L’eau dans l’agriculture : améliorer la gestion des resources

Fayaz Kabli/Reuters

L’agriculture mondiale doit relever un formidable défi dans les 40 prochaines années : produire 50 % d’aliments en plus d’ici 2030 et le double d’ici 2050. Avec des pressions croissantes issues de l’urbanisation, de l’industrialisation et du changement climatique, une bonne gestion de l’eau sera vitale.

En effet, comme le montrent les projections de l’OCDE sur l’utilisation de l’eau à l’horizon 2050, l’approvisionnement de près de 47 % de la population mondiale, principalement dans les pays en développement, subira de fortes contraintes, en grande partie du fait d’évolutions hors du secteur agricole.

Mais l’agriculture consomme environ 70 % des prélèvements d’eau douce à l’échelle mondiale (45 % dans les pays de l’OCDE). Du fait de l’augmentation de la demande alimentaire et hydrique, les agriculteurs doivent améliorer et rationaliser leur gestion de l’eau. Bien souvent, cela passe par une augmentation des redevances sur l’eau pour réduire les gaspillages et par des mesures d’accompagnement pour encourager l’innovation et améliorer la gestion. Les pays l’OCDE n’y feront pas exception. Ils continueront à exporter de grandes quantités de produits agricoles, et l’amélioration de la gestion de l’eau concerne donc également leurs agriculteurs.

Certaines technologies et techniques de gestion offrent des pistes intéressantes, comme les réseaux automatisés de capteurs d’humidité du sol et les systèmes de microirrigation. Mais les évolutions technologiques ne sont pas sans risques. Certaines techniques d’irrigation modernes qui économisent l’eau et augmentent les rendements peuvent accentuer les risques d’inondation et d’érosion des sols.

Il faut aussi anticiper les changements climatiques, qui altéreront le rythme des précipitations saisonnières et la fonte des glaces, et accroîtront la fréquence et la gravité des inondations et des sécheresses. Les pouvoirs publics devront adopter des mesures d’adaptation et d’atténuation.

La tarification de l’eau doit aussi transmettre les bons signaux pour avoir un impact efficace sur les pratiques agricoles. L’approvisionnement en eau des exploitations agricoles coûte cher, même dans les pays développés. Mais souvent, les agriculteurs paient surtout pour le fonctionnement et l’entretien, très peu pour les infrastructures. Dans les pays où le prix de l’eau ont été relevés pour les agriculteurs, les données disponibles indiquent que la production n’a pas diminué.

Par ailleurs, les prix de l’eau pour les agriculteurs tiennent rarement compte de sa rareté et des coûts et avantages environnementaux effectifs. En général, des licences et des réglementations diverses permettent de modérer l’usage des nappes phréatiques par l’agriculture afin d’en assurer la durabilité. Mais elles sont loin d’être toujours appliquées.

Les politiques de soutien à la production agricole des pays de l’OCDE encouragent souvent la surproduction et conduisent souvent à une utilisation peu efficace de l’eau. Elles peuvent aussi conduire à aggraver la pollution hors agriculture, ainsi que les risques d’inondation. Mais il est difficile de mesurer l’efficience et l’efficacité globales du soutien à l’agriculture sur les ressources en eau, et des analyses plus poussées sont nécessaires.

Toutefois, de nombreux pays de l’OCDE ont réduit leur soutien à l’agriculture et ont découplé le soutien des volumes produits. Le résultat en a été une utilisation plus efficace de l’eau, une meilleure adaptation à la pénurie et une diminution de la pollution en dehors du secteur agricole.

Les défis que pose l’amélioration de la gestion de l’eau dans l’agriculture sont considérables, mais quelques mesures simples peuvent aider à les relever. Un rapport récent de l’OCDE, intitulé Gestion durable des ressources en eau dans le secteur agricole, présente quelques grands axes d’action pour les pouvoirs publics.

Tout d’abord, les responsables publics doivent reconnaître la complexité et la diversité de la gestion des ressources en eau dans l’agriculture, notamment les aspects liés à l’offre et à la demande aux niveaux national et régional. Ils devraient prendre des mesures pour renforcer les institutions et les droits de propriété, afin d’accroître l’efficience de la gestion de l’eau dans l’agriculture.

Les responsables publics devraient aussi faire en sorte que les prix de l’eau à usage agricole reflètent mieux les coûts de distribution et assurer une cohérence entre les politiques agricoles, énergétiques, environnementales et relatives à l’eau, afin de consolider les progrès et d’empêcher que les initiatives ne s’annulent les unes les autres. Les efforts pour accroître la résilience de l’agriculture face aux changements climatiques, par exemple, seront aussi très importants pour la gestion de l’eau (voir page 22).

Enfin et surtout, l’amélioration des connaissances est essentielle à une meilleure gestion. L’eau est un enjeu mondial qui nécessite des réponses locales.

Les responsables publics doivent travailler ensemble pour obtenir les informations manquantes, tirer des enseignements de l’expérience des autres et faire en sorte que les agriculteurs et les gestionnaires aient accès aux informations dont ils ont besoin.

Beaucoup d’agriculteurs commencent à adopter des pratiques et des technologies qui rationalisent l’usage de l’eau. En adoptant de telles mesures, les responsables publics contribueraient à renforcer cette tendance.


Références

OCDE (2009), De l’eau pour tous : perspectives de l’OCDE sur la tarification et le financement, Paris.

OCDE (2008), La performance environnementale de l’agriculture dans les pays de l’OCDE depuis 1990, Paris.

OCDE (2006), Water and Agriculture: Sustainability, Markets and Policies, Paris

Voir aussi www.oecd.org/agriculture/env et www.oecd.org/eau 


©L’Observateur de l’OCDE n° 278, mars 2010




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