Investir dans une reprise durable

Directeur général, Caisse des Dépôts et Consignations, Président du Club des Investisseurs de long terme

Le Club des investisseurs de long terme, de gauche à droite : Ulrich Schröder (PDG de KfW Bankengruppe), Philippe Maystadt (Président de la BEI), Augustin de Romanet (Directeur général du Groupe Caisse des Dépôts et Président du Club), Franco Bassanini (PDG de la Cassa Depositi e Prestiti )

La Caisse des Dépôts a développé avec l’OCDE un partenariat autour du rôle des investisseurs de long terme et fondé, avec trois autres grandes institutions financières publiques européennes – la Cassa depositi e prestiti italienne, la KfW allemande et la Banque européenne d’investissement –, le Club des investisseurs de long terme.

Ce Club réunit des institutions financières d’Europe, d’Asie, du Golfe et d’Amérique, représentant déjà un total de bilan de 3 000 milliards de dollars. Pourquoi ? Pour favoriser les « investissements du futur ». J’ai conscience du caractère quelque peu provocateur de ce terme, à l’heure où la crise creuse les déficits et gonfle les dettes publiques. Mais l’enjeu est essentiel : sans ces investissements, pas de croissance durable, pas de nouveaux emplois, pas de perspectives économiques à long terme.

Le dilemme est bien celui-là : la crise contraint les États à penser à court terme et les entreprises à penser trésorerie et rentabilité, alors que les enjeux globaux supposent des investissements massifs sur des projets qui ne seront rentables que dans 20 ou 30 ans. Au total, ce sont près de 2000 milliards de dollars qu’il faudrait investir à l’échelon mondial pour couvrir les besoins d’investissement en matière de transports, d’énergie, d’eau et de télécommunication à horizon 2020-2030. À ce montant s’ajoutent les besoins en investissements dans l’innovation et la recherche, essentiels au maintien des capacités de production.

La vocation du Club, c’est de jeter un pont entre les impératifs du court terme et le traitement des enjeux de long terme. Il n’y a évidemment pas de solution miracle, mais le recours à une nouvelle ingénierie financière associant partenaires publics et privés peut se révéler fructueux.

De ce point de vue, les investisseurs de long terme − c’est-à-dire les institutions financières ayant des engagements de passif peu ou pas exigibles à court et moyen terme − ont un rôle essentiel à jouer, qu’il s’agisse des institutions financières à mandat public, des fonds souverains et de certains fonds de pension ou assurances. Leur capacité à se projeter sur le long terme leur permet de financer des projets dont les revenus sont différés dans le temps, et donc d’agir sur les déterminants de la croissance potentielle, notamment par le financement de l’innovation, de la recherche et des grands projets essentiels à la création de nouveaux emplois.

La contribution des investisseurs de long terme au financement de ces besoins sera d’autant plus efficace qu’elle pourra s’appuyer sur un cadre réglementaire financier mondial qui incite au long terme, et non plus axé sur une valorisation à court terme, qui importe la volatilité des marchés dans le bilan des entreprises. C’est le message que nous relayons auprès des régulateurs européens et internationaux, notamment dans le cadre de la révision des normes IFRS (International Financial Reporting Standards) et des ratios de réserve prudentiels.

Elle doit aussi pouvoir s’appuyer sur une coopération renforcée entre investisseurs de long terme. C’est l’ambition du Club que j’ai l’honneur de présider. Le fonds InfraMed (fonds d’investissement dans les infrastructures urbaines, énergétiques et de transport des régions Sud et Est de la Méditerranée) et le fonds Marguerite (fonds 2020 pour l’énergie, la lutte contre le changement climatique et les infrastructures dans l’Union européenne), que nous venons de lancer conjointement, constituent des premiers exemples réussis de cette nouvelle forme d’ingénierie financière. Les études révèlent que les effets de levier de ce genre d’initiatives peuvent être déterminants. Dans la région MENA par exemple, un volume d’investissements de 3 à 4 milliards d’euros annuels sur la période 2009-2014 permettrait de mobiliser les fonds publics et privés nécessaires à la réalisation de projets prioritaires dans les secteurs urbain, de transport et d’énergie représentant un total de 150 milliards d’euros.

Il s’agit donc de reconnaître le rôle des investisseurs de long terme, mais aussi de définir leur périmètre de responsabilité et de clarifier leurs relations aux actionnaires et à la puissance publique. Les débats qui se déroulent, notamment dans le cadre de l’OCDE, sur la gouvernance des fonds souverains, sont toujours pleinement d’actualité. Mais il faut aller plus loin. Le caractère exceptionnel de la crise que nous traversons appelle des réflexions nouvelles concernant la contribution des investissements dans les infrastructures à une croissance durable et les moyens de mobiliser une épargne de long terme.


Références

Gary Campkin (2009), « Encourager l’investissement », L’Observateur de l’OCDE, n° 275, Paris.

Angel Gurría (2009), « Gouvernance et investissement, enjeux majeurs du développement », L’Observateur de l’OCDE, n° 275, Paris.

Voir www.ltic.org et www.caissedesdepots.fr


©L'Observateur de l'OCDE N° 279 mai 2010




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