Consolider la reprise

Le printemps est enfin de retour dans la plupart des pays de l’OCDE, où les signes de reprise commencent à se multiplier. C’est une bonne nouvelle, car la récession a été longue et difficile. Mais si le pire de la crise est sans doute derrière nous, la reprise demeure fragile.

De fait, alors que plusieurs pays de l’OCDE envisagent de démanteler certaines mesures d’urgence exceptionnelles, nous abordons peut-être la phase la plus délicate de la reprise. Les banques centrales ont déjà commencé à restreindre leurs mesures « non conventionnelles » et à réviser leurs politiques de taux d’intérêt. Aujourd’hui, alors que les déficits budgétaires et les dettes publiques enflent de manière intenable, les gouvernements passent à l’action. Les marges de manoeuvre sont limitées, et tous les gouvernements des pays de l’OCDE sont confrontés à une série de choix difficiles pour assurer une reprise durable. Ils doivent appliquer énergiquement leurs stratégies de sortie, en annonçant clairement leurs intentions de manière à rassurer les marchés. Dans le même temps, le retrait des mesures de relance doit être fait prudemment, sans quoi il pourrait faire replonger les économies dans la récession. Le rythme de l’assainissement budgétaire variera naturellement suivant les pays, mais les programmes adoptés devront être aussi favorables à la croissance, à l’environnement, et aussi socialement équitables que possible. En outre, il faut concilier les impératifs nationaux et les enjeux mondiaux.

L’OCDE continuera à appuyer l’action des responsables publics, en leur apportant des éclairages nouveaux et des conseils sur les mesures susceptibles de remédier à la crise, tout en favorisant la croissance à long terme. Prenons les dépenses publiques, par exemple. Les pouvoirs publics devraient réduire les aides aux secteurs insuffisamment performants, afin de supprimer les distorsions de concurrence, et privilégier des dépenses importantes et efficientes dans des domaines vitaux comme l’enseignement, la santé et les infrastructures. Les autorités ne doivent pas relâcher leurs efforts d’activation et de formation concernant le marché du travail, d’autant moins que le chômage de longue durée a vivement augmenté dans de nombreux pays. Néanmoins, un démantèlement progressif des dispositifs subventionnés de partage du travail utilisés pendant la crise permettrait de libérer des ressources précieuses et de renforcer la productivité.

En matière fiscale, les hausses d’impôts devraient être axées sur la consommation et la propriété, domaines les moins préjudiciables à la croissance à long terme, et l’accent devrait être mis davantage sur les écotaxes, sources de recettes publiques qui encouragent également les activités respectueuses de l’environnement.

Toutes les mesures adoptées pendant la crise ne seront pas nécessairement à démanteler ; certains crédits d’impôts et certaines aides directes ciblant la recherche-développement (R‑D) peuvent stimuler l’innovation, par exemple. C’est essentiel pour nos économies du savoir, où les nouvelles technologies, combinées aux nouvelles pratiques des affaires, seront déterminantes pour la productivité, l’emploi et la compétitivité.

Nous devons également veiller à ce que le système financier soit sain, et à ce qu’il étaye effectivement l’investissement. La réglementation des marchés de capitaux est particulièrement cruciale. Les capitaux, nerfs de l’économie, ne circulent toujours pas normalement. Certaines réformes sont en cours, notamment sur la comptabilité, le gouvernement d’entreprise, les capitaux propres des banques, les cadres de gestion des risques et les normes de fonds propres. Des règles prudentielles plus strictes favoriseraient une plus grande responsabilité sur les marchés financiers, tout en stimulant la concurrence.

Suffiront-elles pour autant à empêcher une nouvelle crise ? Peuvent-elles protéger l’épargne contre une prise de risques excessive, tout en réduisant les risques de contagion et de contrepartie qui ont caractérisé cette crise ? L’OCDE estime qu’il faut aller plus loin et appuie les propositions de séparation entre certaines opérations généralement associées aux activités de banque d’investissement et les activités de banque commerciale. En effet, les pertes subies par les banques du fait de la prise de risques sur les marchés financiers peuvent être tout à fait indépendantes de leur endettement.

Une action multilatérale s’impose également d’urgence pour renforcer la reprise mondiale. Prenons les échanges, qui se sont raffermis cette année, largement grâce à la résistance des États au protectionnisme. C’est bien en renforçant le commerce, non en le réduisant, que l’on soutiendra la demande et les créations d’emplois. Le commerce est également vital pour le développement, d’autant plus que les budgets d’aide atteignent leurs limites. Ceci rappelle l’urgente nécessité de conclure le cycle de négociations de Doha. Mais il faut aussi redoubler d’efforts pour accroître l’aide, lutter contre la pauvreté et les maladies, et créer des capacités institutionnelles dans des domaines comme le droit et la fiscalité. L’aide publique au développement atteindra des niveaux records cette année, mais sera inférieure de quelque 21 milliards de dollars aux engagements pris par les donneurs lors du sommet du G8 de Gleneagles, il y a cinq ans. Ces engagements doivent être honorés, notamment à l’heure où nous luttons pour la sécurité alimentaire et contre le changement climatique.

Comme je l’écrivais dans ces pages il y a un an, les gouvernements ne doivent pas se laisser distraire par les signes de reprise, mais doivent continuer à agir vigoureusement, tout en adoptant une perspective de long terme. Ce message a conservé toute son actualité, alors que nous préparons la réunion annuelle du Conseil ministériel et le Forum de l’OCDE en mai 2010. Ils offriront aux participants une excellente occasion de faire le point et de s’assurer qu’ils mettent en oeuvre des politiques adaptées, tant pour gérer les séquelles de la crise – chômage, déficits élevés, potentiel productif réduit, etc. – que pour construire une reprise solide et durable.


©L'Observateur de l'OCDE N° 278 mars 2010




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