L'eau : ouvrir le robinet

OCDE Observateur

Dans la région MENA, de meilleures réglementations encourageraient les investisseurs à s'aventurer dans le secteur de l'eau.

Un saumon aurait du mal à survivre dans les cours d'eau du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord (MENA), non pas à cause des rivières asséchées, de la surpêche ou de la pollution, mais à cause de la densité en barrages par m3 d'eau, la plus élevée au monde.

La gestion de l'eau est rigide et sa consommation excessive. Les États du Golfe consomment 50 % plus d'eau que les États- Unis, même si la consommation annuelle par habitant ne s'élève qu'à 1 200 m3 contre 7 000 m3 au niveau mondial. L'eau potable ne représente que 8 % de la consommation, 22 % correspond à l'industrie et 70 % à l'agriculture.

Heureusement, la région compte quelques uns des meilleurs ingénieurs hydrologues du monde et se situe à la pointe de la technologie pour le dessalement et le recyclage des eaux usées. Malheureusement, bon nombre de ces efforts n'atteignent pas les résultats escomptés, en raison de pertes d'efficience, de mauvaises réglementations, de subventions excessives et du manque d'investissements de maintenance. Lorsqu'on évoque le secteur de l'eau dans la région MENA, les investisseurs ne sont guère rassurés.

La crise économique n'a pas aidé. Le Groupe de pilotage du Programme d'investissement OCDE-MENA a annoncé que l'investissement étranger direct (IDE) en provenance des pays OCDE vers la région MENA a chuté de 13 % et les sorties d'IDE de 6 %. Les pays du Golfe s'en sont le plus mal sortis, perdant environ 21 % entre 2007 et 2008.

En juillet, des responsables de l'Initiative OCDE-MENA sur la gouvernance et le développement ont rencontré des experts arabes pour discuter des moyens d'améliorer la gouvernance dans le secteur de l'eau. Des facteurs géographiques et politiques compliquent la situation. Environ 60 % de l'eau de la région MENA traverse plusieurs pays, ce qui pose des problèmes de souveraineté. Le caractère transjuridictionnel de la gouvernance de l'eau est l'une des raisons pour lesquelles les gouvernements hésitent à privatiser le secteur, même si deux seulement des 13 pays du MENA parviennent à couvrir leurs coûts d'exploitation et de gestion.

L'une des grandes craintes des investisseurs est l'inefficience. L'agriculture utilise 70 % des réserves d'eau, mais du fait des fuites et des gaspillages, la moitié seulement bénéficie aux récoltes. Les agriculteurs et autres consommateurs jugeraient la situation intolérable si d'importantes subventions ne les protégeaient pas de cette réalité déplaisante : les consommateurs égyptiens, par exemple, ne paient que 20 % des coûts de traitement et d'adduction d'eau.

Le laxisme de la réglementation est un autre facteur dissuasif pour les investisseurs. Lorsque les techniques de forage à faible coût ont vu le jour dans les années 1960, les particuliers ont commencé à extraire de l'eau des aquifères (couches de roches perméables, de graviers, de sable, etc. qui stockent les eaux souterraines) à un rythme tel que la réglementation n'a pas pu suivre. Dans certains pays, la surexploitation est en train d'assécher les ressources nationales à des taux équivalent à 1-2 % du PIB. Les gouvernements doivent réorienter leurs efforts de l'accroissement de l'offre vers la gestion de la demande.

La quantité d'eau disponible par habitant dans la région MENA devrait diminuer de moitié dans 40 ans. Or, en 15 ans à peine, la région devrait passer de 300 à 500 millions d'habitants, pour lesquels il faudra créer 100 millions de nouveaux emplois. Les pays MENA s'efforcent de faire face à cette explosion de la demande et s'intéressent à certains instruments de l'OCDE comme le rapport Infrastructures en eau et secteur privé : Guide de l'OCDE pour l'action publique.

Les partenariats publics-privés pourraient certainement aider, mais les investisseurs s'en méfient en l'absence de cadres réglementaires cohérents. De tels cadres doivent tenir compte des différences de tempérament politique. La nature des réglementations choisies dépend des systèmes juridiques. Au Maghreb, la plupart des choix sont issus du droit romain, d'où la préférence pour les approches horizontales et transectorielles, alors que les pays du Golfe, préfèrent la réglementation sectorielle, qui laisse une marge de manoeuvre considérable aux autorités déléguées.

Contrairement au saumon, les investisseurs n'aiment pas nager à contre-courant. Mais s'ils peuvent bénéficier d'une meilleure réglementation, de plus de transparence et de prévisibilité, il est probable qu'ils s'intéresseront de nouveau au secteur de l'eau dans la région MENA.


Voir www.oecd.org/eau



©L'Observateur de l'OCDE n° 275, novembre 2009




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