Perspectives africaines

©REUTERS/Mark Wessels

Avant la récession mondiale, la plupart des pays africains connaissaient enfin une forte expansion. Un rebond est-il possible ?

Pendant près d’une décennie avant la crise, l’Afrique a enregistré une croissance annuelle réelle de plus de 5 %. La nouveauté n’était pas le rythme de l’expansion économique, mais le fait qu’elle soit soutenue, qu’elle touche beaucoup plus de pays et qu’elle soit accompagnée d’une amélioration des politiques. Le continent le plus pauvre du monde semblait avoir passé un cap. Puis la crise a frappé. L’investissement direct étranger, la demande d’exportations et les prix des matières premières se sont effondrés, frappant les exportateurs de pétrole et de minerais, en particulier, et entraînant une dégradation des soldes budgétaires et extérieurs dans l’ensemble de la région. Les transferts de fonds des travailleurs immigrés se sont taris dans certains cas, tout comme le crédit.

D’après les Perspectives économiques en Afrique 2010, qui viennent d’être publiées, le continent a enregistré en 2009 une croissance du PIB réel de seulement 2,5 % – soit plus de 3 points de pourcentage de moins qu’en 2008 – et la croissance du PIB par habitant s’est interrompue. La région la plus touchée a été l’Afrique australe, où la croissance a été réduite à néant, passant d’une moyenne de près de 8 points de pourcentage sur les trois années précédentes à 1 %. Les raisons de ce revirement sont notamment la récession en Afrique du Sud et le fait que la plupart des pays de cette région sont tributaires des exportations de minerais.

Dans ce contexte plutôt sombre, certains points positifs doivent être notés : la plupart des pays africains ont évité le recours à des mesures protectionnistes et ont réussi à mettre en œuvre des politiques qui ont contré le ralentissement conjoncturel de l’activité. Le grand nombre d’entre eux ayant, avant la récession mondiale, introduit des réformes macroéconomiques pour réduire l’endettement public, diminuer l’inflation et équilibrer les comptes budgétaires, a été en mesure de poursuivre des politiques budgétaires et monétaires expansionnistes destinées à promouvoir la demande intérieure au moyen de transferts en espèces, d’allégements fiscaux, de subventions, de programmes de travaux publics et de la facilitation de l’accès au crédit. Ces mesures contracycliques ont contribué à atténuer l’incidence de la crise, du moins à court terme, tout comme la reprise rapide de la demande en provenance de pays émergents, comme la Chine.

L’Afrique du Sud est le pays de la région qui a pu mettre en oeuvre les mesures contracycliques les plus substantielles, notamment grâce à ses politiques macroéconomiques prudentes. Des mesures de relance budgétaire ont été introduites et les réductions conjoncturelles des recettes ont été financées par une augmentation de l’endettement, créant des effets de stabilisateurs automatiques. La Banque centrale a réagi à la récession en réduisant le taux des prises en pension – taux d’escompte auquel elle rachète les titres d’État aux banques commerciales – afin d’accroître l’offre monétaire. Si les résultats ont été inégaux, notamment en matière de protection des emplois, ces mesures de relance ont à l’évidence contribué à soutenir la consommation et l’investissement privé, en baisse. L’incidence de la crise aurait été bien pire sans cette réaction forte, bien coordonnée et opportune.

Au Botswana, les recettes ont diminué de façon spectaculaire sous l’effet de la baisse des prix et des volumes des exportations, et de la forte diminution, dans le cadre de l’Union douanière d’Afrique australe, des transferts en provenance de l’Afrique du Sud. Le pays a toutefois évité la procyclicalité, en n’opérant pas une diminution correspondante des dépenses budgétaires. Les autorités ont laissé fonctionner les stabilisateurs automatiques, et les dépenses se sont accrues. Les excédents budgétaires enregistrés les années précédentes et l’existence d’amples réserves en devises ont permis de maintenir d’importants programmes de dépenses dans le budget 2009-10. Par conséquent, seuls quelques projets de développement ont été amputés ou différés. Du côté monétaire, les taux d’intérêt ont été fortement réduits.

Évolutions possibles

Bien qu’il soit trop tôt pour dire quelle sera l’efficacité de ces interventions, les résultats pourraient différer de ce qui était prévu à l’origine. En Afrique, les mesures contracycliques peuvent être moins efficaces qu’ailleurs, car les filets de sécurité sont peu développés et, dans la plupart des cas, la croissance est tirée par les secteurs exportateurs, les politiques budgétaires intérieures ne pouvant guère contribuer à soutenir la demande extérieure. Les politiques budgétaires peuvent aussi être compromises par la faiblesse des stabilisateurs automatiques, l’insuffisance de la capacité de planification et de mise en oeuvre et, à plus long terme, un important effet d’éviction jouant à l’encontre de l’investissement privé.

Il est clair, cependant, qu’il faut s’attacher rapidement à passer de la gestion de la crise aux objectifs de développement à plus long terme. Si la bonne santé macoéconomique s’est révélée cruciale pour absorber les chocs du ralentissement de l’activité économique et accélérer la reprise, les autorités ne doivent pas considérer la stabilité macroéconomique comme un objectif en soi. La crise leur donne la possibilité d’évaluer la dernière décennie et de se demander quelle a été l’efficacité des politiques économiques dans la promotion du développement et la réduction de la pauvreté. Malheureusement, les données disponibles montrent qu’au lieu d’encourager la diversification de la production et de tirer parti des retombées de la forte expansion du marché des produits de base, depuis 2001, l’Afrique s’est de plus en plus spécialisée dans les exportations de matières premières.

Les Perspectives économiques en Afrique 2010 prévoient une reprise progressive mais rapide des économies africaines, même si les effets de la récession persisteront et si la croissance est appelée à rester en-dessous des niveaux élevés du passé : la croissance moyenne dervait avoisiner 4,5 % en 2010 et 5,2 % en 2011. Il faut espérer non seulement que les mesures contracycliques porteront leurs fruits à long terme, mais aussi que, une fois la situation stabilisée, elles seront adoptées par les pays qui n’avaient pas les fondamentaux économiques nécessaires pour les mettre en oeuvre. Pour les pays qui ont accédé à la stabilité macroéconomique, l’espoir est qu’ils iront plus loin et qu’ils tireront parti du nouveau cycle de croissance pour faire face aux problèmes sociaux urgents, comme la pauvreté, le chômage des jeunes et l’urbanisation rapide.

Références

Magashula, Oupa (2010), « Fiscalité en Afrique : une ère nouvelle », L’Observateur de l’OCDE n° 276-277, décembre 2009-janvier 2010.

McNair, David (2010), « Un nouveau contrat social », L’Observateur de l’OCDE n° 276-277, décembre 2009- janvier 2010.

Owens, Jeffrey et Richard Carey, (2010), « La fiscalité, levier de développement », L’Observateur de l’OCDE n° 276-277, décembre 2009-janvier 2010.

Voir www.oecd.org/dev/emea

À propos du rapport 

Publiées depuis maintenant neuf ans, les Perspectives économiques de l’Afrique sont un baromètre des évolutions économiques, sociales et politiques en Afrique. Elles sont publiées par le Centre de développement de l’OCDE, la Banque de développement africaine et la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, et tiennent compte des travaux de centres locaux de recherche africains. C’est le seul rapport de ce type produit en partenariat par les institutions africaines et les organisations
internationales. Pour accéder à l’étude macroéconomique complète, une étude spéciale sur l’aide et la fiscalité, 50 notes par pays et l’ensemble de l’annexe statistique,

Voir www.africaneconomicoutlook.org

©L'Observateur de l'OCDE N° 279 mai 2010




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