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Au coeur de l'activité bancaire

Alors que la tempête financière se calme quelque peu, l’heure est à l’évaluation complète des dégâts. Selon Tendances des marchés de capitaux, entre le début de la crise et octobre 2009, les gouvernements et les banques centrales des États-Unis et d’Europe ont apporté plus de 11 billions de dollars d’aide aux banques et autres entreprises financières, sous forme d’injections de capitaux, d’achats d’actifs, de garanties et facilités d’emprunt etc. Ce chiffre ne tient pas compte des coûts économiques et sociaux plus généraux, comme les pertes d’entreprises, les suppressions d’emplois et les autres retombées de la crise. Il représente néanmoins, selon un journaliste du Dow Jones, un coût de plus 1 600 dollars par personne dans le monde.

L’action des gouvernments est-elle suffisante pour traiter la cause du problème et éviter une répétition de la pire crise depuis 50 ans ? Selon les auteurs d’un article paru dans Tendances des marchés de capitaux, il faut se pencher davantage sur les structures sous-jacentes. Depuis 18 mois, l’OCDE plaide pour une séparation structurelle entre les fonctions bancaires commerciales et d’investissement. L’organisation s’est exprimée en ce sens dans de nombreuses publications, y compris les éléments présentés par le Secrétaire général au sommet du G20 de Londres.

Plusieurs publications et ouvrages antérieurs ont mis en lumière la forme légale la plus à même de parvenir à une telle séparation. Ce dernier article explique pourquoi, s’agissant des grands groupes financiers, qui semblaient si solides (« too big to fail ») jusqu’à la crise, la séparation des divers types d’activité doit aller de pair avec l’instauration d’un ratio d’endettement. Depuis sa publication, l’administration Obama a proposé une idée similaire avec le plan Volcker. Si cette approche semble convaincre de plus en plus de décideurs, l’article de l’OCDE préconise que davantage de gouvernements agissent en ce sens. « Le grand public attend une réévaluation fondamentale de ce que les banques sont censées faire et de la façon dont elles se concurrencent les unes les autres. C’est le sujet tabou sur lequel les décideurs n’ont pas encore eu le temps ou la volonté de se pencher. »

Et de citer un gestionnaire de fonds de placement qui, dans un bulletin trimestriel adressé à ses clients, s’inquiétait : « en cherchant à limiter les dégâts de la prochaine catastrophe, nous nous permettons de minimiser les causes réelles du désastre et, ce faisant, nous en préparons un autre. » Y a-t-il une solution ? Existe-t-il un meilleur moyen d’empêcher les fonctions de banque d’investissement, sujettes à fluctuations, de nuire à la stabilité des activités des banques commerciales et d’intermédiation financière qui étayent l’activité économique ?

Les auteurs pensent que oui, par le biais de règles concernant l’endettement et les structures des grands groupes financiers. Ils citent des exemples comme Santander, un établissement qui exerce d’importantes activités de banque commerciale et de structuration des produits, mais de façon équilibrée et avec des risques maîtrisés. En examinant les structures et la concurrence bancaires, tant dans les grandes banques et entreprises financières, d’une part, que dans les centaines de petites banques régionales centrées sur les prêts immobiliers qui ont fait faillite, qui fusionnent ou ferment, d’autre part, les auteurs montrent comment la « culture des marchés » l’a emporté sur la « culture du crédit ».

Ils évaluent en détail une panoplie de réformes possibles, en matière de comptabilité, de gouvernement d’entreprise et de normes de fonds propres, qui toutefois ne suffiraient pas à éviter une nouvelle crise. Les auteurs recommandent une stratégie combinant un ratio d’endettement permettant de réduire le risque au niveau du groupe avec de nouvelles structures de holdings passives afin de limiter la contagion. Une telle structure permet une séparation juridique en ce qui concerne le risque prudentiel et l’utilisation des capitaux, tout en permettant de réaliser des synergies et des économies d’échelle. En principe, la société-mère passive peut lever des capitaux en bourse et les investir en toute transparence. Ses filiales bancaires sont des entités juridiques distinctes qui ont leur propre gouvernement d’entreprise, et elles versent aux actionnaires des dividendes sur leurs bénéfices, par l’intermédiaire de la société-mère. La contagion est réduite en partie du fait que la société-mère passive ne peut pas, légalement, transférer des capitaux d’une filiale à une autre en période de crise.

En bref, comme la révision des structures de propriété aborde des problèmes de fond, elle devrait stabiliser le navire, ce qui créerait un regain de confiance. Compte tenu des tensions budgétaires et de la montée du chômage, la plupart des contribuables y seraient sans doute favorables.



Blundell-Wignall, Adrian, Gert Wehinger et Patrick Slovik (2009) « The Elephant in the Room : The Need to Deal with What Banks Do » dans Tendances des marchés de capitaux, octobre.

Hannon, Paul (2009) “OECD: Global Government Support For Financial System $1 1.14 Trillion”, dans Dow Jones Newswires, 13 janvier.

©L'Observateur de l'OCDE N° 276-277 décembre 2009-janvier 2010




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