Moyen-Orient et Afrique du Nord

Pour un avenir plus clair
OCDE Observateur

Améliorer la gouvernance et l'investissement est un préalable incontournable au développement dans la région MENA.

Les pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord sont à un moment critique de leur développement. Alors que plusieurs d'entre eux connaissaient jusqu'ici une croissance forte (5 % au Maroc en 2008, par exemple, et plus de 7 % en Égypte et aux Émirats arabes unis), la crise mondiale a fini par les rattraper.

Dans la région MENA, la hausse du PIB réel devrait en 2009 soit ralentir fortement, soit, dans le cas des pays exportateurs de pétrole, fléchir légèrement. Bien que l'ensemble de la région ait affiché une croissance de 6,1 % du PIB en 2008, contre 5,6 % l'année précédente, les chiffres de la Banque mondiale laissent présager une forte décélération, avec 2 à 3 % de croissance en 2009 ; il ne s'agit certes pas d'une récession, mais c'est inférieur notamment aux taux de croissance de la Chine et de l'Inde.

Les temps changent vite. Depuis 2000, la région MENA commençait à surmonter certaines difficultés majeures, comme le chômage et la pauvreté : un cinquième de la population y vivait avec moins de 2 dollars par jour. La Banque mondiale estimait alors qu'il faudrait créer 100 millions d'emplois d'ici 2020 dans la région simplement pour suivre la croissance démographique. Par ailleurs, en termes d'investissement direct étranger, la région se situait alors en-deçà d'autres groupes de pays émergents : elle n'avait accueilli que 0,4 % de l'IDE mondial en 2000, contre 0,7 % pour l'Asie du Sud-Est.

Puis un essor rapide s'est amorcé. L'IDE est passé à 5,5 % du niveau mondial en 2008, contre 3,5 % en Asie du Sud-Est (voir graphique). Le chômage a lentement reflué dans toute la région entre 2006 et 2008, même s'il restait structurellement supérieur à d'autres région en développement.

La région MENA a d'abord été relativement peu touchée par la crise, l'essentiel du choc initial ayant été ressenti par les banques qui avaient emprunté à l'extérieur ou qui étaient fortement exposées sur les marchés d'actifs, notamment dans certains pays du Golfe. Mais la récession s'est ensuite étendue à l'ensemble de l'économie.

Les entrées d'investissements devraient sans doute chuter brutalement en 2009, le recul pouvant même aller jusqu'à 32 % dans les pays importateurs de pétrole. Le tourisme a perdu de la vigueur, les petites et moyennes entreprises ont souffert et les transferts de fonds se sont taris. Les échanges ont ralenti et les projets de construction ont connu un coup d'arrêt. Les recettes publiques ont également diminué et bien que les pays richement dotés en ressources aient réussi dans une certaine mesure à compenser ce mouvement, dans la plupart des pays, les dépenses publiques ont été sévèrement restreintes.

La crise financière a contraint la région à revoir ses objectifs en matière de croissance et d'emploi : une progression moyenne de 6 à 7 % du PIB est nécessaire pour absorber les nouveaux arrivants sur le marché du travail et contribuer à la réduction de la pauvreté. En revanche, une croissance faible est synonyme de redémarrage du chômage (voir le graphique). La réalité est simple : il faudra davantage d'investissements, publics, privés, nationaux et internationaux, pour relancer les moteurs de la croissance et du dynamisme.

L'Initiative MENA-OCDE pour la gouvernance et l'investissement à l'appui du développement, lancée en 2004 avec la participation de 18 pays de la région MENA, s'en trouve également sollicitée plus fortement. Comme le soulignent régulièrement les spécialistes de la région et des pays de l'OCDE, le renforcement des structures de gouvernance va de pair avec l'amélioration du climat des affaires et faute d'efforts concertés sur ces deux indissociables fronts, les pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord auront les plus grandes difficultés à atteindre leurs objectifs de développement sur un marché mondialisé.

Les programmes MENA-OCDE contribuent à la diffusion des compétences en matière de pratiques exemplaires et au partage des enseignements tirés des réformes passées. Leurs méthodes, telles que l'examen par les pairs ou l'implication de la société civile,  privilégient l'élaboration et la mise en œuvre de solutions innovantes.

Des progrès sont réalisés en matière de lutte contre la corruption. C'est notamment le cas au Maroc. Dans son Rapport mondial sur la corruption de 2009, Transparency International souligne que ce pays a pris plusieurs initiatives contre ce phénomène, notamment avec l'adoption, en 2007, d'un décret sur les contrats publics et la conclusion, en 2008, d'un Pacte d'intégrité et d'engagement citoyen dans le bâtiment et les travaux publics.

Cela étant, il reste encore beaucoup à faire. Parmi les mesures possibles figure l'adhésion à des instruments internationaux comme la Convention de l'OCDE sur la lutte contre la corruption, qui compte parmi ses signataires huit pays non membres de l'OCDE, mais encore aucun de la région MENA.

D'autre part, la simplification de l'administration est importante car elle a également des retombées sur l'investissement.

Bien que les restrictions en matière de climat des affaires soient variables d'un pays à l'autre, un classement récemment établi par la Banque mondiale/Société financière internationale montre qu'aucun des pays de la région MENA n'excelle dans tous les domaines (voir www.doingbusiness.org ). Bahreïn, par exemple, est bien classé en ce qui concerne les permis de construire ou l'emploi de travailleurs, mais moins bien en ce qui concerne le respect des contrats. Le Maroc affiche une performance relativement satisfaisante en matière de respect des contrats, mais fait moins bien sur le front de l'emploi des travailleurs. Il est plus facile d'obtenir des crédits en Égypte et en Arabie Saoudite qu'en Algérie ou qu'en Irak. Et sur le plan des impôts, ce sont les États du Golfe qui sont en tête, loin devant les pays du Maghreb. Selon les chiffres de l'OCDE, la situation est inverse en ce qui concerne l'IDE, c'est-à-dire qu'au Maroc et en Algérie, il n'y a pas plus de restrictions que dans la moyenne des pays de l'OCDE, tandis que les pays du Golfe se signalent par des conditions plus restrictives.

Quels que soient les obstacles, il est fondamental de venir à bout des pressions économiques et sociales que la région dans son ensemble doit affronter.

Le programme MENA-OCDE montre la voie, par exemple avec l'Initiative pour la gouvernance à l'appui du développement qui a pour objectif de moderniser la gouvernance publique et d'améliorer la fonction publique. Ces travaux portent leurs fruits, comme en témoignent la diffusion des technologies de l'information dans les administrations ou encore l'amélioration des politiques de recrutement. Leur efficacité se manifeste également par l'introduction de mécanismes de promotion au mérite ou le recrutement de femmes.

L'Initiative pour la gouvernance à l'appui du développement permet également de promouvoir l'administration électronique et la simplification des procédures administratives, et elle a le mérite de mettre en relief des questions telles que la fourniture de services au public, les partenariats public-privé, l'appareil judiciaire et répressif, la société civile et les médias. Elle a également pour vocation d'encourager les ministères et les organismes publics à renforcer leur action en favorisant la coordination entre eux. Une telle collaboration améliore l'efficacité et rassure les donneurs.

Si l'amélioration de la gouvernance est essentielle à l'avènement d'un service public plus efficace, le Programme MENA-OCDE pour l'investissement vise de son côté à aider les pouvoirs publics à améliorer le climat des affaires. Outre qu'il doit permettre d'intensifier les consultations entre le secteur public et le secteur privé pour les entreprises et les responsables de l'action publique, par exemple par l'entremise du Conseil des entreprises MENA-OCDE lancé en 2009, ce programme s'attache aussi à des actions concrètes, axées sur les résultats. Il stimule ainsi les efforts de réforme dans des domaines tels que la politique de l'investissement, la politique fiscale, les politiques de soutien des petites et moyennes entreprises, l'amélioration du gouvernement d'entreprise, la politique commerciale, le développement des compétences ou encore le comportement responsable des entreprises.

Par exemple, dans le cadre du Programme, des lignes directrices régionales sur les zones économiques franches sont élaborées ; ces lignes directrices vont venir étayer la Stratégie de développement du climat des affaires de l'OCDE, un processus fondé sur la collaboration, et doivent permettre d'adapter à la région MENA les Principes de l'OCDE pour la participation du secteur privé aux infrastructures. La diversification économique est également encouragée dans des domaines tels que la production manufacturière ou les énergies renouvelables.

Le Programme MENA-OCDE pour l'investissement a également vocation à rechercher les moyens d'améliorer l'accès aux financements. Même si les marchés de capitaux de la région sont en train de se développer, traditionnellement, les entreprises et les investisseurs ont toujours, plus que dans les pays de l'OCDE, eu tendance à se tourner davantage vers leurs familles ou leurs amis pour obtenir des financements. Et si la finance islamique, qui se caractérise par une approche relativement prudente, est devenue plus attrayante, la mise à la disposition d'un plus grand nombre de moyens de financement reste nécessaire.

Avec le soutien de l'Initiative MENA-OCDE, les gouvernements de la région ont déjà abouti à une forte progression de la participation du secteur privé à l'économie.

Au Maroc par exemple, le gouvernement est en train de renforcer son cadre institutionnel, en mettant l'accent sur le droit commercial, la justice et les créations d'entreprises. Une nouvelle agence de promotion de l'investissement est également en cours de création.

En Égypte, les autorités sont en train de rationnaliser les procédures d'investissement et de démanteler les obstacles bureaucratiques, tout en instituant sur un mode novateur de nouveaux types de zones d'investissement et en favorisant les partenariats public-privé dans les infrastructures.

En Arabie Saoudite, des efforts sont en cours pour renforcer le système financier du pays.

Les Émirats arabes unis s'apprêtent à lever le critère de participation de 49% imposé aux entreprises nationales dans la plupart des secteurs.

La Tunisie de son côté est en train d'assouplir les restrictions affectant l'IDE dans la distribution de détail, la banque et la finance.

Enfin, le gouvernement de la Jordanie poursuit sa Stratégie d'investissement national qui vise à alléger les obstacles bureaucratiques, à simplifier les règles de création d'entreprises, à assouplir la réglementation du travail et à procéder à une refonte du système fiscal.

Ces réformes contribuent toutes à mettre les pays de la région MENA sur la voie d'une croissance et d'un développement durables. Elles témoignent de la conviction que la crise doit susciter un élan de nouvelles réformes. En continuant sur cette voie, on peut espérer que les pays de la région MENA verront leurs perspectives s'éclaircir dans les mois à venir. RJC


Pour en savoir plus sur ces programmes, contactez Alexander Böhmer, du Programme MENA-OCDE pour l'investissement, et Carlos Conde, de l'Initiative pour la gouvernance à l'appui du développement. L'Observateur de l'OCDE les remercie, ainsi que leurs équipes, pour leur contribution à ce numéro.

OCDE (2009), Trends, Achievements and Challenges: MENA Investment Programme, octobre, voir www.oecd.org/mena

OCDE (2009), Modernising Government: The Way Forward, voir www.oecd.org/librairie

©L'Observateur de l'OCDE n° 275, novembre 2009 




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