Transformer le système énergétique mondial

Kimberly White/Reuters

Alors que les ministres de l’énergie de plus de 50 pays se réunissent fin mars à l’occasion du Forum international de l’énergie à Cancún (Mexique), la nécessité – et la possibilité – du dialogue entre producteurs et consommateurs s’impose plus que jamais.

La demande d’énergie continuant de croître vivement dans les pays exportateurs de pétrole et de gaz, les ministres de l’énergie sont de plus en plus souvent confrontés à certains problèmes que connaissent depuis longtemps les pays de l’OCDE : comment tout à la fois freiner la demande, protéger l’environnement et diversifier les sources d’énergie ? Le maintien de la sécurité énergétique, l’action en faveur d’une croissance économique stable ainsi que la lutte contre le réchauffement planétaire et les changements climatiques sont de véritables défis. Les coûts seront élevés, et le seront de plus en plus si nous tardons à agir. En outre, nombre des mesures que nous devons prendre auront des retombées économiques positives.

Les tendances énergétiques mondiales actuelles ne sont pas durables. Poursuivre sur la même trajectoire qu’aujourd’hui accentuera rapidement notre dépendance à l’égard des combustibles fossiles, avec des conséquences alarmantes pour le climat et la sécurité énergétique. Notre rencontre à Cancún intervient quelques semaines seulement après la conférence de Copenhague sur les changements climatiques, qui fera date. Les gouvernements élaborent désormais les objectifs qu’ils devront définir et les actions qu’ils devront entreprendre pour éviter un réchauffement planétaire catastrophique au cours de ce siècle.

Le secteur de l’énergie sera d’une importance vitale à cet égard, et le World Energy Outlook 2009 de l’AIE décrit comment adapter les politiques énergétiques afin de stabiliser les concentrations d’équivalents CO2 dans l’atmosphère à 450 ppm (notre « scénario 450 »), limitant à 2 °C la hausse des températures mondiales. Une telle transition énergétique n’est faisable qu’en saisissant toutes les chances possibles d’intensifier la coopération internationale. La tâche est immense, mais réalisable si nous agissons dès maintenant.

Parallèlement à la rencontre ministérielle au forum, il est aussi d’usage de réunir les dirigeants des plus grandes entreprises nationales et internationales du secteur énergétique dans le cadre de l’International Energy Business Forum. Leurs débats avec les ministres, ainsi que le caractère informel de ces échanges, en font un élément essentiel du dialogue. Cette année, tous se demandent dans quel état l’économie mondiale sortira de la récession et comment pérenniser les volumes d’investissement indispensables dans l’économie énergétique mondiale.

La lutte contre la pauvreté énergétique doit aussi être prioritaire. D’après nos estimations, 1,5 milliard de personnes ne bénéficient pas encore d’un approvisionnement énergétique régulier, surtout dans les zones rurales d’Afrique et d’Asie du Sud-Est. L’accès universel à l’énergie serait possible en investissant 35 milliards de dollars de plus par an – soit environ 6 % à peine de l’investissement mondial annuel consacré au secteur de l’électricité, selon les programmes actuels. L’augmentation de la demande d’énergie primaire et des émissions de CO2 qui en résulterait serait très faible.

Selon tout scénario réaliste, la demande de pétrole et de gaz continuera de croître au cours des deux prochaines décennies, les prix augmenteront probablement et les revenus progresseront en termes réels. Bien entendu, des investissements soutenus, à une échelle colossale, seront nécessaires pour que les producteurs puissent tirer pleinement profit de cette demande en hausse. Une action gouvernementale claire et concertée, s’articulant sur des marchés physiques et financiers plus efficients, ouverts, prévisibles et transparents, sera indispensable à court et à moyen terme pour aider à concrétiser ces investissements.

Les marchés de l’énergie et leur volatilité préoccupent particulièrement les gouvernements de beaucoup de pays producteurs et consommateurs. Si l’an dernier les cours du pétrole sont restés relativement stables, les fluctuations et la volatilité des prix sont, jusqu’à un certain point, des caractéristiques normales des marchés. Il faudrait toutefois faire de notre mieux pour éviter les variations considérables des prix observées en 2007 et 2008. Quand la demande de pétrole et de gaz reprendra, les marchés devront être sûrs que les investissements seront au rendez-vous pour pouvoir y répondre. À cette fin, l’accès à des données énergétiques fiables et à jour est essentiel. La Joint Oil Data Initiative (JODI), dont l’AIE est l’un des membres fondateurs, a été efficace pour améliorer la transparence des marchés.

Mais ce type d’initiative ne peut réussir qu’à l’échelle mondiale. L’AIE collabore étroitement avec les six autres organisations partenaires de la JODI – l’APEC, Eurostat, le Forum international de l’énergie (FIE), l’OLADE, l’OPEP et la division des Statistiques des Nations unies – en fournissant à une base de données centrale des statistiques à jour sur les niveaux mensuels et annuels de production, des stocks, des échanges, de l’activité des raffineries et de la demande. Nous approuvons les mesures prises récemment pour élargir cette initiative au secteur du gaz, ainsi que l’idée d’y inclure des données sur les investissements en amont.

L’AIE a analysé en profondeur les divers déterminants de la volatilité et organisé avec le gouvernement japonais un atelier d’experts qui a rassemblé en février 2010 à Tokyo des acteurs du marché, des régulateurs et d’autres représentants du secteur public et des entreprises. Nous avons parallèlement esquissé avec l’OPEP et le secrétariat du FIE un programme de coopération entre experts pour faire avancer les travaux dans ce domaine, entre autres, renforçant ainsi le dialogue entre producteurs et consommateurs.

Le FIE a amplement contribué à améliorer ce dialogue : les représentants des principaux pays importateurs et exportateurs d’énergie se réunissent tous les deux ans depuis leur première rencontre, organisée par le gouvernement français en 1991. C’est aujourd’hui le plus large rassemblement régulier de ministres de l’énergie au monde. Très favorable au dialogue entre pays producteurs et consommateurs, l’AIE participe activement aux travaux du forum depuis sa création. Le FIE intéresse non seulement les pays de l’AIE et de l’OPEP, mais aussi la Russie, la Chine et l’Inde, ainsi que nombre de pays en développement pour la plupart desquels l’énergie est un enjeu économique vital. Depuis 2005, plus de 50 % de la demande mondiale d’énergie primaire provient des pays non-membres de l’OCDE et, dans les 20 prochaines années, c’est à eux que sera imputable la quasi-totalité de l’augmentation considérable de la demande qui devrait se produire. C’est seulement en unissant nos efforts que nous pourrons bénéfi cier de marchés énergétiques plus sains, plus sûrs et plus stables.


Références

AIE (2009), World Energy Outlook 2009, Paris.

Voir www.iea.org et www.ief.org  


©L'Observateur de l'OCDE N° 278 mars 2010




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