Le changement climatique et l’agriculture

JP Moczulski/Reuters

L’agriculture ne fait pas que contribuer au changement climatique et en subir les effets. Elle peut aussi faire partie de la solution.

L’agriculture engendre au moins 14 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). C’est plus que les transports, et presque autant que l’industrie. Pourquoi une telle ampleur ? D’abord, du fait de l’activité agricole proprement dite : le labourage libère du CO2 dans le sol, et la riziculture et l’élevage émettent de grandes quantités de méthane. L’agriculture utilise des carburants fossiles et de l’engrais, et elle change l’affectation des terres, notamment par la déforestation et la désertification de zones fragiles. Ces changements altèrent la capacité de la terre à absorber ou à réfléchir la chaleur et la lumière

Malgré sa contribution relativement élevée aux émissions de gaz à effet de serre, l’agriculture n’est pas encore assujettie aux plafonds d’émissions imposés par l’accord de Kyoto pour la lutte contre les changements climatiques. Les gouvernements ne sont pas inactifs pour autant, et l’OCDE appuie leurs efforts, par ses analyses, ses conseils et l’échange d’informations qu’elle permet.

Concevoir des politiques et prendre des engagements pour atténuer les changements climatiques grâce à l’agriculture requiert un approfondissement de nos connaissances sur l’empreinte carbone de ce secteur. Celle-ci s’accentue avec l’accroissement de la population mondiale. Si les projections d’une population mondiale supérieure à 9 milliards en 2050 s’avèrent exactes, la production alimentaire devra doubler par rapport à son niveau actuel. Cela signifie plus de changements d’affectation des terres, une extension des cultures, une intensification de l’élevage et un usage accru de carburants fossiles.

Mais d’autres enjeux nous attendent. L’agriculture est la cause de changements climatiques, mais elle les subit également. Les projections à l’horizon 2050 indiquent une hausse des températures mondiales moyennes et une variabilité météorologique croissante, notamment des précipitations. Ces évolutions affecteront nécessairement les cultures et leur localisation à l’échelle mondiale, qu’il s’agisse des vignobles en Europe, des pâturages en Afrique ou encore des rizières en Asie. Des systèmes de production et même certains modes de vie pourraient être transformés.

Beaucoup de pays s’adapteront au changement, et certains pourraient même en tirer des opportunités de nouvelles cultures. Mais les communautés les plus pauvres et celles vivant sur des terres vulnérables, comme les deltas ou les plaines côtières, pourront être exposées à de nouveaux risques. C’est pourquoi il est vital de s’adapter, et de mettre en oeuvre une vraie coopération mondiale.

Des solutions agricoles Si l’agriculture contribue au changement climatique, c’est aussi l’un des rares secteurs porteurs de solutions. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, l’ensemble des émissions de GES d’origine humaine devront baisser d’au moins 50 % par rapport aux niveaux de 1990 d’ici à 2050 si l’on veut limiter le réchauffement global futur à 2 °C. Cet impératif a été réaffirmé par les dirigeants mondiaux à la conférence de Copenhague, en décembre 2009.

Comment l’agriculture peut-elle contribuer à cet objectif ? D’abord par le captage du carbone. Les sols captent et absorbent littéralement le carbone, ce qui compense les émissions de l’agriculture, mais aussi d’autres secteurs. Concernant l’atténuation, le rapport efficacité-coût des mesures de réduction des émissions est meilleur dans l’agriculture que dans certains secteurs de l’industrie et des transports.

La tâche n’est toutefois pas simple, ne serait-ce que pour mesurer les divers éléments. Chiffrer les émissions de gaz à effet de serre issues des activités agricoles est complexe et coûteux, compte tenu de la diversité des exploitationsagricoles, des modes de culture, ainsi que des zones géographiques et climatiques. De plus, la maîtrise des émissions issues de l’agriculture est encore scientifiquement incertaine, car de nombreux facteurs sont en jeu – climat local, type de sol, déclivité et pratiques de production, par exemple. Ainsi, il n’y a pas de relation directe entre les quantités produites et les émissions.

Autre problème : déterminer les changements d’affectation des terres résultant indirectement de la production agricole. La flambée mondiale des prix alimentaires ces dernières annéesa reflété la concurrence pour l’utilisation des sols liée aux marchés alimentaires et énergétiques mondiaux. En particulier, il faut davantage étudier les liens entre la production de biocarburants, ces derniers étant subventionnés dans de nombreux pays, les changements dans l’affectation des terres qui en résultent, notamment la déforestation, et leurs effets sur les prix alimentaires.

Atténuation et adaptation Des technologies et des modes de culture appropriés, une meilleure gestion des terres cultivables et des terres de pacage, la restauration des terres dégradées ainsi que leur changement d’affectation, pour l’agrosylviculture par exemple, peuvent grandement contribuer à limiter les GES. Les émissions issues de l’élevage peuvent être réduites en améliorant la nutrition et la gestion des effluents.

La science offre des solutions prometteuses, notamment la génétique, les biocarburants dits de deuxième génération, qui engendrent moins de concurrence dans l’utilisation des sols pour la production vivrière, et le captage du carbone, bien que des recherches plus poussées soient nécessaires. La génétique peut aider à réduire le méthane animal. La part importante de gaz à effet de serre produits par les bovins et les ovins – le méthane est un GES beaucoup plus puissant que le CO2 – peut être en partie compensée par le captage du carbonedans les zones de pâturages. De meilleurs modes de culture peuvent contribuer à atténuer les changements climatiques tout en améliorant la qualité de l’eau, la biodiversité et la qualité des sols.

Certaines régions du monde bénéficieront peut-être de conditions climatiques plus clémentes, mais, si l’on ne fait rien, les conséquences pour la production agricole mondiale seront globalement négatives. Il faudra s’adapter aux changements climatiques, certains d’entre eux étant d’ores et déjà inévitables, et les mesures d’atténuation ne produisant pas de résultats immédiats. Il faudra très certainement se tourner vers des variétés, des cultures et des races animales plus adaptées aux futures conditions climatiques. Des mesures seront sans doute nécessaires pour décourager les modes de culture fortement émetteurs, afin de réduire les risques et de ralentir les changements d’affectation des terres. De telles mesures seront de toutes façons utiles contre d’autres dommages environnementaux, par exemple dans la distribution d’eau, et rendront l’agriculture plus durable (voir page 29).

Faire face aux changements climatiques et aux autres préoccupations environnementales, tout en produisant suffisamment de nourriture pour répondre à la demande, sera une gageure. L’OCDE réfléchit activement à ces questions, par exemple aux synergies à mettre en place et aux compensations à offrir pour que les producteurs qui réduisent leur empreinte carbone restent compétitifs. Comment les marchés du carbone peuvent-ils influencer le cours des événements et comment les rendre plus efficaces ? Comment être plus efficace dans le traitement, le transport et la distribution des produits alimentaires tout au long de la chaîne d’approvisionnement ?

Des politiques appropriées seront essentielles, tout comme la collaboration avec les marchés pour encourager les échanges et les investissements, et corriger les distorsions provoquées, par exemple, par certaines subventions qui conduisent à la surproduction et à l’épuisement des ressources. En bref, les politiques futures se doivent d’améliorer les performances environnementales, notamment en termes de réduction des émissions.



L’OCDE analyse l’élaboration et l’application de mesures d’adaptation et d’atténuation économiquement rationnelles dans une série de domaines-clés. Des interventions combinées sur les marchés du carbone, l’assurance récolte et l’assurance contre les catastrophes naturelles, l’introduction de meilleures variétés végétales et animales, la technologie, la surveillance des émissions, les incitations à une utilisation plus rationnelle de l’eau ou le dédommagement des groupes vulnérables, si elles sont conjuguées et adaptées à chaque pays, permettraient de limiter la contribution de l’agriculture aux changements climatiques, de préserver l’environnement et d’accroître la valeur ajoutée du secteur agricole.


Références

OCDE (à paraître en 2010), Climate Change and Agriculture: Impacts, Adaptation, Mitigation and Options for the OECD, Paris.

OCDE (2008), La performance environnementale de l’agriculture dans les pays de l’OCDE depuis 1990, Paris. 

Voir le site www.oecd.org/agr/env   


©L'Observateur de l'OCDE N° 278 mars 2010




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