Les bienfaits de la télémédecine

L’usage des technologies de l’information et des communications est moins courant dans la santé que dans beaucoup d’autres secteurs, malgré ses avantages, notamment en matière de coûts. Les responsables politiques peuvent aider à combler ce retard.

Juanita vit à Formentera, une île de l’archipel des Baléares. Bien que Formentera attire tous les étés cinq fois sa population en touristes, l’accès aux soins spécialisés urgents y est un problème, car les résidents à l’année sont trop peu nombreux pour justifier que l’on dote l’hôpital local en personnel et en équipements hautement spécialisés nécessaires. Aussi, lorsque son mari a eu un accident vasculaire cérébral (AVC), Juanita a craint le pire.

Lorsqu’un AVC advient, chaque minute compte, et la survie du patient dépend de l’accès à des soins neurologiques le plus tôt possible après la manifestation des premiers symptômes. Comme de nombreux autres malades, le mari de Juanita a été traité avec succès dans le cadre du programme de traitement des AVC à distance mis en place aux Baléares en 2006. Grâce à l’utilisation de techniques de vidéo-imagerie avancées, du haut débit et de dossiers médicaux électroniques, les neurologues de la capitale, Palma, peuvent aujourd’hui sauver des vies à distance, avec une qualité de soins comparable à celle dont bénéficient leurs patients de Palma.

Pharmacien suédois, Jens a longtemps dû s’évertuer à déchiffrer l’écriture manuscrite des ordonnances, ces hiéroglyphes coutumiers de la profession médicale. Jens a désormais directement accès à un système d’ordonnances électroniques. Depuis qu’Apoteket, société publique distributrice de produits pharmaceutiques, a décidé, en 2001, d’étendre la prescription électronique à l’ensemble du pays, le traitement des ordonnances est devenu plus sûr, plus rapide et plus facile en Suède. Ce système a pratiquement éliminé les erreurs associées à la lecture des ordonnances manuscrites. Il offre d’autres garanties de sécurité, car il permet d’éviter la sur-prescription de médicaments, de signaler automatiquement les interactions médicamenteuses potentielles et de délivrer des médicaments génériques lorsque c’est possible. Globalement, la satisfaction des consommateurs a augmenté, et les médecins et les pharmaciens gagnent jusqu’à 30 minutes par jour grâce à ce système, permettant au personnel d’assurer de nouveaux services qui contribuent à diversifi er les recettes des pharmacies.

John vit aux États-Unis, dans le Massachussets, où il a accès à l’un des meilleurs systèmes de soins au monde. Il a la chance de bénéfi cier d’une assurance maladie, mais la juge un peu chère, la hausse des coûts d’assurance constituant un problème important dans cet État. Récemment, il a appris avec satisfaction que, depuis l’adhésion de son prestataire de soins au New England Healthcare Electronic Data Interchange Network, un consortium de prestataires et d’organismes payeurs, il allait payer moins, les demandes de remboursement étant désormais traitées électroniquement pour 25 cents, contre 5 dollars sur support papier. Ceci grâce aux économies substantielles permises par l’électronique sur les coûts administratifs liés à la facturation, à la prise de rendez-vous et à l’utilisation de formulaires papier.

Ces trois personnes sont fi ctives mais les situations décrites sont réelles et de plus en plus courantes, comme l’indique un nouveau rapport de l’OCDE (voir références). Ils illustrent la manière dont une plus large utilisation des technologies de l’information et des communications peut améliorer la qualité des soins et en réduire les coûts.

Mais la mise en place de technologies de l’information dans le domaine de la santé n’est que la première étape d’un processus long et diffi cile. De fait, il est vrai que si les gains potentiels d’un plus large recours à ces technologies sont évidents depuis plusieurs années, la plupart des pays se heurtent encore à d’importants problèmes de mise en oeuvre, et leur utilisation est beaucoup moins développée dans le secteur de la santé que dans de nombreux autres domaines.

Il y a trois raisons à cela. Premièrement, le financement et l’organisation des soins de santé peuvent dissuader les médecins d’opter pour des systèmes de données informatisés. Par exemple, des dossiers médicaux électroniques de qualité peuvent améliorer la gestion des soins et éviter des examens inutiles. Mais les principaux bénéfi ciaires de l’utilisation de ces dossiers seront souvent les patients et les organismes payeurs, tandis que les coûts d’équipement et d’entrée des données dans les systèmes incomberont aux médecins, hôpitaux et autres prestataires de soins de santé. Les médecins peuvent certes aussi en retirer des avantages – comme c’est le cas de Jens – mais ceux-ci ne sont pas toujours suffisants pour justifi er l’investissement considérable nécessaire. De nombreux pays ont donc mis en place des programmes de subventions et d’incitations spéciales visant à encourager les médecins à avoir recours à ces systèmes dans le cadre des soins cliniques. Le bon « modèle économique » consisterait sans doute à ce que les bénéfi ciaires de la télémédecine fi nancent une part des pertes subies par les autres.

Une deuxième raison de la faible utilisation des technologies de l’information est liée aux problèmes de confi dentialité, qui sont particulièrement sensibles dans le domaine de la santé. Les patients s’inquiètent d’éventuels défauts de protection concernant l’accès à leurs dossiers médicaux. L’ennui est que les réglementations mises en place pour garantir la confidentialité annulent aussi souvent les avantages qu’offrirait une plus grande liberté d’accès à ces données. Par exemple, en Colombie-Britannique (Canada), l’engagement de confi dentialité a eu pour conséquence imprévue d’empêcher l’administration d’accéder à des données essentielles pour réaliser les études dont elle a besoin pour améliorer les services. La diffi culté, pour les pouvoirs publics, consiste à trouver un juste équilibre.

Troisièmement, les résultats des projets de cyber-médecine à grande échelle ne sont pas encore totalement convaincants. Les systèmes de santé ressemblent encore, pour l’essentiel, à des industries artisanales dont la fragmentation entrave les économies d’échelle et d’envergure qui ont stimulé la diffusion des technologies dans d’autres secteurs. L’échange efficace d’informations médicales à grande échelle demeure diffi cile d’un point de vue logistique. En outre, de nombreux projets ont été lancés sans être accompagnés des mesures nécessaires, par exemple en fixant les objectifs de santé publique, en redéfinissant les tâches et les activités de gestion du changement, ou encore en mettant en place un système d’éducation et de formation. Ce défaut de gouvernance se reflète aussi dans l’absence de systèmes de suivi fi ables et de moyens appropriés pour évaluer l’efficacité des investissements dans les technologies de l’information.

Les trois exemples de l’Espagne, de la Suède et des États-Unis figurent parmi les rares cas dans lesquels une évaluation véritable a été réalisée et les gains de l’investissement dans la cybermédecine ont pu être mesurés.

Le message est simple, mais urgent : la viabilité et le coût des systèmes de santé constituent un problème croissant, et les technologies de l’information et des communciations sont essentielles pour optimiser leur fonctionnement. Mais la solution ne dépend pas uniquement des forces du marché. Les pouvoirs publics devront intervenir pour lever les obstacles et s’assurer que l’application de l’informatique dans le domaine de la santé améliore la qualité et l’efficacité des soins.

Références

OCDE (2010), Achieving Effi ciency Improvements in the Health Sector through ICTs, Paris.

OCDE (2008), « Médecine et Internet : une saine association ? », L’Observateur de l’OCDE n°268, juin.

Voir www.oecd.org/sante 

©L’Observateur de l’OCDE n° 278, mars 2010

 




Données économiques

PIB +0,43% T1 2017
Échanges exp +3,0% ; imp +4,0% T1 2017
Inflation annuelle 2,4% avril 2017
Chômage 6,008% mars 2017
Mise à jour: 22 juin 2017

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