La reprise s'affirme, mais de nouveaux risques émergent

La croissance repart dans la zone de l’OCDE – à des rythmes différents selon les régions – et semble plus dynamique que les prévisions de la dernière édition des Perspectives économiques. Elle s’appuie dans une large mesure sur le dynamisme de la croissance des pays émergents. Cependant, les risques entourant la reprise mondiale émergent, paraissant plus élevés aujourd’hui, en raison de la rapidité et de l’ampleur des mouvements de capitaux vers les économies émergentes et de l’instabilité des marchés de la dette souveraine.

L’ouverture des marchés et son maintien sont des facteurs positifs qui ont marqué la reprise économique. Le rebond des échanges internationaux, bien qu’incomplet, a été important et participe activement à tirer l’économie mondiale hors de la récession. En outre, l’embellie économique semble réserver d’agréables surprises, grâce à une expansion poussée par la mise en œuvre de politiques qui pourrait laisser place à une croissance autoentretenue. L’investissement pourrait rebondir plus énergiquement et la consommation des ménages se raffermir plus rapidement, alors que les taux d’épargne ont augmenté plus lentement que prévu, notamment en Europe. Les retombées de la croissance des pays d’Asie non-membres de l’OCDE pourraient également être plus importantes que prévues, en particulier aux États-Unis et au Japon. De ce point de vue, la conjoncture économique mondiale paraît relativement prometteuse.

Mais avec l’accélération de l’activité, les déséquilibres mondiaux recommencent à se creuser. Dans certaines économies de marché émergentes, telle que la Chine, la forte demande intérieure, soutenue par l’action des pouvoirs publics, essaie de contenir la hausse de son excédent du commerce extérieur en dessous des niveaux d’avant crise. En revanche, la nécessité de résorber les déséquilibres mondiaux au moyen de mesures appropriées ne doit pas être ignorée pour autant. La présente édition des Perspectives économiques montrera qu’une croissance forte, durable et plus équilibrée pourra être assurée à travers un ensemble de politiques macroéconomiques, de taux de change et de réformes structurelles, tout en poursuivant les efforts d’assainissement des finances publiques. L’identification et la mise en œuvre de telles politiques constituent un des objectifs majeurs de la collaboration internationale, et plus particulièrement du G20.

Les progrès en matière de réformes des marchés financiers exigeront, de même, un effort de collaboration internationale. Les accords sur la réglementation devront être conclus pour renforcer la stabilité du système financier mondial. Articuler et définir de manière précise les rôles respectifs des politiques monétaires et des politiques prudentielles pour faire face aux évolutions futures du crédit et des prix des actifs feront partie des priorités.

Alors que l’activité se redresse, la croissance de l’emploi reste à la traîne. Au cours des deux dernières années et jusqu’au premier trimestre 2010, le nombre de chômeurs a atteint plus de 16 millions dans l’ensemble de la zone de l’OCDE, l’emploi a diminué de 2,25 %, et de plus en plus de salariés ont été touchés par des réductions d’heures de travail. Mais la poussée du chômage, bien que spectaculaire et coûteuse d’un point de vue social et humain, a été moins importante que prévue et le taux de chômage de la zone de l’OCDE a désormais atteint son point le plus haut, soit près de 8 %. Dans le même temps, le redressement de l’activité, notamment au Japon et dans certaines économies européennes, sera vraisemblablement accompagné d’une augmentation du nombre moyen d’heures travaillées par salarié et de la productivité horaire du travail, plutôt que par une importante création nette d’emplois. De fait, les perspectives d’une forte croissance de l’emploi dans ces pays semblent plutôt limitées. En revanche, les entreprises aux États-Unis, ayant licencié un grand nombre de salariés durant le ralentissement de l’activité, pourraient donc devoir réembaucher de façon relativement dynamique pendant la période de reprise.

Toutefois, des politiques sociales et de l’emploi bien conçues peuvent participer à encourager une reprise riche en emplois. La protection sociale ainsi que les stabilisateurs automatiques ont permis d’amortir l’incidence de la récession sur le marché du travail. Les plans de relance, mis en place au cours de la phase de récession, ont provisionné d’importantes ressources supplémentaires pour les programmes sociaux et du marché du travail. Avec la reprise économique et la nécessité pour les pays de consolider les finances publiques, il importe désormais de consacrer des ressources aux politiques de l’emploi, coûteuses mais visant à soutenir les travailleurs qui ont le plus de risques d’être exposés au chômage de longue durée et au retrait du marché du travail. Des politiques qui favorisent la réduction de l’offre effective de main-d’œuvre, comme les systèmes de retraite anticipée ou l’assouplissement des critères d’admissibilité aux prestations d’invalidité, exacerberaient au contraire les déséquilibres du marché du travail et affaibliraient les positions budgétaires à long terme.

Ces perspectives, raisonnablement encourageantes par certains côtés, pourraient être menacées par des risques majeurs. Parmi les plus importants, on peut citer le développement des dettes souveraines. Bien qu’ayant démarré dans quelques pays de la zone euro, l’instabilité s’est propagée dans les autres pays membres et sur les marchés de la dette souveraine dans d’autres régions du monde. La surchauffe des économies de marché émergentes présente également des risques sérieux. Un scénario de « boom en faillite » n’est pas à exclure, exigeant un resserrement beaucoup plus marqué des politiques monétaires dans certains pays non membres de l’OCDE, tels que la Chine et l’Inde, pour contrer les pressions inflationnistes et réduire le risque de bulle spéculative sur le prix des actifs. La croissance ralentirait en conséquence, avec des effets négatifs sur d’autres régions. Toutefois, la flexibilité des taux de change permettrait d’atténuer une partie des pressions exercées sur la politique monétaire chinoise et de contenir l’inflation domestique.

Face à ces risques, les défis que doivent relever les gouvernements sont importants et encore plus exigeants que cela ne semblait être le cas il y a quelques mois. Avec l’ensemble de ces risques à l’esprit, la politique monétaire se doit de revenir à une situation normalisée. Dans plusieurs pays, cette politique de soutien commence déjà à être éliminée. Les stratégies de retrait doivent tenir compte des effets concomitants de la consolidation budgétaire, et l’aider sans l’entraver avec une pression indue sur les taux d’intérêt. Les perspectives d’inflation restent favorables dans la zone de l’OCDE en raison d’une sous-utilisation considérable des ressources économiques, mais les anticipations d’inflation risquent de décrocher. Comme mentionné précédemment, les économies émergentes doivent faire face aux pressions inflationnistes et absorber les flux entrants de capitaux. La forte croissance enregistrée par ces économies pousse à la hausse les prix de l’énergie et des produits de base, conduisant à son tour à de nouvelles pressions inflationnistes.

Les mesures exceptionnelles de soutien budgétaire doivent commencer à être supprimées dès à présent, ou d’ici à 2011 au plus tard, à un rythme qui dépendra des conditions propres à chaque pays et de l’état de ses finances publiques. Nombre de pays sont confrontés à une dynamique de la dette publique très défavorable, l’augmentation de l’endettement entraînant une hausse des primes de risque, qui alourdit la charge d’intérêt tout en obérant la croissance, sans parler des conséquences négatives pour la viabilité de la dette. L’un des plus grands défis est qu’un certain nombre de pays doivent, dans le même temps, assainir leurs finances publiques. L’ampleur et la simultanéité de ces efforts de consolidation fiscale pourraient avoir des retombées internationales, pesant encore davantage sur la croissance de la demande dans les différents pays.

La réaction prompte et massive des gouvernements des pays de la zone euro et de la Banque centrale européenne a permis de calmer les turbulences sur les marchés des capitaux. Mais les faiblesses fondamentales de la région sont loin d’être réglées. Les mesures de consolidation des finances publiques ont été renforcées et concentrées en début d’exercice dans certains pays. Mais des programmes d’ajustement structurel devront être mis en œuvre, car les seuls effets d’annonces ne suffiront pas à assurer la crédibilité des stratégies d’assainissement.

La crise de la dette souveraine a mis en lumière la nécessité pour la zone euro de consolider son architecture institutionnelle et opérationnelle afin de dissiper les doutes quant à la viabilité à long terme de l’union monétaire. À cet égard, il serait souhaitable que la surveillance des politiques nationales soit renforcée, tenant compte des considérations plus larges de compétitivité. Mais ces efforts ne seront peut-être pas suffisants à eux seuls. Des mesures plus soutenues doivent être prises pour assurer le respect de la discipline budgétaire, allant dans un continuum de renforcements de la surveillance et de l’application de sanctions en cas de non-respect des règles, à des audits externes des budgets nationaux et, enfin, à une union budgétaire de fait.

Dans tous les pays, une croissance économique durable et soutenue est nécessaire, et ce également pour soutenir l’assainissement budgétaire. Dans cette optique, une stratégie bien définie, reliant les politiques macroéconomiques, financières et structurelles et exploitant leurs synergies, doit être mise en place. La consolidation fiscale doit être conçue et mise en œuvre de façon à appuyer dans toute la mesure du possible la croissance. Des réductions dans les dépenses doivent être opérées pour préserver, et de fait accroître, l’efficacité-coût des programmes favorables à la croissance, notamment dans les domaines de l’innovation et de l’éducation. Les mesures destinées à accroître les recettes fiscales, lorsqu’elles sont nécessaires, doivent privilégier les instruments qui nuisent le moins à la croissance, comme les impôts à la consommation et la taxe carbone. Les règles budgétaires peuvent contribuer à renforcer la crédibilité des stratégies de consolidation des finances publiques, dont doivent faire partie intégrante des réformes structurelles génératrices de croissance.

Ces rythmes différenciés, et pourtant synchronisés, de la normalisation dans les différents domaines d’action et dans les différents pays montrent combien il importe que les politiques nationales mises en oeuvre dans un domaine tiennent dûment compte des actions menées dans les autres domaines et dans les autres pays. Dans ces conditions, les risques de variations des taux de change et d’exposition des vulnérabilités du secteur financier ne sont pas non plus à exclure.

Les réformes des marchés du travail et des marchés des produits doivent être engagées pour accroître la production potentielle, soutenir l’innovation et empêcher la pérennisation d’un chômage élevé. Ces réformes peuvent aussi contribuer à la fois à faciliter l’assainissement budgétaire et à réduire les déséquilibres mondiaux sur une base durable. Le développement de la sécurité sociale et des services en Chine et dans d’autres économies d’Asie enregistrant d’importants excédents de balance courante constitue un objectif social important en soi, réduisant la nécessité d’une épargne de précaution et encourageant la demande intérieure. Dans les autres pays excédentaires, différents types de réformes structurelles pourraient réamorcer les possibilités d’investissement, alors que la réforme des systèmes de retraites et la suppression des mesures fiscales d’aide à la consommation favoriseraient l’épargne des ménages dans les pays déficitaires.

À l’automne 2008, au plus fort de la crise financière, des mesures sans précédent et concertées ont été mises en œuvre pour empêcher une récession plus grave et plus durable. Les mesures prises récemment par les pays de la zone euro, en coordination avec d’autres grandes économies, revêtent une dimension et un dynamisme comparables. Dans les deux cas, ces actions bienvenues et nécessaires ont été engagées sous la pression de devoir faire face à une évolution rapide de la situation. Le fait qu’une deuxième série de mesures aient été prises dix-huit mois après, rappelle que la période de grande instabilité financière qui a débuté en août 2007 n’est pas encore terminée.

L’ampleur et la portée de ces deux séries de mesures ont également mis en évidence le fait que les réponses politiques à court terme ne sont pas sans conséquences sur le long terme. Et plus encore, l’augmentation de la dette publique et l’existence d’un important aléa moral risquent de réduire les possibilités d’action des gouvernements si à l’avenir ils devaient faire face à de nouvelles urgences. Pour remédier à ces conséquences, tout en revenant à une croissance forte, durable et équilibrée, des efforts concertés, décisifs et soutenus doivent être menés tant au niveau international qu’au niveau national.

Voir www.oecd.org/economie

Cet article est basé sur l’éditorial des Perspectives économiques de l’OCDE n° 87, mai 2010. Vous pouvez les commander sur www.oecd.org/librairie


©L'Observateur de l'OCDE n°280, juillet 2010




Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016