Perspectives et points de vue

Ron Blackwell (à gauche), Angel Gurría et Soumitra Dutta écoutent Jacob Lew lors du Forum ©OCDE

L'économie mondiale s'est heurtée à un mur ces 12-18 derniers mois. Telle était la remarque d'introduction de Soumitra Dutta, de l'INSEAD, au Forum de l'OCDE 2009, lors du débat qui a suivi la session sur les dernières prévisions économiques de l'OCDE publiées quelques instants plus tôt (Perspectives économiques de l'OCDE n° 85, version préliminaire, juin 2009).

Les gouvernements ont dû étudier l'ensemble des options politiques qui s'offraient à eux, ce qui supposait de relire l'histoire pour tenter de tirer les leçons des crises précédentes. Mais le visage de l'économie mondiale s'est transformé à bien des égards. Il est donc nécessaire d'adapter nos politiques aux besoins à venir et de chercher la voie d'une croissance plus durable.

Jacob Lew a souligné que les prévisions de croissance légèrement meilleures des dernières Perspectives économiques de l'OCDE s'expliquaient en grande partie par l'action volontariste et coordonnée des gouvernements nationaux et des organisations internationales au niveau mondial. Conscients de l'importance de cette coopération pour faire face à la crise, les gouvernements doivent garder à l'esprit la nécessité de poursuivre leurs efforts de coordination. Le plan de relance américain, qui représente 5,6 % du PIB des États-Unis, a été suivi de mesures de soutien s'élevant en moyenne à 4 % du PIB dans l'ensemble des pays de l'OCDE. Si cette relance politique doit être maintenue pour garantir une reprise vigoureuse, les gouvernements, à long terme, doivent préparer le retour à la discipline budgétaire.

Mais dans le même temps, une plus grande coordination politique internationale serait bénéfique dans un certain nombre de domaines. C'est le cas par exemple des réformes de la régulation financière et des systèmes de santé, notamment aux États-Unis, ainsi que des politiques anticorruption, de la lutte contre le changement climatique et de l'amélioration de la sécurité alimentaire dans les pays en développement. Ces défis requièrent tous une coopération internationale renforcée.

Analysant l'expérience asiatique de cette crise et des précédentes, Hur Kyung Wook a tiré une leçon du cas japonais : pour que la reprise soit durable, il faut absolument assainir le système bancaire. Des réformes structurelles seront aussi nécessaires pour empêcher la répétition des problèmes que nous avons connus. La relance budgétaire, qui a eu un coût considérable, a permis de favoriser la reprise, mais il est capital à moyen et à long terme de rétablir l'équilibre budgétaire. L'expérience asiatique montre également que les efforts pour relancer les échanges sont importants.

Mais à la différence de la précédente crise asiatique, le ralentissement actuel a commencé aux États-Unis et en Europe. Même si les entreprises financières asiatiques étaient peu exposées à la crise originelle des subprimes, elles ont été touchées du fait de l'interconnexion des marchés financiers mondiaux. L'intégration économique plus poussée a été bénéfique mais a aussi augmenté les risques pour l'Asie. Pour atténuer ces risques, la communauté internationale doit travailler de concert pour empêcher une pénurie de liquidité. Hur Kyung Wook a proposé par exemple la création d'un fonds commun de réserves pour réduire les incertitudes internationales.

Ron Blackwell a souligné que s'il est couramment admis que la crise financière a dégénéré en crise économique, les déséquilibres macroéconomiques étaient déjà présents avant le début de la récession. L'expérience asiatique montre la nécessité de se prémunir contre les flux de capitaux défavorables, ce qui explique en partie pourquoi de nombreuses économies asiatiques ont accumulé des surplus pour se protéger contre de tels risques. Il faut bien entendu réorganiser la finance mondiale, mais aussi s'attaquer à la question des déséquilibres économiques. Face aux difficultés qu'auront les États-Unis et la Chine à résoudre ces problèmes de manière bilatérale, une approche plus large et coopérative s'impose.

Interrogé par M. Dutta sur la réaction des travailleurs américains face à la crise, M. Blackwell a souligné leurs craintes, en particulier concernant les perspectives d'emploi. Mais les travailleurs sont aussi en colère, estimant avoir payé le plus lourd tribut de la crise. Pour M. Blackwell, la priorité à court terme est de créer des emplois.

À la fin de la session, une personne de l'assistance a demandé quelles actions étaient menées pour améliorer la transparence et lutter contre la corruption. Selon M. Gurría, le mécontentement des populations obligera les gouvernements et les autorités de régulation à davantage de transparence à l'avenir. La lutte contre la corruption a été renforcée et des progrès significatifs ont été réalisés sur la question des paradis fiscaux et des mesures anticorruption, en partie grâce à la tolérance zéro désormais en vigueur sur cette question.

 

Ceci est le résumé d'une session sur les Perspectives économiques de l'OCDE n° 85 qui s'est tenue lors du Forum de l'OCDE le 24 juin 2009. Le débat était dirigé par Soumitra Dutta, doyen des relations extérieures de l'INSEAD, Paris. Parmi les intervenants se trouvaient Ron Blackwell, Économiste en chef à l'American Federation of Labor-Congress of Industrial Organizations, Hur Kyung Wook, Vice-ministre, ministère coréen de la Stratégie et des Finances, Jacob Lew, Secrétaire d'État adjoint des États-Unis, et Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE, qui avait présenté les Perspectives économiques de l'OCDE aux côtés de Jorgen Elmeskov, Directeur du département des Affaires économiques de l'OCDE par intérim. Pour un résumé de l'ensemble des sessions et pour plus d'informations sur le Forum de l'OCDE des 23 et 24 juin 2009, voir www.oecd.org/forum2009-fr

Vous pouvez consulter les dernières Perspectives économiques sur www.oecd.org/perspectiveseconomiques ou les commander sur www.oecd.org/librairie

©L'Observateur de l'OCDE n° 274, juillet 2009




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