Commerce ouvert, commerce juste

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Le commerce mondial s'est effondré au quatrième trimestre 2008 et la tendance reste à la baisse pour les premiers mois de 2009, malgré un léger mieux. Un commerce mondial ouvert et bien réglementé est un prérequis essentiel à la reprise et au développement. Or, en temps de crise, les tentations protectionnistes sont fortes. Il faut y résister.

Qu'il aboutisse à une fermeture des frontières ou à d'autres restrictions de l'accès aux marchés, le protectionnisme a des coûts élevés : les prix augmentent pour les consommateurs, tout comme les coûts pour les entreprises, et les choix sont restreints. Imaginez un monde où il y aurait seulement deux partenaires commerciaux : vous et moi. Si je cesse d'importer les biens que vous produisez, vous n'avez plus les devises nécessaires pour importer ce que je produis. Imaginez maintenant ce que cela donnerait à l'échelle de la planète. Un pays peut certes remporter quelque succès en suivant une politique protectionniste, mais, à mesure que d'autres gouvernements lui emboîteront le pas, ce sont tous les pays qui en pâtiront. En résumé, le protectionnisme à l'échelle mondiale signifie des pertes d'emplois, notamment dans le secteur relativement concurrentiel qu'est le secteur exportateur, ce dont aucun pays ne peut tirer de bénéfices sur le long terme.

Nous voyons généralement le protectionnisme comme un ensemble de mesures appliquées à la frontière : tarifs douaniers, contingents et autres mécanismes qui restreignent les échanges ou renchérissent les produits importés. Mais il existe également un large éventail de mesures intérieures dont les effets peuvent être très similaires, telles que les diverses formes de subventions directes. Apporter un tel soutien à un secteur donné dans un pays donné, pour quelque raison que ce soit, revient à désavantager les secteurs concurrents dans les autres pays. Lorsque ces pays se mettent à suivre les mêmes règles du jeu, il en résulte une « course aux subventions » dont nul ne tire profit au bout du compte. Si ceux qui reçoivent des subventions s'en portent mieux, ils n'en défendent que plus énergiquement ces nouveaux droits. Cela explique dans une large mesure qu'il soit souvent presque impossible de supprimer après coup des subventions mises en place pour s'attaquer à un problème ponctuel.

Dans cette situation, les grands perdants seront les pays en développement qui n'ont pas les ressources budgétaires nécessaires pour se livrer à cette surenchère de subventions : ils seront tout bonnement exclus des marchés. Le risque est considérable que soient effacées les avancées importantes que certains pays en développement ont réalisées ces dernières années grâce à l'aide et aux échanges.

Le secteur de l'agriculture, l'un des secteurs les plus protégés dans de nombreux pays développés, illustre bien cet enjeu. En 2007, alors que les cours de nombreuses matières premières étaient déjà très élevés, le soutien apporté aux producteurs agricoles de la zone OCDE atteignait 258 milliards de dollars, dont les deux tiers faussaient fortement la production et les échanges. Il est très difficile de revenir sur des niveaux aussi élevés de soutien et de protection, comme en témoignent les désaccords actuels dans le cadre des négociations du Programme de Doha pour le développement.

L'agriculture montre également à quel point les « effets distributifs » du soutien peuvent être bancals. L'essentiel des bénéfices vont à quelques-uns des plus gros producteurs, ou se diffusent jusqu'aux industries d'amont ou aux transformateurs. Mais très peu vont aux entreprises familiales vulnérables, pour lesquelles on avait au départ adopté ces politiques. Et, bien sûr, cela empêche les fournisseurs compétitifs hors OCDE de rivaliser sur une base équitable dans de nombreux marchés, dans les pays de l'OCDE et à l'échelle mondiale.

Enfin, les gouvernements disposent d'une option permettant de stimuler la croissance économique sans accroître les dépenses publiques : mener à bien les négociations actuelles à l'OMC. Peu d'obstacles s'opposent à ce que les gouvernements qui y sont prêts le fassent rapidement. Parvenir à un accord sur les modalités concernant l'accès au marché des produits agricoles et des produits non agricoles (NAMA) faciliterait les avancées dans d'autres dimensions des négociations.

Les réductions des niveaux de protection aujourd'hui « sur la table » à l'OMC limiteraient la capacité des pays à accroître leur protection au-delà de leur niveau actuel dans le but de protéger leur industrie locale et, dans bien des cas, seraient synonymes de progrès significatifs dans l'ouverture des marchés et dans le recul des soutiens faussant les échanges. Cela vaut pour l'agriculture comme pour les biens industriels. La conclusion du Cycle de Doha aiderait à éviter que la situation économique actuelle ne débouche sur des réactions protectionnistes. Cela améliorerait également la prévisibilité des échanges, ce qui est positif pour le commerce et la croissance. En effet, on éviterait ainsi les perturbations qui affectent les chaînes logistiques et les consommateurs lorsque les échanges sont intermittents.

Une ouverture accrue des marchés améliorerait le bien-être économique global. Les ressources pourraient en effet être utilisées de manière plus efficiente grâce aux effets de la spécialisation, des économies d'échelle, de l'investissement international, de la concurrence et de l'innovation, etc. Selon les analyses de l'OCDE, la suppression des barrières aux échanges qui subsistent se traduirait par des gains économiques significatifs :

  • Une augmentation de 10 % des échanges est associée à un accroissement de 4 % du revenu par habitant.
  • Un environnement « ouvert » en matière d'IDE pourrait se traduire par une hausse de 0,75 % du PIB par habitant dans la zone OCDE.
  • Une réduction des obstacles réglementaires pourrait entraîner une augmentation de 2 % à 3 % du PIB par habitant dans la zone OCDE.
  • Des régimes douaniers plus efficaces (autrement dit la facilitation des échanges) pourraient accroître le bien-être mondial de 100 milliards de dollars.
  • Et une libéralisation complète des droits de douane agricoles pourrait le faire progresser de 100 milliards supplémentaires.

Si les échanges de services étaient libéralisés, on pourrait s'attendre à des gains bien plus élevés (gains « statiques »). Cette libéralisation aurait également un effet bénéfique sur le taux de croissance à long terme de la productivité, d'où des gains « dynamiques », ici aussi plusieurs fois plus importants que les gains « statiques », qui stimuleraient davantage encore les perspectives économiques.

Les barrières commerciales peuvent être imposées pour des raisons économiques, environnementales, sociales, politiques, ou pour une combinaison de ces différents motifs. Divers facteurs peuvent avoir plus d'importance qu'un enjeu commercial particulier. Mais l'important est que de telles décisions soient claires et transparentes, et que leurs avantages et leurs coûts soient bien compris. Les droits de douane, même les régimes douaniers complexes, sont relativement visibles ; de nombreuses barrières non tarifaires sont bien plus complexes, manquent souvent de transparence, et leurs effets sont difficiles à saisir.

Il incombe tout particulièrement aux gouvernements de s'assurer que l'ensemble des effets des barrières tarifaires et non tarifaires, souhaités ou non, soient pris en considération avant qu'elles soient adoptées. C'est crucial pour pouvoir atteindre des objectifs explicites au moindre coût et sans conséquences négatives indésirables, mais aussi pour s'assurer que les mesures ne bénéficient pas à des intérêts particuliers limités au détriment des autres. L'expérience montre qu'il est difficile de supprimer des politiques inefficaces une fois qu'elles sont entrées en vigueur. La meilleure ligne de conduite à tenir consiste à éviter de faire les mauvais choix au départ.

Extrait de Commerce international : libre, équitable et ouvert ? de Patrick Love et Ralph Lattimore, collection « Les essentiels de l'OCDE », pages 82 à 86, ISBN 9789264060289 disponible via www.oecd.org/lesessentiels

Vous pouvez aussi commander ce livre sur www.oecd.org/librairie

Voir aussi les travaux de l'OCDE sur le commerce sur www.oecd.org/echanges

©L'Observateur de l'OCDE n° 273, juin 2009




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