Le changement climatique, principale menace pour la reprise économique

Après une année éprouvante marquée par le pessimisme, nous entrevoyons les premiers signes d'une reprise économique. Les mesures économiques et financières résolues prises par les gouvernements tout au long de l'année commencent à produire leurs effets.

Mais nous ne sommes pas encore tirés d'affaire. Nous devons à présent faire en sorte que la reprise soit durable, et pour ce faire mener des actions courageuses contre le changement climatique. Alors qu'ils se préparent aux négociations de l'ONU sur le changement climatique, en décembre prochain à Copenhague, les dirigeants de la planète doivent ériger en priorité le passage à une économie sobre en carbone.  

Pour assurer une reprise économique durable, nous devons impérativement changer nos pratiques. Si nous continuons à accroître les émissions de gaz à effet de serre, le changement climatique qui en résultera provoquera des bouleversements majeurs : inondations et sécheresses, violence accrue des tempêtes, intensification des vagues de chaleur, multiplication des conflits liés à la nourriture, à l'eau et aux autres ressources. Des signes alarmants de ce qui nous attend peut-être sont déjà perceptibles.

La fonte de la calotte glaciaire arctique engendre des menaces presque inconcevables il y a encore quelques années. Le recul des glaces provoque l'augmentation du volume d'eau de mer. L'élévation du niveau des mers pourrait submerger de nombreuses villes côtières de la planète et exposer 150 millions d'individus à des risques d'inondation d'ici 2070. Avec le dégel du pergélisol, le rejet dans l'atmosphère d'énormes stocks de méthane et de CO2 accélérerait encore davantage le réchauffement planétaire.

Face à de tels risques, nous devons agir dès maintenant pour empêcher les scénarios les plus pessimistes de se réaliser. D'après les analyses de l'OCDE, du GIEC et de McKinsey, entre autres, des mesures climatiques sérieuses ne coûteraient qu'une fraction de pourcentage de croissance annuelle du PIB mondial. En revanche, comme le Rapport Stern sur l'économie du changement climatique nous en a avertis, l'inaction pourrait provoquer des pertes beaucoup plus graves.

Nous devons dès aujourd'hui changer nos modes de vie et nos comportements. Nous devons produire, nous déplacer, consommer, légiférer, gouverner et penser différemment. Nos pratiques doivent être plus écologiques. Certains plans de relance adoptés cette année comprenaient l'investissement dans les infrastructures et les emplois verts. C'est un bon début, mais une mutation structurelle plus profonde s'impose.

La crise économique et financière dont nous émergeons offre une occasion unique de réaliser cette mutation. L'accord sur l'élimination des subventions aux combustibles fossiles d'ici 2020, conclu le mois dernier lors du G20, va dans le bon sens : d'après une analyse de l'OCDE, l'élimination de ces aides, ne serait-ce que dans quelques pays en développement, permettrait de réduire les émissions mondiales de GES de 10 % en 2050, tout en accroissant l'efficacité économique. Mais nous devons en outre favoriser l'investissement dans les technologies, les bâtiments et les infrastructures de transports à énergie propre, qui peuvent être les piliers d'une économie sobre en carbone.

De formidables opportunités peuvent ainsi être créées, avec l'apparition de nouveaux secteurs industriels et de nouveaux emplois, qui contribueront à remplacer les emplois récemment perdus dans d'autres secteurs. En Chine, les énergies renouvelables génèrent déjà une production d'une valeur de 17 milliards de dollars et emploient un million de travailleurs. Et ce n'est qu'une infime partie des possibilités offertes. Dans des secteurs comme l'énergie, l'eau, la construction, les transports et l'industrie, le potentiel des « technologies vertes » est immense.

D'ici à la Conférence de Copenhague, nous devons rester concentrés sur le changement climatique et chercher à résoudre les points qui font débat dans les négociations internationales actuelles.

Pour pouvoir limiter la hausse des températures mondiales à 2 degrés celsius au-dessus des niveaux pré-industriels, nous devons faire en sorte que les émissions mondiales de gaz à effet de serre plafonnent d'ici 10 à 15 ans pour commencer ensuite à décroître. Cela ne sera possible que si l'ensemble des pays se mobilisent.

Tout d'abord, les économies avancées doivent consentir à réduire massivement leurs émissions de gaz à effet de serre, tout en mobilisant d'importants financements pour appuyer les mesures d'atténuation et d'adaptation dans les pays en développement. Mais les pays émergents doivent aussi participer à la tâche. En contrepartie des financements reçus, ils doivent s'engager à mener des actions ambitieuses aptes à contrer les effets négatifs de l'accroissement de la consommation énergétique et de la déforestation.

L'un des principaux défis sera d'adopter des propositions communes concrètes sur les mécanismes de financement nécessaires à une action mondiale contre le réchauffement climatique. Nous devons préparer le terrain pour assurer un flux d'investissements et de financements des pays de l'OCDE vers les pays en développement.

En 2007, l'aide publique au développement (APD) bilatérale en faveur d'investissements économes en carbone dans les pays en développement a été d'environ 4,3 milliards de dollars, les financements multilatéraux représentant un montant analogue. Cette aide devra augmenter considérablement et devra à long terme être complétée par des financements privés.

Des mesures urgentes s'imposent. Le changement climatique est le plus grand défi auquel l'humanité ait jamais été confrontée. Nous devons le relever dès à présent, dans notre intérêt comme pour nos enfants et petits-enfants. Écologie et accroissement de la prospérité peuvent aller de paire. Copenhague doit marquer un tournant dans notre action.


©L'Observateur de l'OCDE n° 275, novembre 2009 




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