Faire place nette

S'il est vrai que la crise économique mondiale trouve son origine dans le système financier, comme cela est généralement admis, alors la résolution de la crise passe par une remise en ordre de la gouvernance financière mondiale et de la réglementation des marchés de capitaux. Certaines réformes sont en cours, mais en tardant à mettre en oeuvre une refonte complète et bien ciblée, les autorités risquent de laisser perdurer des failles susceptibles de provoquer une nouvelle crise.

C'est l'une des principales préoccupations de la dernière édition de Financial Market Trends.* Les auteurs soulignent que le coût de la crise a augmenté parce que l'action publique n'a pas suivi le rythme de la dégradation des actifs bancaires. D'où des cessations de paiement, une contraction marquée de l'activité financière, et in fine des répercussions sur l'économie réelle.

Revenant sur les précédentes crises de solvabilité, comme celle de l'épargne et du crédit aux États-Unis dans les années 1980, lorsque l'octroi d'assurances et d'autres garanties s'était révélé inefficace face à la chute des prix des actifs, et la crise japonaise des années 1990, pendant laquelle le maintien d'entreprises « zombies » dans les bilans des banques avait été contre-productif, ce rapport s'attarde sur trois leçons fondamentales : d'abord, assurer les dépôts durant la crise afin d'éviter des retraits massifs ; ensuite, retirer les « actifs douteux » du bilan des banques ; enfin, recapitaliser les établissements assainis.

La deuxième étape est cruciale, selon les auteurs, dans la mesure où le désendettement et l'incertitude se renforcent en période de récession, ce qui détériore des actifs jusque-là non menacés et entraîne une propagation de la crise. Les établissements qui ne revêtent pas une importance systémique et ne peuvent raisonnablement être sauvés doivent être rapidement fermés ou nationalisés.

C'est seulement si les actifs bancaires sont assainis que les investisseurs privés prendront part à la troisième étape, essentielle, de recapitalisation. Comme l'exprime le rapport, pourquoi les investisseurs achèteraient-ils des actions de banques dont les vices cachés risquent de compromettre leurs futurs bénéfices?

Est-il possible de nettoyer le bilan des banques avec les fonds disponibles ? Quelle est la quantité de capitaux nécessaire à un système bancaire sain ? Après avoir examiné ces questions, les auteurs concluent que les activités hors bilan qui n'ont pas encore été intégrées, ou qui ont été masquées par des produits dérivés issus de l'ingénierie financière, demeurent une source de préoccupation, notamment en Europe, qui reste le principal émetteur d'obligations synthétiques adossées à des prêts ou à des emprunts.

Une leçon s'impose : pour contrer son impact sur l'économie réelle, les décideurs publics doivent d'abord résoudre correctement la crise financière.

L'effondrement des marchés de capitaux a depuis gagné la sphère réelle de l'économie, créant un cercle vicieux. Les banques ont gelé les crédits, y compris aux clients solvables, tandis que les personnes ayant perdu leur emploi n'ont pu rembourser leurs dettes, d'où de nouvelles créances douteuses, une baisse du prix des actifs, etc.

Selon le rapport, la première des priorités est d'enrayer le processus de désendettement, en particulier chez les PME, qui sont de gros employeurs et qui dépendent des banques pour lever des capitaux. Les dépenses budgétaires sont également utiles, mais leur application peut prendre du temps. Et même si le coût de la crise doit être supporté par les contribuables, des initiatives s'imposent pour éviter la formation de structures de marché anticoncurrentielles et les tentations protectionnistes.

Au-delà de la crise, les auteurs sont catégoriques sur un point : la conception des mesures anti-crise ne saurait être dissociée d'une réflexion sur la « sortie » de crise et sur la viabilité à long terme des stratégies mises en oeuvre. Les déficits budgétaires devraient atteindre quelque 9 % du PIB dans l'ensemble des pays de l'OCDE d'ici 2010, tandis que la dette publique avoisinera 100 % du PIB de la zone OCDE, contre 74,5 % en 2007.

Les garanties, prêts, rachats d'actifs et injections de capital atteignent 73,7 % du PIB aux États-Unis, 47,5 % au Royaume-Uni, près de 20 % en France et en Allemagne, sans parler des montants atteints par quelques petits pays européens.

Les déficits budgétaires doivent être réduits et les prêts, garanties et investissements figurant au bilan du secteur public doivent « dans une très large mesure » être transférés au secteur privé. Mais le rapport avertit qu'il ne faut pas précipiter ce « processus de sortie », afin d'éviter d'exacerber la crise ; les marchés jugeront les actions publiques d'autant plus crédibles qu'elles seront compatibles avec les objectifs de long terme.

* OCDE (2009) « Dealing with the Crisis and Thinking about the Exit Strategy », par Adrian Blundell-Wignall, Paul Atkinson et Lee Se-Hoon, Financial Market Trends 1/2009, n° 96.

Voir les travaux de l'OCDE sur les marchés financiers sur www.oecd.org/finance-fr

Voir aussi le site du Centre de politique et d'administration fiscale de l'OCDE sur www.oecd.org/ctp-fr

©L'Observateur de l'OCDE n° 273, juin 2009




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