Le facteur confiance

Secrétaire général de l’OCDE

La crise est-elle enfin derrière nous? En ce début de deuxième semestre 2010, la question est sur toutes les lèvres. Selon les dernières Perspectives économiques, la zone OCDE connaîtra une croissance d’environ 2,7 % en 2010. Mais si l’économie mondiale n’est sans doute plus en soins intensifs, elle reste très fragile, comme le soulignent l’instabilité des marchés, l’augmentation de la dette publique et l’ampleur du chômage. Un facteur essentiel fait défaut : la confiance. Comment la restaurer? Les gouvernements des pays de l’OCDE sont confrontés au double défi de relancer la croissance tout en remettant de l’ordre dans les finances publiques. Ce sont les deux faces d’une même médaille, et seul un nouvel équilibre entre elles permettra une reprise durable.

Prenons les déficits budgétaires, qui devraient atteindre en moyenne 6,7 % du PIB dans la zone OCDE cette année. Des déficits de cette ampleur ne sont pas viables. D’un côté, il importe de réduire énergiquement les dépenses publiques et d’augmenter les impôts pour rassurer les marchés et éviter une coûteuse hausse des taux d’intérêt à long terme. La crise nous l’a cruellement rappelé, les pouvoirs publics, comme les entreprises, doivent maîtriser leurs finances en contenant leur besoin de financement, à la fois pour assurer la gestion courante et pour maintenir l’ensemble de l’économie à flot.

Mais il y a l’autre face de la médaille : aujourd’hui, avec des taux d’intérêt historiquement bas dans la plupart des pays, certains affirment que des hausses d’impôts ou des baisses de dépenses publiques auront pour effet de comprimer une demande déjà faible.

Quoi qu’il en soit, il est essentiel pour la croissance à long terme de trouver un équilibre. Il ne s’agit pas simplement de choisir entre austérité et relance, comme le résumeraient certains commentateurs, mais aussi de cibler et de programmer soigneusement des politiques qui permettent d’assainir les finances et d’assurer une croissance durable. C’est une tâche immense, que nous devons mener à bien avec lucidité.

Mais la durabilité de la reprise ne dépend pas seulement de ce nouvel équilibre entre assainissement et croissance. La question sous-jacente du modèle économique à mettre en place reste cruciale. Dès le déclenchement de la crise, en 2008, l’OCDE s’est rapidement jointe aux efforts internationaux pour y faire face. Nous avons formulé des réponses stratégiques pour rétablir la croissance à long terme et la confiance qu’elle nécessite. Nous avons compris que des changements fondamentaux étaient nécessaires, et qu’un retour au statu quo était exclu. Les immenses défis qu’il nous faut relever dans les domaines financier et de l’emploi ne font que confirmer cela. Tant que les causes de la crise n’auront pas été maîtrisées, la confiance restera faible et l’instabilité des marchés perdurera, ce qui compromettra même les programmes d’assainissement budgétaire et de relance les plus déterminés.

Les gouvernements ont réagi par des engagements à l’OCDE et au sein du G20, largement relayés par les médias, d’oeuvrer à une « sortie par le haut » fondée sur une croissance vigoureuse, durable et équilibrée.

D’importantes mesures ont suivi. Des réformes fondamentales du secteur financier sont en bonne voie aux États-Unis, des mesures visant à améliorer l’efficacité du secteur public progressent dans certains pays européens et la Chine a envoyé des signaux encourageants quant à l’assouplissement de son régime de change. Autant de progrès sur la voie du rétablissement de la confiance, mais ces gages ne suffiront pas à créer l’économie plus forte, plus saine et plus juste que nous voulons tous.

Plusieurs lignes d’action prioritaires se sont dégagées lors de la réunion ministérielle annuelle de l’OCDE en mai, notamment le renforcement de la réglementation et du contrôle de notre système financier, l’intensification des politiques actives du marché du travail, l’exploitation de nouvelles sources de croissance, en particulier de croissance « verte », l’action en faveur de l’innovation et la préservation de l’équité et de l’ouverture des régimes d’échanges et d’investissement pour favoriser le développement et le progrès à travers le monde. L’assainissement budgétaire et les politiques propices à la croissance doivent se renforcer mutuellement à l’appui de cette stratégie globale à long terme.

Il faut aussi revoir les standards de gouvernance à la hausse. Notre détermination à cet égard a été réaffirmée lors de la réunion ministérielle, où les pays de l’OCDE et d’autres, notamment le Brésil et la Russie, ont publié une Déclaration conjointe sur la probité, l’intégrité et la transparence dans la conduite des affaires et de la finance internationales. Les ministres ont également rappelé l’importance de la coopération mondiale pour progresser ; l’OCDE a donné corps à cet objectif en accueillant le Chili et la Slovénie, tout nouveaux pays membres, et en invitant l’Estonie et Israël à devenir membres également. Notre but commun est d’élaborer des politiques plus efficaces pour une vie meilleure, et ce sera le leitmotiv de notre Organisation à l’occasion de son 50ème anniversaire, que nous commencerons à célébrer à la fin de l’année.

Ensemble, nous devons tout faire pour traiter les causes de la crise et trouver le juste équilibre entre l’assainissement budgétaire et la croissance. C’est ainsi que la confiance pourra revenir en force, et avec elle la stabilité de l’emploi et de l’investissement dont nous avons tous tant besoin. Alors seulement pourrons-nous dire que cette crise est bel et bien finie.

Pour en savoir plus sur la déclaration, voir www.oecd.org/mcm2010-fr

Voir aussi www.oecd.org/secretairegeneral et www.observateurocde.org/angelgurria

©L’Observateur de l’OCDE n° 280, juillet 2010




Données économiques

PIB +0.6% T3 2017
Échanges exp +4.3% ; imp +4.3% T3 2017
Inflation annuelle 2,3% septembre 2017
Chômage 5.7% septembre 2017
Mise à jour: 14 nov 2017

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