Le temps partiel, un choix payant?

Direction de l'emploi, du travail et des affaires sociales

David Rooney

Autrefois considéré comme une impasse, le travail à temps partiel attire aujourd’hui de plus en plus de travailleurs.

En 2007, avant que les employeurs, du fait de la crise économique, ne commencent à réduire la durée du travail pour préserver les emplois, une femme sur quatre et presque un homme sur dix travaillaient à temps partiel dans les pays de l’OCDE, pour la plupart de leur plein gré. Aux Pays-Bas, par exemple, où la part des travailleurs à temps partiel atteint presque 37 %, moins de 4 % d’entre eux aspirent au temps complet.

Certes, les travailleurs à temps partiel restent pénalisés par rapport aux travailleurs à temps plein, en termes de salaires, de formation, d’avancement professionnel et de sécurité de l’emploi. Mais ils connaissent aussi certains avantages : horaires mieux adaptés à la vie de famille, meilleures conditions de travail et moindre stress, par exemple. De nombreux travailleurs semblent satisfaits de ce compromis, en particulier les étudiants, les mères de famille et les travailleurs plus âgés. En outre, le développement du travail à temps partiel dans de nombreux pays n’a pas nui à la qualité des emplois. En effet, dans les pays où le travail à temps partiel est très répandu, ses inconvénients tendent à se réduire, sans que ses avantages n’en pâtissent.

Ces 20 dernières années, le développement du travail à temps partiel n’a pas nui au travail à plein temps, même s’il semblerait que beaucoup de jeunes femmes actives délaissent le travail à temps complet pour le travail à temps partiel. Pourtant, le taux d’emploi global a tendance à être supérieur dans les pays où le travail à temps partiel est répandu, parce que la croissance du travail à temps partiel va largement de pair avec une augmentation du taux d’activité des jeunes, des femmes et des hommes plus âgés. En outre, depuis les années 1990, la plupart des pays de l’OCDE ont adopté de nouvelles lois pour encourager le travail à temps partiel de qualité, et réduire le travail à temps partiel subi. Ces textes, appuyés par des accords de l’Organisation internationale du travail et de la Commission européenne, obligent les employeurs à proposer aux travailleurs à temps partiel des salaires et des conditions comparables aux travailleurs à temps plein, à autoriser les travailleurs à temps plein à réduire leur temps de travail dans certaines circonstances, et à accorder à leurs salariés à temps partiel une priorité sur les embauches à temps plein.

Mais le travail à temps partiel a aussi des inconvénients. En moyenne, le taux de pauvreté des travailleurs à temps partiel est plus de deux fois supérieur à celui des travailleurs à plein temps. Dans certains pays, ils sont moins susceptibles d’obtenir un contrat permanent, et ils peuvent ne pas être couverts par l’assurance-chômage. En Corée, en Finlande, au Japon, aux Pays-Bas et en Suède, les travailleurs doivent effectuer un nombre minimum d’heures ou de jours de travail pour pouvoir prétendre à l’assurancechômage ; aux États-Unis, en Norvège, en Pologne et au Royaume-Uni, ce droit dépend de la rémunération.

Si le travail à temps partiel de qualité est plus avantageux pour les individus et la société que le chômage ou l’exclusion de la population active, il peut néanmoins dissuader de travailler à temps plein. De longues périodes de travail à temps partiel peuvent nuire aux perspectives de carrière et augmenter le risque de pauvreté à la retraite. En outre, une fois que les travailleurs optent pour des emplois à temps partiel, beaucoup y restent longtemps : plus d’un an, pour les deux tiers. Dans les pays où le travail à temps partiel est répandu, la plupart des salariés à temps partiel pendant au moins deux ans consécutifs le sont volontairement. En moyenne, seuls 15 % environ des travailleurs à temps partiel acceptent ou reprennent un emploi à temps complet chaque année ; ils sont un peu moins nombreux à quitter complètement le marché du travail.

Des comparaisons internationales indiquent toutefois que l’absence relative de perspectives professionnelles dans les emplois à temps partiel n’est peut-être pas le principal obstacle au passage à un emploi à temps complet. Même si les travailleurs à temps partiel pauvres sont moins nombreux à rester volontairement dans ce type d’emplois que les autres, ils n’aspirent pas nécessairement pour autant à un emploi à temps plein. Cela tient en partie à ce que les régimes d’imposition et d’allocation limitent l’intérêt de travailler à temps complet. Dans les pays de l’OCDE où les données sont disponibles, le taux d’imposition effectif marginal moyen, qui indique la part d’une augmentation du salaire brut non perçue au titre de l’impôt sur le revenu, des cotisations de sécurité sociale et de la réduction des prestations, s’élève à environ 50 % ; autrement dit, près de la moitié de l’augmentation de salaire brut obtenue en travaillant plus est réduite du fait d’une hausse des contributions sociales et de l’impôt sur le revenu et d’une baisse des prestations. Si l’on ajoute à cela l’augmentation possible du coût de l’éducation des enfants, par exemple, le travail à plein temps est encore moins attrayant.

Le travail à temps partiel de qualité est peut-être une aubaine pour les sociétés vieillissantes de l’OCDE, puisqu’il peut faire accéder au marché du travail des personnes telles que des jeunes encore scolarisés, des femmes s’occupant de leurs enfants ou autres proches, des personnes ayant des problèmes de santé et des travailleurs plus âgés souhaitant partir progressivement à la retraite. Mais à l’heure où grossissent les rangs des travailleurs à temps partiel, il faut veiller à ce que les régimes d’imposition – et les employeurs potentiels – ne les dissuadent pas de passer à un emploi à temps complet. Il faut également éviter les mesures potentiellement discriminatoires. Dans de nombreux pays, par exemple, les programmes de formation et d’emploi sont souvent réservés aux chômeurs ou exigent une activité à plein temps. Les gouvernements doivent s’assurer que les individus qui souhaitent travailler à plein temps reçoivent une assistance de la part des services pour l’emploi. Le travail à temps partiel ne doit pas être une voie de garage.


Références

OCDE (2010), « Le travail à temps partiel : une bonne option ? », Exposé de la position de l’OCDE, juillet, disponible sur www.oecd.org (DELSA/ELSA/WP5(2010)4)

OCDE (2010), Perspectives de l’emploi de l’OCDE 2010 : Sortir de la crise de l’emploi, Paris.

OCDE (2009), Dossier spécial sur la crise de l’emploi dans L’Observateur de l’OCDE n° 274, octobre.

Directive européenne sur le travail à temps partiel de 1997

Convention de l’OIT (C156) et Recommandation (R182) sur le travail à temps partiel de 1994

Voir www.oecd.org/emploi et www.oecd.org/els/emploi/perspectives


©L'Observateur de l'OCDE n°280, juillet 2010




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