Regard sur l'Afrique

©Zohra Bensemra/Reuters

L'Afrique n'est pas à l'origine de la crise économique, mais elle en subira les conséquences. Quelles sont les perspectives pour le continent ?

Les pays en développement représentent aujourd'hui environ 30 % des échanges internationaux. Les politiques de développement n'ont donc plus aujourd'hui pour unique objet la lutte contre la pauvreté et le respect des objectifs du Millénaire pour le développement de l'ONU. Elles ont également une influence profonde et systémique sur la santé économique du monde entier.

Les pays développés devraient se soucier particulièrement de l'Afrique. Une aide et une assistance technique, mais surtout un accroissement des échanges et des investissements, contribueraient à retourner une tendance économique toujours plus préoccupante.

Il y a encore un an, les perspectives de croissance économique de l'Afrique semblaient plus encourageantes que jamais. L'OCDE avait toutefois dressé un tableau plus nuancé, rappelant par exemple le poids disproportionné des exportations de pétrole dans la croissance. La pauvreté était toujours endémique, et les prix élevés des denrées alimentaires aggravaient la situation. Sans oublier la nécessité de réformes institutionnelles et les questions liées au capital humain. Mais avec une conjoncture économique alors favorable, l'optimisme prévalait.

Avec la crise mondiale, le PIB des pays de l'OCDE devrait reculer nettement en 2009 et quasiment stagner en 2010, tandis que la croissance ralentira fortement dans les pays émergents. Les échanges mondiaux devraient marquer un repli de 13,2 % en 2009, une première depuis 60 ans. Pour l'Afrique, cela se traduit par des prévisions de croissance pour 2009 ramenées à 2,8 %, après plus de 5 % par an pendant quatre années consécutives. Et de nouvelles révisions à la baisse ne sont pas impossibles.

Les économies africaines les plus durement touchées sont celles qui dépendent largement des exportations de produits de base. Les cours du pétrole repartent aujourd'hui à la hausse, mais celleci tient peut-être en partie à la spéculation. Les cours de nombreux produits de base sont revenus à leurs niveaux de 2005 ou 2006, souvent en baisse d'au moins 40 % depuis début 2008. Par ailleurs, le ralentissement économique et les modestes cours du pétrole l'an dernier ont entraîné un moindre investissement dans la production de pétrole et l'extraction minière, ce qui affectera la croissance en 2009 et 2010.

Les pays africains importateurs de pétrole et d'autres produits de base sont eux aussi confrontés à des difficultés : pour beaucoup d'entre eux, la croissance du PIB devrait s'effondrer en 2009 et 2010. Dans de nombreux pays du continent, les plus démunis souffrent, surtout en ville, du prix toujours élevé des denrées alimentaires importées. Parallèlement, l'inflation progresse, la hausse des cours alimentaires internationaux enregistrée ces dernières années étant largement répercutée sur les consommateurs.

Heureusement, les années d'expansion et de réformes n'auront pas été vaines. L'Afrique est aujourd'hui mieux équipée pour résister à une crise économique qu'il y a dix ans. Les situations budgétaires se sont améliorées grâce à des politiques macroéconomiques plus efficaces, tandis que l'allègement de la dette a atténué les problèmes de financement. Cela aidera de nombreux pays à éviter une réduction drastique de leurs dépenses, voire à s'autoriser un déficit budgétaire.

La progression des indicateurs « Doing business » de la Banque mondiale montre que les conditions commerciales pour les entreprises nationales et étrangères se sont considérablement améliorées. L'influence croissante des pays émergents d'Asie et d'Amérique latine dans les domaines du commerce, de l'investissement et de l'aide, rend l'Afrique moins sensible aux déconvenues des pays de l'OCDE et explique en partie cette évolution. Mais les pays d'Asie et d'Amérique latine sont également touchés par la crise, et un ralentissement durable pourrait donc laisser des traces dans l'économie africaine.

En d'autres termes, les pays d'Afrique ont plus que jamais besoin de l'aide pour continuer à investir dans les infrastructures et les réformes structurelles. Arrêter ces efforts saperait la confiance et les perspectives de croissance, et aggraverait la pauvreté.

En réalité, alors que les flux de capitaux privés étrangers et les recettes des États se tarissent, il faudrait non seulement maintenir l'aide publique au développement (APD), mais aussi l'augmenter et l'adapter aux spécificités de la récession.

Au niveau mondial, l'aide a progressé et la plupart des donneurs tiennent jusqu'à présent leurs promesses. L'Afrique ne fait pas exception. En 2008, l'APD bilatérale nette des donneurs de l'OCDE s'élevait à 26 milliards de dollars pour l'Afrique, dont 22,5 milliards pour l'Afrique subsaharienne. Hors remises de dette, l'aide bilatérale à l'Afrique, en particulier à l'Afrique subsaharienne, a augmenté de plus de 10 % en termes réels.

Le danger des années 2009 et 2010 réside dans la tentation pour les gouvernements donneurs, confrontés au gonflement des déficits budgétaires et à un faible soutien politique, de réduire l'aide. Cela doit être évité. En outre, les échanges internationaux demeurent essentiels au développement, et les pays en développement y prennent d'ailleurs une part de plus en plus importante. Aussi est-il urgent de redoubler d'efforts pour faire aboutir le cycle de négociations commerciales de Doha en 2009.

Le financement du commerce est plus que jamais vital, et heureusement, les pays de l'OCDE et d'autres grandes économies se sont engagés à ce que les entreprises exportatrices, y compris celles des pays en développement, puissent disposer de fonds suffisants. Comme le suggèrent les dernières Perspectives économiques en Afrique, les pays où les liquidités abondent, notamment la Chine, pourraient, avec les organismes multilatéraux régionaux comme la Banque africaine de développement, mettre en place les financements nécessaires.

Une bonne gouvernance est primordiale

 L'accroissement des échanges et de l'aide aura peu d'effets en l'absence de mesures sur d'autres fronts, comme la gouvernance politique. Des problèmes particulièrement graves demeurent, comme la catastrophe humanitaire dans la région du Darfour au Soudan, l'effondrement économique au Zimbabwe et les troubles politiques en Guinée, en Guinée-Bissau, en Guinée équatoriale, en Somalie et à Madagascar. La corruption fait également des ravages dans certains États. Préserver la stabilité politique et sociale s'avérera délicat, surtout si les cours des produits de base s'envolent à nouveau dans les mois à venir.

On relève cependant des signes encourageants. Le renforcement de la conscience politique des populations a responsabilisé certains gouvernements. Désormais, ceux-ci organisent des élections régulières et procèdent à des réformes structurelles de l'administration publique, instaurant une meilleure gouvernance et plus de transparence. En outre, certains pays ont connu des améliorations en termes de gestion macroéconomique et de cadre réglementaire. La coopération régionale en matière de gouvernance, dans le cadre de l'Union africaine et du Mécanisme africain d'évaluation par les pairs, est également encourageante. Cependant, si les conflits violents ont diminué, l'instabilité sociale s'est globalement aggravée en Afrique entre 2007 et 2008, et de nombreux gouvernements ont réagi en prenant des mesures radicales. L'évolution de la situation face aux difficultés économiques est source d'inquiétude.

Des défis majeurs restent aussi à relever dans des domaines comme le développement et l'entretien des infrastructures, les télécommunications et l'investissement. La technologie offre un élément de solution. En effet, les applications novatrices des technologies de l'information et des communications (TIC) permettent de faciliter l'essor des marchés. Quatre Africains sur dix possèdent un téléphone portable, et les solutions de services bancaires sur portable se développent rapidement sur ce continent où les usagers de services bancaires sont peu nombreux. Au Kenya, où seuls 26 % de la population disposent d'un compte bancaire, les services de paiement par téléphone portable ont séduit plus de 5 millions d'utilisateurs en moins de deux ans.

Grâce à ces innovations, les entreprises peuvent, pour la première fois, fournir des services modernes aux habitants du continent. Dans l'agriculture, les TIC ont rapproché les exploitants et les acheteurs au sein de marchés en ligne plus transparents. Au Sénégal, les agriculteurs peuvent consulter les cours en temps réel, sur leur téléphone portable, afin d'obtenir le meilleur prix pour leurs récoltes. L'intégration régionale se renforce grâce à la construction de nouvelles liaisons terrestres à haut débit. Les opérateurs panafricains proposent déjà des services d'itinérance gratuits couvrant plusieurs pays. L'Afrique est la seule région du monde où ce modèle économique novateur existe.

Références

Pour les travaux de l'OCDE sur le développement et les échanges, consultez www.oecd.org/developpement et www.oecd.org/echanges

Retrouvez aussi l'ensemble des articles de L'Observateur parus sur l'Afrique sur www.observateurocde.org/afrique

©L'Observateur de l'OCDE n° 273, juin 2009




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