Fonds de pension

Une nouvelle ère

©Reuters

La crise du crédit marque l’avènement d’un nouveau modèle de gestion pour les fonds de pension, et l’aube d’un capitalisme plus responsable.

Les fonds de pension font partie des premières victimes de la crise du crédit, ayant vu leurs placements fondre de plusieurs milliards de dollars quasiment du jour au lendemain. Les dirigeants des fonds auraient pu se montrer plus responsables. Les dépositaires de nos fonds de pension, les fiduciaires des actifs, auraient pu protéger les bénéficiaires en demandant des comptes aux conseils d’administration des banques et des entreprises dans lesquelles ils investissent. Ils auraient ainsi pu éviter nombre des pratiques irresponsables à l’origine de la crise du crédit.

Malgré les plans de sauvetage de plusieurs milliards de dollars annoncés par les gouvernements, les incertitudes persistent quant à la sécurité de notre épargne et aux conséquences de la crise financière sur l’économie réelle. La confiance et la transparence au sein du système financier mondial n’ont jamais été aussi faibles, et la situation continue de se dégrader. En définitive, ce sont les ménages qui paient la note, et triplement : en tant que contribuables, qui devront financer les plans de sauvetage de plusieurs milliards de dollars ; en tant que retraités, suite à la perte de valeur des fonds de pension ; en tant que salariés, suite aux licenciements et à l’assombrissement des perspectives.

Il semble injuste que les contribuables doivent financer des milliards de dollars d’aide pour faire face à la crise du crédit alors qu’ils assistent à l’effondrement de la valeur de leurs retraites.

Bien avant que la crise n’éclate, Hermes Equity Ownership Services était l’un des premiers acteurs au niveau mondial, voire le seul, à exhorter les fonds de pension à être plus attentifs en tant qu’actionnaires et à avoir un dialogue actif avec les entreprises dans lesquelles ils investissent afin d’exercer une influence sur leur structure, leur direction et leur gouvernance. Si l’on avait tenu compte de cet avertissement, la crise n’aurait pas eu une telle ampleur car on aurait évité certains des pires excès, comme les prêts à haut risque et les mécanismes d’incitation pervers.

Les gouvernements de l’OCDE doivent désormais oeuvrer de concert pour promouvoir la bonne gouvernance d’entreprise et l’actionnariat responsable, et restaurer la confiance dans les entreprises et les marchés. Il est crucial que cette collaboration produise des cadres réglementaires bien contrôlés et complémentaires qui, associés aux solutions innovantes du secteur privé, garantiront la responsabilité des entreprises et des investisseurs. Un tel dialogue entre les responsables de l’action publique est indispensable pour parvenir à une croissance durable à long terme.

La crise que nous traversons actuellement est la conséquence du court-termisme des financiers de Wall Street, de la City et d’ailleurs, uniquement préoccupés par les résultats du prochain trimestre et d’indicateurs financiers à court terme. En tant qu’investisseurs institutionnels détenant d’importantes participations dans des entreprises du monde entier, nous devons penser à la croissance à long terme et adopter une démarche durable, qui sera profitable à toutes les parties prenantes et contribuera à ramener la stabilité sur les marchés. Les bénéficiaires des fonds de pension font confiance à leurs fiduciaires pour gérer leur intérêt à long terme et préserver leur capital. S’ils y parviennent, nous serons tous gagnants – retraités et salariés actuels et futurs. En revanche, leur incapacité à réussir générerait à nouveau des bénéfices extraordinaires pour le secteur des services financiers et entraînerait ainsi la formation d’une nouvelle bulle du prix des actifs, cette fois-ci alimentée par les deniers publics.

Des banques sont passées sous le contrôle de l’État, un durcissement de la réglementation et des actions en justice se préparent, mais ce seront au mieux des solutions temporaires. La rupture de la confiance entre les banques tient à une défaillance des pratiques de crédit à court terme, à un manque de transparence et à une attention insuffisante aux besoins de leurs actionnaires et de leurs clients. Leurs réticences actuelles à octroyer des crédits a déjà de multiples conséquences sur l’économie réelle.

Il y a, au coeur de cette crise, un comportement actionnarial défaillant, qui aurait pu être évité. La majorité des actionnaires des établissements bancaires sont des investisseurs institutionnels à long terme chargés de placer l’épargne retraite de millions d’individus. En permettant au secteur bancaire d’aller à l’encontre de leurs intérêts et de ceux de leurs clients, ces investisseurs ne se sont pas comportés en actionnaires responsables. Des millions de bénéficiaires ignorent que les actions détenues par leurs fonds de pension ont fait l’objet de transactions sans vrai dialogue entre les entreprises et les dépositaires des fonds de pension, les fiduciaires ou leurs agents. Pire, nombre de ces investisseurs ont réalisé des transactions qui ont nui au système financier dont nous dépendons tous.

Faut-il donc réglementer davantage ? Nous soutenons la réglementation et l’amélioration de la transparence sur les marchés financiers dans des domaines spécifiques comme la vente à découvert ou le prêt de titres, mais la réglementation à elle seule est insuffisante et pourrait même s’avérer néfaste. Il faut réglementer pour encourager les pratiques exemplaires et pas seulement pour interdire les mauvaises pratiques.

Responsabiliser les fiduciaires des fonds de pension

En 2009, la pression sur les fiduciaires des fonds de pension devrait s’intensifier encore car leurs activités d’actionnaires sont désormais mieux comprises, et l’épargne retraite de leurs bénéficiaires va certainement continuer à perdre de sa valeur. Dans les mois et les années à venir, les fiduciaires devront faire face à la déception de millions de bénéficiaires qui attendront d’eux des réponses. C’est beaucoup demander aux fiduciaires des fonds de pension, dont beaucoup exercent ces fonctions à temps partiel, qu’ils deviennent des experts en placements et qu’ils connaissent les moindres subtilités des instruments exotiques utilisés sur les marchés aujourd’hui.

J’estime que la solution la plus viable à long terme réside dans la responsabilisation des fiduciaires, dans le cadre d’un nouveau modèle de bonne gestion des fonds de pension.

Hermes travaille aux côtés des fiduciaires des fonds de pension pour leur donner les outils permettant de dialoguer avec les conseils d’administration des sociétés dans lesquelles ils investissent, dans l’objectif de créer de la valeur à long terme pour leurs actionnaires. Cette stratégie innovante remporte l’adhésion des fiduciaires, au nom des millions d’investisseurs qui ont vu diminuer la valeur de l’épargne accumulée tout au long de leur vie sous l’effet de la crise actuelle du crédit.

Ce dialogue commence à avoir un impact positif sur l’ensemble des parties concernées, notamment :

les investisseurs institutionnels, qui prennent conscience de l’utilité des stratégies d’investissement à long terme et d’imposer aux sociétés dans lesquelles ils investissent l’obligation de rendre des comptes ;

les conseils d’administration, qui commencent à tirer profit du soutien et de la remise en question qu’impliquent l’actionnariat à long terme sur divers aspects essentiels à leur activité ;

les bénéficiaires des fonds de pension et épargnants, qui, en soutenant cette nouvelle approche prometteuse pour les entreprises, auront davantage de pouvoir en tant qu’actionnaires.

J’espère que les fonds de pension et autres institutions sauront relever le défi de la crise du crédit et saisir les opportunités qu’elle crée pour asseoir la croissance future sur des bases plus stables.

Nous sommes à l’aube d’un phénomène historique : l’avènement d’un capitalisme plus responsable.

L’établissement d’un dialogue plus constructif entre les investisseurs institutionnels et les entreprises dans lesquelles ils investissent apportera, à terme, une solution plus durable à la crise du crédit et créera les conditions d’un avenir meilleur pour nous tous et pour les générations à venir.

*Note : Avec un portefeuille de participations de plus de 50 milliards de livres, Hermes Equity Ownership Services est l’un des acteurs les plus importants de la gestion des actifs de fonds de pension dans le monde. Ses initiatives innovantes pour la valeur à long terme de leurs investissements, suscitent un grand intérêt à travers le monde. Pour plus d’informations, voir www.hermes.co.uk/EOS/eos_introduction.htm

Voir les travaux de l'OCDE sur les retraites sur www.oecd.org/daf/pensions-fr

Voir aussi Le point sur les marchés des pensions n°5.

©L’Observateur de l’OCDE, n°270-271, décembre 2008 - janvier 2009




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