Aquaculture : des promesses à tenir

Sukree Sukplang/Reuters

L’aquaculture peut-elle contribuer à assurer l’approvisionnement alimentaire à l’avenir ? Oui, mais certaines difficultés doivent être surmontées.

L’aquaculture, qui recouvre l’élevage de poissons, mais aussi d’autres animaux et de plantes aquatiques, est souvent considérée comme une arme décisive pour lutter contre la malnutrition et la pauvreté, particulièrement dans les pays en développement, qui représentent actuellement plus de 93 % de la production mondiale. L’aquaculture est généralement une source indispensable et bon marché de protéines animales, de lipides et d’autres nutriments essentiels.

L’aquaculture est le secteur de production animale qui a connu la progression la plus rapide dans le monde depuis plus d’un demi-siècle, avec une production, à l’exclusion des plantes aquatiques, augmentant à un taux moyen cumulé de 8,1 % par an depuis 1961, contre 3 % pour la viande, 3,4 % pour les oeufs, et 1,5 % pour le lait. Selon la FAO, l’aquaculture a produit plus de 340 différentes espèces de plantes et d’animaux aquatiques en 2007, dernière année pour laquelle on dispose de statistiques complètes.

La production mondiale totale s’est élevée, en 2007, à 65,2 millions de tonnes d’une valeur de 94,5 milliards de dollars. Les poissons ont représenté 48,9 % de la production, les plantes aquatiques 22,7 %, les mollusques 20,1 % et les crustacés 7,5 %. En 2007, plus de 91,1 % de la production mondiale provenait d’Asie, suivie par l’Amérique du Nord et du Sud avec 3,8 %, l’Europe avec 3,6 %, l’Afrique avec 1,3 % et l’Océanie avec 0,2 %. La Chine, à elle seule, a produit plus de 41,2 millions de tonnes de produits aquatiques d’élevage en 2007, soit 63,2 % de la production aquacole mondiale.

Contrairement à la pêche, où les espèces capturées sont essentiellement des espèces carnivores marines situées à un échelon élevé de la chaîne alimentaire aquatique, la production aquacole est essentiellement constituée de poissons omnivores et herbivores situés aux niveaux inférieurs de la chaîne alimentaire, notamment la carpe, le tilapia et le poisson-chat.

En outre, alors que la production halieutique par habitant n’a pas pu suivre la croissance démographique – elle s’est réduite de 10 %, passant de 10,6 à 9,5 kg/par habitant entre 1995 et 2007 – la production aquacole continue de croître. Elle a augmenté de 74,4 %, passant de 4,3 à 7,5 kg/par habitant entre 1995 et 2007 et, à son rythme de croissance actuel, devrait atteindre le niveau de la production halieutique en 2012. À l’heure actuelle, les produits aquacoles et halieutiques représentent plus de 25 % de la totalité des protéines animales consommées par environ 1,25 milliards d’habitants dans 39 pays du monde, dont 19 pays subsahariens.

À l’instar du secteur de l’élevage terrestre, le secteur aquacole n’a échappé ni aux problèmes, ni aux critiques, principalement liés à l’intensification incontrôlée des méthodes d’élevage de type industriel, en particulier des systèmes produisant des crustacés et des poissons carnivores à forte valeur marchande. Cela a suscité des inquiétudes environnementales : destruction d’habitats, pollution, interactions génétiques et épidémiologiques avec les populations sauvages et éventuelles interactions avec des mammifères marins, des tortues et des oiseaux.

Ces problèmes suscitent également des craintes liées aux ressources, notamment concernant l’alimentation des animaux, l’utilisation de l’eau, des terres, de l’énergie et la récolte de semences sauvages. Certains problèmes sociaux doivent aussi être traités, en particulier les déplacements de communautés de pêcheurs et d’éleveurs par certains gros exploitants, les perturbations des prix des produits marins et la sécurité alimentaire locale. Citons également l’impact sur les sources de revenu, la réduction de l’accès aux ressources collectives, la salinisation de l’eau potable et des eaux souterraines, l’exclusion sociale, les conflits potentiels avec le tourisme, la pêche de loisirs et la pêche commerciale. Des problèmes de sécurité alimentaire se posent également, découlant de la contamination possible des produits d’élevage par des métaux lourds, des polluants, des produits chimiques, des médicaments et des agents pathogènes.

La liste n’est pas close. La plupart de ces problèmes sont liés à des espèces, des types d’élevage et des pays spécifiques et ne touchent qu’une partie du secteur. Ils peuvent être atténués et leur impact peut être réduit considérablement par un respect plus strict des principes et lignes directrices du Code de la FAO pour une pratique responsable de l’aquaculture. La solution consiste à améliorer la gouvernance pour améliorer le respect des règles, non pas seulement au niveau des responsables politiques, mais aussi au niveau des exploitants. À défaut, les inquiétudes soulevées finiront par compromettre l’avenir d’un secteur véritablement prometteur.


Références

FAO (1995), Code de conduite pour une pêche responsable, Rome.

Tacon, AGJ et M Metian (2009), « Fishing for feed or fishing for food: increasing global competition for small pelagic forage fish », Ambio, 38(6):294-302.


©L'Observateur de l'OCDE N° 278 mars 2010




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