Entretien L’économie chilienne

En mai, le Chili est devenu le 31ème membre de l’OCDE et le premier du continent sud américain. Le pays rejoint l’Organisation dans une période d’incertitude, tant à l’échelle internationale que nationale, alors que les répercussions du séisme de février se font encore sentir. Felipe Larraín, ministre des Finances du Chili, nous fait part de ses réflexions sur cette catastrophe et sur le programme de reprise du pays.

L’Observateur de l’OCDE : Quelles sont les conséquences du séisme sur les perspectives économiques du Chili, dans la conjoncture mondiale déjà difficile ?

Felipe Larraín : La situation macroéconomique avant le 27 février se caractérisait par un regain d’activité et une augmentation de la demande intérieure plus forte que prévu. De fait, fin 2009, la reprise économique d’après-crise a été plus rapide qu’escomptée. Le redressement devait se poursuivre en 2010.

Le stock de capital productif du pays a été frappé de plein fouet par cette catastrophe, qui a perturbé le bon fonctionnement de l’économie dans son ensemble. Nous estimons que les dommages subis par les infrastructures nationales s’élèvent à 21 milliards de dollars, dont environ 10,6 milliards de dollars pour les infrastructures publiques. À court terme, l’activité économique devrait ralentir, notamment dans les entreprises manufacturières situées dans la zone de la catastrophe. Nous prévoyons également un scénario temporaire d’accélération de l’inflation induit par des perturbations dans la production et la distribution de biens.

En quoi la séisme a-t-il affecté les choix politiques ?

Le gouvernement envisage un plan de reconstruction d’environ 8,4 milliards de dollars, qui devrait être déployé au cours des quatre prochaines années. Il sera financé par diverses sources, comme des réaffectations budgétaires, des modifications fiscales transitoires et permanentes, la vente d’actifs non-indispensables, l’endettement interne et externe, et l’utilisation du Fonds de stabilisation économique et sociale.

Malgré ces changements d’orientation imprévus, nous ne doutons pas de notre capacité à mener à bien le programme du gouvernement, qui nécessite 9,3 milliards de dollars supplémentaires. Ces ressources seront principalement affectées aux objectifs suivants :

              1. Réaliser un taux de croissance moyen de 6 % entre 2010 et 2014

              2. Créer un million d’emplois au cours de la même période

              3. Commencer à gagner la bataille contre le crime et le trafic de drogue

              4. Mettre fin à l’extrême pauvreté d’ici 2014 et éradiquer la pauvreté d’ici 2018

              5. Améliorer l’éducation et la formation professionnelle

              6 Améliorer la qualité des soins de santé

7. Mettre en place une politique publique solide pour les petites et moyennes entreprises, leur                        permettant de croître, de se développer et d’investir sur de nouveaux marchés.

Que diriez-vous aux investisseurs pour les rassurer ?

 Premièrement, nous réitérons notre engagement à porter le taux annuel de croissance à 6 % en moyenne sur les quatre prochaines années.

Deuxièmement, le ralentissement de l’activité économique consécutif au séisme est normal et transitoire. De nouveaux projets d’investissement verront bientôt le jour, et les efforts de reconstruction devraient soutenir le redressement de la demande intérieure. En outre, le remplacement du capital détruit devrait stimuler la productivité.

Troisièmement, notre politique budgétaire continuera de préserver la stabilité macroéconomique. Le secteur public chilien est créditeur net vis-à-vis de l’étranger, dépassant 10 % du PIB, et le déficit sera inférieur à 2 % du PIB cette année, malgré le tremblement de terre.

En outre, l’inflation devrait atteindre environ 3 % d’ici la fin de l’année. Le taux de change devrait également rester stable, dans la mesure où le plan de reconstruction envisage plusieurs sources de financement, de sorte que l’effet sur cette variable sera minimal. En résumé, la mise en oeuvre du plan de reconstruction et du programme du gouvernement devrait permettre d’équilibrer le solde structurel d’ici la fin du mandat du gouvernement actuel, et les efforts de reconstruction devraient favoriser le rétablissement d’une trajectoire de croissance vigoureuse au second semestre 2010.

Qu’apportera selon vous à l’économie chilienne l’adhésion du pays à l’OCDE ?

Nous apprendrons beaucoup au contact de pays qui ont mis en oeuvre des politiques efficaces. Par exemple, certains membres de l’OCDE sont des chefs de file dans le secteur des hautes technologies, et leur expérience nous aidera à renforcer notre compétitivité et notre productivité ; d’autres sont des experts en gestion des catastrophes naturelles.

En qualité de membre de l’OCDE, le Chili se soumettra à des examens par les pairs qui évalueront son action dans des domaines tels que l’éducation, l’innovation, le développement économique et territorial et la gouvernance publique. Nous considérons l’OCDE comme un club de « bonnes pratiques », et nous comptons nous aligner sur ces pratiques.

Que peut apporter le Chili à l’organisation ?

En tant que pays à revenu intermédiaire, nous abordons les problèmes mondiaux sous un angle original. Nous partagerons notre expérience réussie en matière de réforme des retraites, de libéralisation des échanges, de gestion des finances publiques et de réglementation des banques.

Nous espérons apprendre des autres et être utiles à l’organisation dans son ensemble. Le Chili s’emploiera, aux côtés des autres membres de l’OCDE, à répondre aux grands défis sociaux, économiques et environnementaux.

Cet entretien, réalisé en mai 2010, inaugurera un dossier spécial sur l’économie chilienne qui paraîtra dans le numéro de juillet de L’Observateur de l’OCDE. Pour plus d’informations, contactez observer@oecd.org.

Site du ministère des Finances du Chili : www.hacienda.gov.cl

©L'Observateur de l'OCDE N° 279 mai 2010




Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier en anglais par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016