le seul véritable sommet. Ce n’est plus le cas. Nous avons oeuvré à ce processus depuis le début, en prêtant notre concours pour les dossiers les plus importants comme la fiscalité, l’équilibre de la croissance, le protectionnisme dans le domaine de l’investissement et des échanges, la lutte contre la corruption, l’emploi et le développement. (…)

Plus généralement, abstraction faite de ces groupes, la pertinence de notre Organisation à l’échelle mondiale exigera de plus denses relations avec les économies émergentes. Pour ce qui est de l’engagement renforcé, expression que nous avons forgée il y a trois ans, je suis persuadé que le chemin que nous avons tracé pour enrichir progressivement la base de connaissances et la compréhension mutuelle par des analyses sectorielles et une participation au niveau des comités n’est tout simplement pas suffisant. Cela ne nous permettra pas de faire de véritables percées, mais seulement de continuer sur notre lancée. Nous devons aller plus vite si nous voulons progresser davantage.

Nous sommes en présence d’une mutation véritablement mondiale et nous devons accélérer notre stratégie juste pour ne pas prendre de retard. Sommes-nous prêts à donner suite à des demandes d’adhésion de la part d’un ou de plusieurs des pays de l’engagement renforcé ? Auparavant, il nous faut trouver des moyens plus efficaces pour emporter leur participation sur les questions de fond. (…)

Je compte sur ces efforts conjoints, durant les cinq années à venir, pour préparer cette merveilleuse Organisation aux cinq prochaines décennies, et faire en sorte qu’elle soit encore plus pertinente et plus utile pour ses Membres et leurs pays partenaires, et au sein de la nouvelle architecture de gouvernance mondiale. De meilleures politiques pour des vies meilleures ! Ce sera l’impératif de mon nouveau mandat, de notre nouveau mandat.

* Les remarques du Secrétaire général ont été prononcées le 30 septembre 2010. Le texte complet, de 2000 mots, est disponible en ligne sur www.oecd.org/secretairegeneral. M. Gurría a été nommé Secrétaire général de l’OCDE pour la première fois en juin 2006.

** Les cinq pays de l’engagement renforcé sont le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Indonésie et l’Afrique du Sud.


©L'Observateur de l'OCDE n°281, octobre 2010




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