Enjeux agricoles et alimentaires : préparer le terrain

Dans les prochaines années, le système alimentaire et agricole mondial devra répondre aux besoins de milliards d’individus supplémentaires et satisfaire des exigences accrues de qualité, d’accessibilité et de disponibilité. La terre, l’eau et les investissements feront l’objet d’une intense concurrence entre l’agriculture et les autres secteurs, et le changement climatique engendrera de nouvelles contraintes. Les ministres et les parties prenantes des pays membres de l’OCDE et des principales économies émergentes se sont réunis à Paris les 25 et 26 février afin de débattre de la meilleure façon de répondre à ces défis.

À cinq d’entre eux – l’Autriche et la Nouvelle-Zélande, co-présidents de la réunion, le Canada, l’Allemagne et le Chili – et aux représentants de Concern Wordlwide, de la Fédération internationale des producteurs agricoles, de John Deere et de l’Organisation mondiale du commerce, nous avons posé la question suivante : « Quelles sont vos priorités d’action pour préparer le système alimentaire et agricole à répondre aux besoins d’un monde en rapide mutation ? »

Autriche
Nouvelle-Zélande
Allemagne
Canada
Chili
Concern Worldwide
Fédération internationale des producteurs agricoles
John Deere
Organisation mondiale du commerce



Autriche

Relever les défis, exploiter le potentiel


(BMLFUW/Newman)

Nikolaus Berlakovich, Ministre fédéral de l'Agriculture, des Forêts, de l'Environnement et de la Gestion de l'eau, co-président de la Réunion ministérielle de l'OCDE sur l'agriculture 2010

Le secteur agricole a évolué ces dernières années. L’agriculture du XXIème siècle doit produire davantage de denrées alimentaires et de fibres pour nourrir une population croissante, avec une main-d’oeuvre rurale moins nombreuse.

Alimenter convenablement la population mondiale signifie produire une alimentation qui assure la sécurité nutritionnelle et qui soit acceptable pour les consommateurs. La sécurité alimentaire n’existe que lorsque chaque individu a accès à une alimentation suffisante, sûre et nutritive, qui réponde non seulement à ses besoins mais aussi à ses préférences.

Dans ce contexte, les aliments d’origine locale et régionale jouent un rôle vital, tout en contribuant à l’activité des agriculteurs et en leur permettant de participer à la préservation de l’environnement, conformément aux exigences de la société.

Cependant, l’urbanisation rapide et les autres utilisations des sols engendreront une concurrence croissante pour l’accès à la terre et à l’eau, et l’agriculture devra aussi s’adapter au changement climatique et contribuer à en atténuer l’impact. Le secteur agricole influe sur le changement climatique autant qu’il en subit les effets. Ce secteur est le plus sensible aux conditions climatiques. C’est l’un des nouveaux défis à relever.

Le changement climatique touchera probablement les systèmes agricoles et forestiers de diverses manières : températures plus élevées, haute concentration de CO2, modification du régime des précipitations, prolifération des mauvaises herbes, des ravageurs et des maladies. À court terme, les phénomènes extrêmes – sécheresses, vagues de chaleur, inondations, tempêtes – vont sans doute devenir plus fréquents. Nous devons travailler sur des concepts qui nous permettront de nous adapter à ces évolutions.

En attendant, le secteur agricole peut contribuer aux efforts d’atténuation du changement climatique. Un marché de la bioénergie potentiellement vaste peut aider au développement général et recèle un énorme potentiel de revenu pour les agriculteurs. Bien entendu, la production de bioénergie doit se faire selon des méthodes de production efficientes et viables, et la condition préalable est de remplir d’abord les assiettes, ensuite les réservoirs à carburant.

Avec la mondialisation des marchés, nos agriculteurs ont besoin d’être soutenus pour maintenir leur exploitation et s’assurer un niveau de vie décent, notamment dans les régions défavorisées. En Europe, par exemple, nous avons besoin d’une politique agricole commune (PAC) forte, qui offre un cadre adéquat pour une production viable. La PAC doit permettre au secteur agricole de répondre aux défis que posent l’évolution des conditions climatiques, l’instabilité des marchés et la volatilité des prix. Nous avons besoin de filets de sécurité pour nos agriculteurs. La volatilité des prix observée ces dernières années a fait naître de graves incertitudes chez nos exploitants agricoles. Le problème réside en partie dans la spéculation. Nous devons discuter de la façon de mettre fin à la spéculation financière sur les produits de base essentiels, comme les denrées alimentaires. Les ministres de l’agriculture des pays de l’OCDE doivent aborder cette question à leur réunion de février à Paris.

Voir www.lebensministerium.at 


Nouvelle-Zélande

Innovation et volonté politique


(Gouvernement néo-zélandais)

David Carter, Ministre de l'Agriculture, Ministre de la Biosécurité et Ministre des Forêts, co-président de la Réunion ministérielle de l'OCDE sur l'agriculture 2010

Face à l’accroissement de la population mondiale, nous devons aborder la sécurité alimentaire en renouvelant notre réflexion et nos approches, et en faisant preuve d’une volonté politique forte.

Le libre-échange, la protection des ressources naturelles et l’investissement en recherche-développement sont indispensables pour pouvoir continuer à nourrir le monde.

Le bon sens veut que les denrées alimentaires soient produites dans les régions qui se prêtent le mieux à l’agriculture, par ceux qui produisent le plus efficacement. Mais pour qu’il en soit ainsi, et en particulier pour résoudre le problème de la sécurité alimentaire, un engagement à la liberté et à l’ouverture des échanges est indispensable. La Nouvelle-Zélande milite résolument pour la levée des obstacles au commerce et continue d’oeuvrer à une conclusion rapide et positive des négociations de Doha. C’est nécessaire pour lutter contre les distorsions qui pénalisent les producteurs efficients et empêchent les agriculteurs des pays en développement de sortir de la pauvreté et de contribuer à répondre aux problèmes liés à la faim.

Préserver les ressources naturelles, à la base de l’activité agricole, est également essentiel pour assurer la vigueur de celle-ci.

La Nouvelle-Zélande s’est fixée comme priorité absolue de promouvoir des pratiques de production durables, en particulier concernant les ressources en eau douce. Nous avons la chance de disposer d’eau douce propre en abondance, mais les précipitations ne tombent pas toujours au bon endroit ni au bon moment. L’amélioration du stockage et de l’affectation de l’eau est un objectif crucial pour le gouvernement néo-zélandais.

Au plan international, l’enjeu majeur consiste à trouver l’équilibre entre l’offre alimentaire et la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Nation dépendante de ses exportations agricoles, la Nouvelle-Zélande sait toute l’importance de cet enjeu.

La résolution des problèmes de gestion des ressources en eau et de changement climatique passe par la collaboration entre pouvoirs publics et industrie, ainsi que par la recherche, l’analyse et de nouveaux cadres d’action.

L’avenir économique de notre pays reposant sur les idées nouvelles et l’innovation, l’investissement en R&D est une priorité. L’État néo-zélandais et l’industrie ont engagé des ressources importantes pour créer un centre national de recherche sur les gaz à effet de serre d’origine agricole.

Notre pays est aussi à la tête d’une initiative visant à développer une Alliance mondiale pour la recherche sur la réduction des émissions agricoles de gaz à effet de serre. Cette alliance étendra les réseaux de recherche existants au plan international et en construira de nouveaux, augmentera l’aide et les ressources consacrées à la recherche sur les émissions d’origine agricole, et renforcera le développement et l’application de technologies permettant de réduire ces rejets. L’objectif général est de permettre aux pays développés et en développement de produire plus d’aliments en émettant moins de gaz à effet de serre, afin d’assurer durablement la sécurité alimentaire.


Allemagne

Partager le savoir pour gagner


(BMELV/BILDSCHÖN)

Ilse Aigner, Ministre fédérale de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Protection des consommateurs

Le savoir est notre matière première principale pour l’avenir. L’Allemagne mise sur la recherche et l’innovation pour relever les défis du secteur agroalimentaire au XXIème siècle. Les objectifs de protection à l’égard du climat, de sécurité alimentaire et d’agriculture respectueuse de l’environnement ne pourront être atteints que par le recours aux technologies les plus récentes, aux meilleures formations et aux méthodes de gestion les plus efficaces. Ne pas évoluer, c’est perdre du terrain.

La recherche agricole en Allemagne est centrée, de plus en plus, sur la production de denrées alimentaires et de matières premières renouvelables. Elle doit satisfaire à des exigences sociales croissantes concernant la gestion responsable des sols, de l’eau, de l’air et des ressources biologiques. En Allemagne, les décisions politiques prennent de plus en plus en compte les résultats de la recherche agricole. L’approche économique caractéristique des travaux de l’OCDE peut y contribuer utilement.

L’Allemagne dispose de nombreux outils pour promouvoir de nouvelles découvertes dans des domaines importants pour l’avenir. Notre but est de rendre le secteur agroalimentaire plus compétitif, de conserver la valeur ajoutée, d’améliorer les conditions de travail et d’aider à préserver nos ressources naturelles.

Face à des problèmes comme l’adaptation au changement climatique, il faut mettre à contribution la recherche fondamentale et la recherche appliquée. Les biotechnologies, par exemple, peuvent aider à renforcer la résistance des cultures vivrières à la sécheresse ou à la chaleur, par exemple, et à accroître leur valeur nutritionnelle. Les variétés et technologies classiques doivent être développées plus avant à partir des nombreux végétaux sauvages et des cultures disponibles localement.

La recherche sur les matières premières renouvelables porte principalement sur le développement de lignes de produits, la découverte de nouvelles applications au-delà du secteur alimentaire et l’utilisation efficiente de la biomasse dans le cadre du panachage des énergies d’avenir.

Les problèmes que nous rencontrons étant mondiaux, tous les intéressés devront accepter la règle suivante : les gagnants seront ceux qui partagent la connaissance. À ce propos, l’Allemagne salue les travaux du Programme de recherche collaboratif de l’OCDE sur l’utilisation des ressources naturelles pour des systèmes agricoles viables. Une recherche agricole dynamique ne saurait être réservée aux pays riches ; elle doit aussi être bénéfique aux pays en développement.

La recherche agricole doit maintenant aller de pair avec la formation de travailleurs qualifiés. L’Allemagne y oeuvre activement, notamment à travers de nombreux projets de coopération.

Nous ne pourrons atteindre nos objectifs de politique agricole que si nous travaillons tous ensemble.

Voir www.bmelv.de/EN 


Canada

Préférer le partenariat au protectionnisme


(Gouvernement du Canada)

Gerry Ritz, Ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire

En tant que grand pays agricole, le Canada est convaincu qu’un commerce ouvert et équitable assurera la prospérité de ses agriculteurs et offrira une alimentation saine et de bonne qualité aux consommateurs du monde entier. En cette période d’incertitude économique dans un monde en rapide mutation, il est d’autant plus urgent de mettre en place un système d’échanges équitables, reposant sur des bases scientifiques. Notre gouvernement continuera d’oeuvrer dans le cadre de l’OMC, par le biais d’accords de libre-échange, ainsi qu’avec nos partenaires de l’OCDE, pour lever les obstacles au commerce et ouvrir de nouvelles possibilités au monde agricole. Les échanges sont essentiels pour acheminer les  denrées alimentaires jusqu’à ceux qui en ont besoin, tout en assurant aux agriculteurs un revenu équitable de leur production.

Au plan national, dans le cadre du Plan d’action économique du Canada, nous continuons à renforcer nos fondations déjà solides en améliorant les routes, les réseaux de distribution d’eau et les infrastructures. Ces investissements fourniront des emplois et aideront les agriculteurs à cultiver et à transporter leurs produits, renforçant les capacités de résistance du Canada à la tempête économique actuelle.

Notre gouvernement travaille avec les secteurs public et privé au développement de nouvelles technologies et pratiques permettant d’accroître la production agricole, de réduire les risques liés aux maladies, aux ravageurs et aux aléas climatiques, et de satisfaire ainsi une demande mondiale croissante.

Le gouvernement canadien poursuivra son étroite collaboration avec les secteurs économiques concernés et avec les autorités provinciales et territoriales afin d’élaborer des politiques et des programmes flexibles, volontaristes et laissant jouer davantage les mécanismes du marché, qui servent en priorité les intérêts des agriculteurs. Nous travaillons avec le secteur agricole et l’industrie alimentaire afin de répondre aux besoins d’un monde en rapide mutation, en soutenant la recherche orientée vers les marchés, en renforçant la sûreté des aliments et les pratiques écologiques, et en aidant nos producteurs à mieux gérer les risques économiques et commerciaux.

À l’heure où des signes de reprise s’annoncent, notre gouvernement sait que l’agriculture joue un rôle clé dans notre économie et nous poursuivrons nos efforts  sur tous les fronts : commerce international, activités de recherche à l’initiative des agriculteurs et programmes solides, afin que notre secteur agricole demeure fort et reste l’un des principaux exportateurs mondiaux.

Voir www.agr.gc.ca 


Chili

Modernisation et adaptation



(Gouvernement du Chili)

Marigen Hornkohl, Ministre de l'Agriculture

Le monde est en constante évolution et ces brusques changements quotidiens ne doivent pas nous surprendre. Lorsqu’une population augmente, ses besoins augmentent également, et le phénomène s’accroît avec les espoirs d’une meilleure qualité de vie.

Même si le changement climatique se mesure sur de longues périodes, nous devons anticiper ses évolutions et y réagir dès maintenant, d’autant plus qu’elles transformeront nos modes de production. Nous devons nous adapter à ces modifications, tous ensemble, à la fois en agissant sur les causes et en réduisant au maximum les effets.

Face à ces défis, la gouvernance mondiale sera primordiale. Aujourd’hui, les organismes nationaux et multilatéraux sont appelés à coopérer, à coordonner leurs efforts et à réaliser une performance institutionnelle solide et intégrée. Nous nous félicitons aussi des accords publicprivé qui pourraient être conclus dans ce domaine.

Ces enjeux en tête, le Chili a décidé de développer son agriculture en vue de devenir un producteur majeur de produits alimentaires et forestiers. Nous espérons contribuer à l’agriculture mondiale d’une manière responsable qui mette l’accent sur l’utilisation de ressources renouvelables.

L’intensification des échanges étant vecteur de bien-être, nous avons adopté une stratégie d’ouverture au commerce. Bien entendu, ces échanges doivent être justes et obéir à des règles claires et équitables entre les pays. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous sommes favorables à la conclusion d’un accord majeur sur l’agriculture à l’OMC, visant la réduction des subventions et la levée des obstacles au commerce.

L’avantage concurrentiel que nous visons passe par une innovation accrue en génétique animale et végétale, combinées aux normes sanitaires et phytosanitaires les plus élevées au monde. Cette modernisation nous propulsera vers une agriculture plus interconnectée.

Nous nous intéressons particulièrement à la plantation et à l’exploitation de forêts d’espèces locales et exotiques. Des forêts bien gérées peuvent aider à atténuer les effets du changement climatique, tout en créant des emplois et en améliorant la productivité dans le secteur.

L’être humain, en tant que travailleur ou en tant que consommateur, est au coeur de ces initiatives. C’est pourquoi nous mettons l’accent sur la justice sociale, l’amélioration des revenus et l’accès aux services pour garantir une meilleure qualité de vie à ceux qui participent directement ou indirectemen à l’activité agricole. Nous mettons également la priorité sur le fait que nos politiques profitent aussi aux petits producteurs, aux femmes, aux populations indigènes et aux jeunes.

Consulter le site www.chileangovernment.cl 


Concern Worldwide

Faire face à un scandale inacceptable


(Concern Worldwide)

Tom Arnold, Directeur général de Concern Worldwide et ancien Président du Comité de l'agriculture de l'OCDE (1993-1998)

Les questions qui seront examinées lors de la réunion des ministres de l’agriculture de l’OCDE offrent un bon aperçu des facteurs affectant une économie alimentaire mondiale en mutation rapide – le changement climatique et la rareté des ressources, l’évolution des modes de consommation et des structures de marché, ainsi que les chaînes mondiales d’approvisionnement.

Néanmoins, le nombre de personnes sous-alimentées dépassant aujourd’hui le milliard, on ne peut que s’indigner à l’idée qu’au XXIème siècle, près d’un sixième de l’humanité s’endorme chaque soir la faim au ventre. Les coûts humains et économiques à court et à long terme de ce chiffre doivent être pleinement appréhendés.

Il n’existe pas de solution simple à ce problème, mais deux modifications essentielles de l’action publique seront déterminantes pour progresser. Premièrement, les pays en situation d’insécurité alimentaire, en particulier en Afrique subsaharienne, doivent offrir le cadre d’action nécessaire au développement agricole et rural et investir de manière accrue dans ce développement. Pour la plupart de ces pays, l’agriculture demeure le premier secteur économique, et la libération de son potentiel productif constitue la base de tout progrès économique.

Deuxièmement, les politiques et programmes nutritionnels devraient être renforcés. Il faudrait en particulier veiller à ce que les femmes enceintes et les enfants de moins de deux ans soient convenablement nourris, afin de prévenir une malnutrition chronique et aiguë. Une nutrition inadéquate jusqu’à l’âge de deux ans provoque des retards de croissance physique et mentale – atteignant jusqu’à 50 % des enfants dans certains pays africains – qui détruit le potentiel économique des individus et des pays concernés.

De fait, certains progrès sont réalisés sur ces deux plans. La crise des prix alimentaires de 2008 a fait comprendre aux dirigeants politiques des pays en situation d’insécurité alimentaire qu’il était politiquement et économiquement rationnel d’ériger la sécurité alimentaire en priorité. L’Équipe spéciale de haut niveau des Nations unies sur la crise mondiale de la sécurité alimentaire joue un rôle efficace d’orientation, tant auprès des pays en développement que des pays donneurs de l’OCDE, en mettant l’accent sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

La réunion des ministres de l’agriculture de l’OCDE offre l’occasion aux dirigeants de déclarer clairement que le fait que plus d’un milliard de personnes souffrent de la faim constitue un scandale inacceptable, et que les pays de l’OCDE vont prendre des mesures sérieuses et concrètes pour y remédier. J’espère qu’ils saisiront cette occasion.

Voir www.concern.net  


Fédération internationale des producteurs agricoles

Étayer les priorités des agriculteurs


(swiss-image.ch/Remy Steinegger)

Ajay Vashee, Président

La crise des prix alimentaires de 2007-2008 et la crise économique actuelle ont suscité une prise de conscience de l’importance cruciale du secteur agricole pour la viabilité économique et politique. En outre, l’année dernière, au cours de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques de Copenhague, la Fédération internationale des producteurs agricoles (FIPA) a joué un rôle moteur dans les efforts déployés avec des institutions agricoles mondiales – notamment le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI), l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la Plateforme mondiale des donateurs pour le développement rural – en vue de souligner le lien entre sécurité alimentaire et durabilité de la production agricole. L’objectif était de parvenir à une « vision commune » reconnaissant explicitement le lien entre sécurité alimentaire et changements climatiques, question qui déterminera en partie les priorités d’action des années à venir.

Par ailleurs, les producteurs agricoles de la planète doivent relever le défi consistant à augmenter la production alimentaire de 70 % pour satisfaire les besoins de quelque 9,1 milliards de personnes en 2050, tout en utilisant moins d’eau, en émettant moins de gaz à effet de serre et en préservant la biodiversité agricole, et ce à partir de surfaces cultivables à peu près identiques.

Pour relever ce gigantesque défi, les agriculteurs ont besoin du soutien direct des fondations, des États et des organismes intergouvernementaux, pour coordonner et intensifier leur production, au moyen de pratiques agricoles fondées sur le savoir. Cela passe par le recours à des solutions de gestion intégrée des ressources en eau, l’utilisation de systèmes fermés d’élevage et de digesteurs de biogaz, la diversification et l’augmentation de la production destinée aux marchés locaux, et la fourniture accrue de services écosystémiques dans le cadre des activités agricoles. Il faudra repenser l’agriculture de manière à réaliser des gains de productivité écologiquement viables.

Ressources financières et volonté politique manquent encore pour mettre en pratique ce type d’activités à une échelle suffisante. Premièrement, dans les pays en développement, des investissements plus importants et de meilleure qualité dans l’agriculture sont nécessaires. Deuxièmement, des mécanismes d’incitation doivent encourager les agriculteurs à adopter les pratiques agricoles les plus durables. Troisièmement, il faut investir davantage dans la recherche et l’innovation, en particulier pour que les résultats de la recherche soient mis en pratique dans les exploitations. Quatrièmement, les agriculteurs ont besoin d’outils de gestion des risques leur permettant de ne pas sombrer dans la pauvreté en cas de coup dur.

Les investissements agricoles doivent être axés sur ces priorités très claires, contribuant au développement de la FIPA et d’organisations d’agriculteurs influentes dans le monde entier. La FIPA exhorte les ministres de l’agriculture des pays de l’OCDE à réaligner leurs priorités mondiales sur celles des agriculteurs. C’est à cette seule condition que nous réussirons.

Voir www.ifap.org 


John Deere

Combler l’écart de productivité


(John Deere)

Samuel R. Allen, Président-directeur général

Pour satisfaire les futurs besoins d’une population mondiale croissante et plus prospère, il sera particulièrement crucial d’accélérer l’innovation dans l’ensemble du système alimentaire – de la production agricole au consommateur final, en passant par la distribution. Cela suppose de combler le fossé qui sépare le taux de croissance tendanciel de la productivité agricole observé jusqu’ici et le rythme bien plus rapide requis pour satisfaire ces futurs besoins. On pourra alors nourrir durablement une population mondiale croissante, tout en atteignant les objectifs mondiaux en matière d’environnement et de ressources, entre autres.

Mener à bien cette tâche gigantesque suppose de prendre en compte toutes les méthodes modernes de production, qu’elles relèvent de l’agriculture conventionnelle ou biologique, et les exploitations de toutes tailles et de toutes sortes, de l’agriculture de subsistance à l’agriculture commerciale. Les solutions proposées par Deere contribuent à ce que cette clientèle mondiale diversifiée progresse sensiblement en termes de productivité et de moyens de subsistance.

Chez Deere, nos efforts sont spécifiquement axés sur une démarche continue de recherchedéveloppement (R‑D), un renforcement de notre présence mondiale destiné à mieux servir nos clients, et la mise en place de partenariats collaboratifs.

La recherche‑développement joue un rôle essentiel pour accélérer l’innovation. Le budget de R‑D de Deere dépasse 2 millions de dollars par jour, notre entreprise se fondant sur les retours d’informations des clients ainsi que les exigences du marché pour élaborer des équipements et des services idéalement adaptés à la multitude de situations rencontrées dans le monde, en termes de technicité et de coût.

Nous continuons d’améliorer l’accessibilité de nos biens et services à l’échelle mondiale en renforçant notre présence sur de nouveaux marchés. Par exemple, l’une de nos récentes initiatives portant sur le continent africain vise à agrandir très largement nos gammes de produits, nos réseaux de concessionnaires et notre système de distribution de pièces détachées. La présence permanente d’un réseau de concessionnaires – garantissant la proximité avec le client –  est essentielle pour fournir une expertise technique locale, réparer les équipements dans les meilleurs délais, et dispenser des formations aux conducteurs ainsi que d’autres formations techniques.

John Deere attache également une grande importance à son réseau de partenariats collaboratifs dans le monde entier. Ceux-ci permettent de partager les meilleures pratiques relatives aux productions végétales et animales qui améliorent la rentabilité des exploitations, de soutenir des institutions éducatives et techniques, et d’aider les économies de marché émergentes en général à atteindre leurs objectifs de développement rural.

S’il est crucial d’accélérer la croissance de la productivité dans la filière agroalimentaire, Deere reconnaît également la nécessité de mener d’autres actions pour relever le défi alimentaire mondial. Des politiques nationales favorables promouvant la stabilité politique, favorisant l’ouverture des marchés, encourageant l’investissement et facilitant les échanges jouent également un rôle essentiel, que nous appuyons.

Voir www.deere.com 


Organisation mondiale du commerce

Commerce crucial pour la sécurité alimentaire


(OCDE)

Pascal Lamy, Directeur général

Les prix alimentaires mondiaux ont sensiblement augmenté au cours des dernières années, déclenchant un débat sur la sécurité alimentaire. Bien que les principaux facteurs de cette hausse et de son ampleur aient varié suivant les produits, globalement, des déséquilibres structurels entre l’offre et la demande et une diminution des stocks au cours des cinq ou dix dernières années ont constitué la toile de fond de ces évolutions. Des facteurs de court terme, tels que la hausse des prix de l’énergie, la promotion des marchés de biocarburants, des conditions climatiques défavorables et la dépréciation de certaines monnaies, dont les effets ont été exacerbés par certaines mesures politiques telles que des restrictions aux exportations de produits alimentaires, ont été les catalyseurs de ces brusques fluctuations des marchés mondiaux.

La solution à ce problème passe par la conjonction de mesures nationales et internationales. Compte tenu des tendances actuelles d’évolution de la population et des modes de consommation, il est clair qu’un accroissement de l’offre s’impose. Il faudra davantage de nourriture, ce qui suppose une augmentation des investissements et de la production agricoles, surtout dans les pays en développement.

Le commerce international joue un rôle clé à cet égard, car il contribue à un transfert de produits alimentaires des pays qui sont en excédent vers ceux qui sont en déficit alimentaire. Il favorise l’efficience en entraînant un redéploiement de la production vers les pays qui disposent de l’avantage comparatif le plus important. Ce faisant, le commerce étaye l’investissement et l’emploi dans les zones rurales où l’impact de la crise alimentaire s’est fait le plus sentir. Par le biais du renforcement de la concurrence, les échanges contribuent également à faire baisser les prix et à atténuer leurs variations brutales potentielles. Il n’est pas surprenant que certaines envolées récentes de prix aient concerné des produits caractérisés par de faibles ratios échange/consommation, comme le riz.

Les changements climatiques vont également avoir de nombreuses répercussions sur l’agriculture actuelle, notamment un risque de rareté accrue des ressources en eau. En 2006, dans son Rapport mondial sur le développement humain, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) avait attiré notre attention sur les possibilités d’économies d’eau offertes par le commerce international. Le « commerce d’eau virtuelle » – pour reprendre les termes du PNUD – pouvait déboucher sur une moindre consommation d’eau dans les pays importateurs. Il citait l’exemple éloquent de l’Égypte, à laquelle le Nil ne suffirait pas si elle cherchait à atteindre l’autosuffisance en matière agricole. Les échanges internationaux contribuent également à réduire la dépendance à l’égard des sources uniques de production.

Un accroissement des échanges suppose de s’attaquer aux fortes distorsions dont pâtissent encore les marchés agricoles internationaux. Le cycle de négociations commerciales de Doha peut y contribuer. Son objet essentiel est de permettre des progrès majeurs quant à l’accès aux marchés, des réductions des subventions agricoles qui faussent les échanges et l’élimination à terme de toutes les formes d’aides à l’exportation. Les pays du monde ont avancé à grands pas vers la réalisation de ces objectifs. Ils pourront les atteindre en concluant le cycle de Doha.

Voir www.wto.org


©L'Observateur de l'OCDE N° 278 mars 2010




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