Les défis à venir

Secrétaire général de l’OCDE

L’année 2010 a commencé avec un tremblement de terre dévastateur en Haïti qui a tué plus de 100 000 personnes et a pratiquement détruit le pays. Nous tenons à exprimer notre sentiment de solidarité envers le peuple haïtien. Cette tragédie ravive le triste souvenir du tsunami, survenu juste avant la nouvelle année 2004. Rien ne peut remplacer la perte d’êtres chers.

Si un aspect positif pouvait être retenu, ce serait l’affluence de bonnes volontés du monde entier pour aider Haïti à gérer l’urgence et à rebâtir ce pays pauvre mais empli d’énergie. Cette coopération incarne l’esprit de l’OCDE, qui contribue à aider Haïti en assurant un suivi de l’aide d’urgence et en prêtant main forte à la mise en place d’une planification adéquate, de politiques cohérentes et d’investissements publics efficaces.

Au-delà des réponses à cette immense tragédie, l’année qui vient nous réserve d’autres épreuves. La tourmente financière de 2008-2009 est peut-être passée, mais l’économie mondiale continue à plier sous le vent, avec un gonflement des déficits budgétaires dans la zone OCDE à hauteur d’environ 8 % du PIB, et une dette publique brute qui pourrait être supérieure au PIB d’ici 2011.

Les perspectives laissent escompter une reprise relativement modeste. Les bilans bancaires se sont améliorés, mais le crédit reste hésitant. La croissance de la demande proviendra essentiellement des dépenses publiques, car les dépenses des ménages et des entreprises restent faibles. Le chômage culminera à plus de 9 % et devrait dépasser les 10 % dans certains pays, aggravant la situation des finances publiques et la crise sociale. L’inflation en revanche devrait rester faible, malgré la fermeté des prix de l’énergie. Et si le commerce mondial a amorcé une reprise, il reste très inférieur à son niveau d’avant la récession.

La crise a laissé des cicatrices, et beaucoup reste à faire pour que l’économie mondiale devienne plus forte, plus saine et plus juste. Comme je l’ai dit à l’occasion de mes voeux, nous pouvons être fiers de ce que nous avons accompli en 2009, mais nous ne devons pas nous reposer sur nos lauriers. Nous devons continuer à travailler dur en 2010.

La crise a assombri les perspectives pour les pays en développement, où le nombre de pauvres s’est accru de 90 millions l’an dernier, et où certaines villes, déjà surpeuplées et vulnérables, ont accueilli un nombre croissant de migrants. Nous devons renforcer nos travaux sur le développement et répondre à une crise sociale et de l’emploi qui s’accentue dans bon nombre de nos pays membres. Le nombre total de chômeurs dans la zone OCDE avoisinera 57 millions cette année, et il faudra accélérer la mise en oeuvre de politiques actives du marché du travail et de mesures destinées à atténuer les disparités. L’offre de soins de santé de qualité pour tous, au meilleur coût, sera aussi un défi majeur. En octobre prochain, une grande réunion des ministres de la santé de l’OCDE ouvrira des perspectives à cet égard.

L’OCDE continuera à renforcer ses instruments de lutte contre la corruption et ses cadres de gouvernance d’entreprise, notamment en développant l’idée, soumise au G8, d’une « norme mondiale » pour les économies de marché, et en poursuivant l’importante collaboration internationale qui permet de concevoir de nouveaux indicateurs du progrès pour le XXIème siècle.

Nous continuerons aussi à étudier les causes de la crise, pour permettre aux gouvernements de préparer leurs stratégies de retrait des mesures exceptionnelles prises pour y faire face. Nous devrions aussi soutenir les réformes, notamment des marchés financiers, les experts de l’OCDE ayant démontré que l’amélioration des règles prudentielles favorisant la stabilité était compatible avec une concurrence renforcée. Cela aidera les responsables publics à mettre en place les nouveaux environnements réglementaires nécessaires pour reconquérir la confiance de l’opinion et stimuler la croissance.

Cela devrait aussi contribuer à ce que les flux financiers viennent à nouveau irriguer les petites et moyennes entreprises, moteurs essentiels d’innovation. La crise a montré qu’un autre modèle de croissance économique s’imposait et que l’innovation pouvait beaucoup y contribuer. La Stratégie de l’OCDE pour l’innovation, qui sera présentée à la réunion du Conseil des ministres de l’OCDE en mai 2010, donnera une impulsion bienvenue. L’innovation est indispensable à la reprise plus verte dont nous avons besoin pour réduire les émissions de carbone et promouvoir une croissance durable. L’une des grandes priorités de l’OCDE sera d’élaborer une stratégie de croissance verte pour l’avenir, ce pourquoi, entre autres, elle a été mandatée en 2009.

Pour y parvenir, il est vital d’arrêter la course du changement climatique. L’accord conclu à la conférence des Nations unies sur le changement climatique tenue à Copenhague en décembre dernier est loin d’être parfait, et l’OCDE soutient les efforts internationaux visant un résultat plus substantiel à la réunion de la COP16 qui se tiendra à Mexico cette année.

L’OCDE a le plaisir d’inaugurer l’année 2010 forte d’un nouveau membre, le Chili, qui a signé son accord d’adhésion le 11 janvier et deviendra le 31ème pays membre de l’organisation. La participation du Chili enrichira nos travaux et amplifiera notre voix sur la scène mondiale. Au cours des prochains mois, nous poursuivrons les discussions d’adhésion avec quatre autres pays candidats, ainsi que notre stratégie d’engagement renforcé avec les grandes économies émergentes. Ainsi diversifiée, dynamisée et plus en phase avec les enjeux de notre temps, l’organisation aborde d’un bon pied son 50ème anniversaire, dont la célébration commencera en décembre 2010.

En oeuvrant ensemble à relever les défis majeurs de notre temps, nous pouvons changer la donne en 2010.


www.oecd.org/secretairegeneral
www.observateurocde.org/angelgurria  

©L'Observateur de l'OCDE N° 276-277, décembre 2009-janvier 2010




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