Énergie : l’option nucléaire

Luis Echávarri, Directeur général de l'Agence de l'OCDE pour l'énergie nucléaire

©David Rooney

Quel sera l'impact de la crise sur la filière nucléaire ?

La crise financière a des répercussions sur l'ensemble de l'activité économique, y compris sur l'offre et la demande d'énergie. On note déjà quelques effets de court terme sur des projets nucléaires en cours ou prévus : retards dans le démarrage des travaux, report de décisions de construction de nouvelles centrales. À long terme, toutefois, la croissance de la demande d'énergie et d'électricité ainsi que la compétitivité relative des sources d'énergie alternatives, comme le charbon et le gaz, favoriseront le développement de l'énergie nucléaire pour la production d'électricité en base.

À moyen et long terme, la demande d'énergie ne peut que croître, et il faudra donc accroître les capacités de production. Même si la demande d'électricité n'augmentait pas, ce qui est peu probable vu la croissance de la population mondiale et l'industrialisation en cours, il faudrait construire de nouvelles centrales pour remplacer celles qui arrivent en fin de vie.

Selon tous les scénarios récemment envisagés par l'Agence de l'OCDE pour l'énergie nucléaire et par l'Agence internationale de l'énergie, les capacités de production d'électricité vont augmenter sensiblement dans les prochaines décennies. Les scénarios de l'AEN et de l'AIE, qui supposent que les gouvernements prendront des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et protéger l'environnement de la pollution locale et régionale, prévoient une croissance encore plus forte de la production électrique nucléaire que les scénarios à politiques constantes.

Les questions environnementales restent une priorité des responsables politiques, notamment parce que la crise a mis en évidence le danger d'un développement non durable. La filière nucléaire, qui n'émet quasiment pas de carbone, est donc particulièrement attractive. Et les décisions politiques de faire payer les émissions de carbone renforcent sa compétitivité.* Les objectifs de préservation des ressources naturelles et de la pureté de l'air favoriseront le nucléaire pour la production d'électricité en base et les énergies renouvelables pour la production décentralisée et en pointe.

La sécurité d'approvisionnement est elle aussi essentielle, en particulier dans les périodes d'incertitude financière. Les ressources d'uranium conventionnel disponibles suffiront à alimenter les centrales nucléaires pendant plusieurs décennies, même selon les scénarios prévoyant une hausse importante de la production d'électricité nucléaire. Qui plus est, la diversité géographique des pays producteurs d'uranium, répartis sur tous les continents, garantit en pratique la stabilité des coûts et de l'offre, ce qui est intéressant pour des investisseurs hostiles au risque.

La crise peut compliquer le financement de nouveaux projets de centrales électriques, même si l'argent ne manque pas pour construire des infrastructures. Dans le secteur de la production d'électricité, la plupart des projets exigent des capitaux importants, et le nucléaire n'y fait pas exception. Afin de promouvoir le développement durable, de nombreux gouvernements ont décidé d'investir dans les infrastructures et d'aider leurs industries nationales au moyen de prêts garantis, d'avantages fiscaux, etc. Ces mesures, entre autres, peuvent permettre aux gouvernements de soutenir les investissements rentables dans le secteur nucléaire sans compromettre la concurrence sur le marché.

Les investisseurs institutionnels sont demandeurs de projets comme les centrales nucléaires, qui offrent un retour sur investissement prévisible, dès lors que le contexte politique du pays garantit la stabilité des objectifs et des mesures de politique énergétique. Les fonds de pension et les compagnies d'assurance qui, traditionnellement, financent les grands projets d'infrastructures, seront probablement davantage encore attirés par ces investissements. L'industrie nucléaire doit cependant démontrer sa capacité à gérer efficacement ces projets et à respecter les délais et les budgets.

La filière nucléaire n'en demeure pas moins très gourmande en capitaux, la construction d'une centrale nucléaire représentant environ 60 % des coûts de production, ce qui constitue un véritable défi pour son financement. La flambée du prix des matières premières, qui a précédé la crise, a alourdi les coûts de tous les types de centrales électriques. Mais l'inverse est vrai aussi : si la croissance économique ralentit, les coûts de construction des centrales nucléaires et de la main-d'oeuvre diminueront probablement.

En conclusion, l'impact de la crise financière sur la filière nucléaire devrait être limité et le développement de cette filière reste tout à fait possible à long terme. Toutefois, les gouvernements et l'industrie devraient coopérer davantage pour s'assurer de la solidité des montages financiers et de la rentabilité de chaque projet.

* L'AEN et l'AIE ont entrepris d'actualiser leur étude sur les coûts de production prévisionnels de l'électricité. Sa publication, prévue pour janvier 2010, donnera des indications sur l'évolution de la compétitivité relative de l'énergie nucléaire, des combustibles fossiles et des énergies renouvelables.

Voir le site de l'Agence de l'OCDE pour l'énergie nucléaire sur www.nea.fr

Pour l'ensemble des travaux de l'OCDE dans le domaine de l'énergie, voir www.oecd.org/energie

©L'Observateur de l'OCDE n° 273, juin 2009




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