Surnutrition ?

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Des millions de gens à travers le monde souffrent de malnutrition, et certains connaissent la famine. Dans les pays développés, au contraire, l’abondance alimentaire peut engendrer de graves problèmes de nutrition et de santé. Malgré les efforts pour résoudre ces problèmes, les habitudes occidentales commencent à se diffuser.

Depuis le milieu du XXème siècle, le système moderne de production alimentaire, dont l’objectif essentiel est d’accroître la productivité, est parvenu à satisfaire, et même à dépasser, les besoins des consommateurs des pays développés. Leurs besoins en énergie, en protéines et en graisses ont non seulement été satisfaits, ils l’ont été à des coûts de plus en plus faibles. Grâce à l’innovation et aux progrès technologiques dans la production agricole et alimentaire, et grâce à l’ouverture accrue des échanges mondiaux, on peut trouver toute l’année des aliments bon marché, abondants et variés. Dans la zone OCDE, l’alimentation ne représente en moyenne que 15 % environ des dépenses des ménages.

Parallèlement, la hausse des revenus, la composition de la main-d’oeuvre, l’urbanisation et les changements démographiques ont contribué à transformer les modes de vie et d’alimentation. Les habitants des pays de l’OCDE se déplacent davantage, passent plus de temps au travail et moins de temps à déjeûner. Ils ont moins de temps à consacrer à la préparation des repas, ce qui affecte peut-être plus encore leurs choix alimentaires que les contraintes budgétaires. En outre, le régime occidental, où dominent les hydrates de carbone, les graisses et les sucres raffinés industriellement, se répand de plus en plus.

La disponibilité alimentaire par habitant a augmenté dans la plupart des pays, comme en témoignent les rations quotidiennes en énergie, en protéines et en graisses. D’après les bilans alimentaires de la FAO, la ration calorique moyenne disponible dans les pays de l’OCDE est désormais de 3 400 calories par personne (2003-2005), comparée à 2 900 de 1964 à 1966. Des hausses similaires ont été enregistrées hors zone OCDE, en Amérique latine, en Afrique du Nord et dans en Asie-Pacifique, où la ration calorique quotidienne par habitant dépasse aujourd’hui 3 000 calories par personne, une moyenne qui masque néanmoins de fortes disparités. Il faut être prudent lorsque l’on compare ces chiffres avec les niveaux de consommation recommandés. La disponibilité alimentaire a peut-être augmenté, mais les besoins individuels sont toujours compris entre 1 800 et 2 200 calories par personne. Il n’est pas étonnant que les données sur les disponibilités caloriques fassent également apparaître un gaspillage d’environ 25 %.

L’origine des calories est importante également. L’OMS estime que la consommation de graisses a augmenté et qu’elle est supérieure de 30 % à la part maximum recommandée en Amérique du Nord et en Europe occidentale, la part des graisses saturées dépassant fréquemment de 10 % le seuil recommandé. Ceci est incompatible avec un système cardiovasculaire sain. Quant à la consommation de fruits et légumes, dont la contribution à la santé et à la prévention des maladies est bien établie, elle reste inférieure aux 400 grammes recommandés par jour.

La dépense énergétique des individus ayant diminué, et les produits alimentaires élaborés étant de plus en plus répandus, le surpoids et l’obésité ont progressé ces dernières années. Certains médecins dans les pays de l’OCDE évoquent une épidémie d’obésité chez les adultes et les enfants, ce qui inquiète les instances publiques en charge de la santé, car le surpoids mène à de nombreuses maladies chroniques, comme le diabète, les maladies cardiovasculaires et de nombreux cancers. Outre leur coût pour les individus et les budgets publics, ces affections peuvent largement être évitées en changeant de régime et de mode de vie, notamment grâce au sport. Les gouvernements des pays de l’OCDE et d’autres régions du monde commencent à se pencher sur ces questions, l’obésité n’étant que l’un des problèmes qui s’accroissent. La tâche est lourde. Changer les habitudes alimentaires est souvent une gageure, du fait de l’attachement culturel, social et souvent psychologique à certains aliments.

L’agriculture peut-elle contribuer à résoudre ces problèmes ? Cela dépendra d’une collaboration effective avec les producteurs et les consommateurs pour renforcer l’offre et la demande d’aliments abondants et sains. Cela implique d’aider les consommateurs à choisir des aliments sains tout en persuadant les acteurs de l’industrie alimentaire – de l’agriculture à la fabrication et au commerce de détail – de changer eux aussi certaines de leurs méthodes. C’est ce que le XXIème siècle attend d’eux.


Références   

FAO (2010), « Bilans alimentaires », sur le site www.fao.org 

OCDE (2009), « Initiatives des pouvoirs publics concernant l’alimentation, la santé et la nutrition », Groupe de travail des politiques et des marchés agricoles, OCDE, Paris.

OCDE (2009), Éco-Santé, à l’adresse www.oecd.org/sante    


©L’Observateur de l’OCDE n° 278, mars 2010




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