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Changement climatique : pas de demi-mesure

À Copenhague, les dirigeants de la planète ont avancé ensemble sur le dossier du changement climatique. Cette année, il faudra faire davantage.

Quelle que soit la solidité des preuves scientifiques disponibles, lutter efficacement et à l’échelle mondiale contre le changement climatique reste un défi. Après des semaines de négociations et d’incertitudes, l’accord de Copenhague a été conclu in extremis par un petit groupe de pays. Le lendemain, la Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP15) prenait note de cet accord.

Nul n’ignorait l’ampleur des difficultés, tant économiques que politiques, pour résoudre le problème du changement climatique, et beaucoup de membres de la société civile, d’entreprises et de responsables politiques, ont été déçus par le résultat de la conférence. Mais étant donné les circonstances, le fait qu’il y ait eu un accord est un motif de soulagement, voire de satisfaction. Selon les mots du Premier ministre danois, Lars Løkke Rasmussen, qui présidait la conférence : « nous avons obtenu un résultat ».

Le fait de réunir dans une même salle les chefs d’État et de gouvernement des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre et d’obtenir qu’ils reconnaissent la nécessité « d’importantes diminutions des émissions mondiales » et « d’une coopération pour inverser aussi vite que possible la courbe des émissions nationales et mondiales », sans négliger les priorités telles que le développement et l’éradication de la pauvreté, a été un signal fort.

« Bien que loin d’être parfait, l’accord de Copenhague représente un accord politique arraché de dure lutte », a déclaré Angel Gurría, le Secrétaire général de l’OCDE, à l’issue de la conférence. « La plupart des pays sont susceptibles de le signer et il représente, à ce titre, une étape décisive vers une action collective internationale visant à limiter les émissions mondiales et à construire des économies plus propres, plus résistantes. »

Les mesures prévues par l’accord ont été acceptées par les plus gros pays émetteurs comme par les petits États vulnérables. Ils ont exprimé ensemble une « volonté politique forte de combattre d’urgence le changement climatique en tenant compte des responsabilités communes, mais différentes, et des capacités respectives des uns et des autres. » L’objectif final est de « stabiliser la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêcherait les interférences anthropogéniques dangereuses avec le système climatique », ce qui, d’après l’accord, limiterait la hausse de la température mondiale moyenne « à moins de 2 degrés centigrades. »

Diverses approches sont envisagées, certaines s’appuyant sur des mécanismes de marché pour améliorer le rapport coût-efficacité des réductions. L’accord reconnaît la nécessité de lutter contre la déforestation et prévoit la création d’un Fonds climatique vert pour mobiliser les financements, et d’un comité de haut niveau pour étudier les sources potentielles de revenus, dont les financements alternatifs, afin d’atteindre les objectifs financiers. L’idée d’une aide aux pays en développement destinée à faire face au changement climatique est une caractéristique notable de l’accord : les pays développés se sont accordés sur « l’objectif de mobiliser conjointement 100 milliards de dollars par an jusqu’en 2020 pour répondre aux besoins des pays en développement » et « d’apporter des ressources nouvelles et plus importantes, notamment dans le secteur forestier, ainsi que des investissements des institutions internationales à hauteur de 30 milliards de dollars pour la période 2010-2012 », qui seront destinés en priorité aux pays les moins développés, aux petits États insulaires en développement et à l’Afrique.

Plusieurs voix réclament une évaluation de la mise en oeuvre de l’accord à l’échéance 2015. Pour cela, bon nombre d’experts estiment qu’il faudrait clarifier les objectifs, les mécanismes de marché et les dispositifs de mesure, de rapports et de vérification des progrès accomplis. Les responsables politiques, les entreprises et la société civile y travailleront ensemble dans l’optique de la prochaine conférence sur le changement climatique, à Mexico en 2010. L’OCDE participe aux efforts internationaux visant à ce que celle-ci porte des fruits tangibles. « Nous comptons bien oeuvrer avec le Mexique et plus largement avec la communauté internationale pour, idéalement, établir dans le cadre de la CCNUCC un accord juridiquement contraignant pour l’après 2012 », a déclaré Angel Gurría, notant que « pour obtenir cet accord, les organisations internationales ont un rôle majeur à jouer : elles devront éclairer le débat et aider les différentes parties à la négociation à parvenir à une vision commune des enjeux. »

Par exemple, s’agissant des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les analyses de l’OCDE suggèrent que, d’après les déclarations faites avant Copenhague, les pays développés ne réduiraient leurs émissions que de 18 % en 2020 par rapport aux niveaux de 1990, ce qui est inférieur aux 25 à 40 % de réduction nécessaires pour limiter le réchauffement climatique à 2°C, selon les scientifiques.

Les pays en développement doivent aussi faire un effort supplémentaire, et l’OCDE s’emploie à aider les pays développés comme les pays en développement à déterminer les domaines où les émissions peuvent être réduites davantage, sans entraver la croissance. Cela signifie également qu’il faut mieux analyser les stratégies d’adaptation au changement climatique dans tous les domaines du développement économique, et chercher à aider les pays en développement à gérer les risques et à mieux résister aux conséquences possibles du changement climatique.

Concernant le financement, l’OCDE examine la manière dont les réglementations nationales peuvent fixer un juste prix au CO2 et envoyer les bons signaux aux investisseurs privés. Si les pays développés réduisaient de 20 % leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020 en s’appuyant sur la fiscalité et les marchés de droits d’émission fixant un prix au CO2, ils pourraient percevoir l’équivalent de 2,5 % de leur PIB. Un montant largement suffisant pour tenir les engagements de financements publics pris à Copenhague.

Toutes ces mesures sont importantes, et elles contribuent à d’autres chantiers majeurs pour les décideurs politiques, comme l’amélioration de l’accès aux innovations technologiques, une meilleure information des consommateurs et des entreprises, et un renforcement des efforts d’adaptation.

Bien que Copenhague n’ait pas abouti aux certitudes que beaucoup attendaient, les déclarations d’objectifs et d’actions que les pays développés et en développement ont déjà faites dans le cadre de l’accord de Copenhague indiquent que la COP15 a au moins permis de faire un pas important dans la bonne direction. Le défi que doit désormais relever la communauté internationale est de tenir les promesses de réduction d’ici 2020. Cela signifie que les dirigeants mondiaux doivent respecter leurs engagements de financements pour le climat et s’entendre sur un large cadre d’action climatique pour l’après-2012. Un objectif difficile mais atteignable, et nécessaire pour un avenir durable. Cela devrait mettre les participants sur la bonne voie en attendant la COP16, dans quelques mois au Mexique.


L’accord de Copenhague est téléchargeable sur www.en.cop15.dk  

Voir aussi www.oecd.org/croissanceverte

©L'Observateur de l'OCDE N° 276-277 décembre 2009-janvier 2010




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