Œuvrer à la reprise

Les prévisions de l’OCDE et du FMI pour 2009 laissent entendre que, pour la première fois depuis les années 1930, le PIB des économies industrialisées constituant l’OCDE va baisser. Pourtant, ces prévisions se fondent sur l’hypothèse relativement optimiste que les marchés financiers se stabiliseront dans les prochains mois et que le pire est derrière nous en matière de chocs financiers.

L’Histoire montre que les crises de cette ampleur mènent à une instabilité politique et sociale à l’évolution imprévisible et souvent tragique.

Pour les familles des travailleurs, la réponse que les gouvernements et les institutions internationales apporteront à la crise est un enjeu considérable. L’ampleur et la durée de la récession dépendront de la capacité des gouvernements à agir à temps et efficacement. La cohésion sociale a déjà été mise à mal depuis plus d’une vingtaine d’années du fait de la montée des inégalités dans la plupart des pays. Aujourd’hui, ceux-là même qui perdent leur logement, leur emploi ou leur retraite à cause d’une crise financière dont ils ne sont pas responsables sont sollicités, en tant que contribuables, pour renflouer les responsables de la crise. Sont ainsi réunis les ingrédients d’une puissante potion politique que les gouvernements seraient bien avisés de ne pas négliger. Certes, des interventions à court terme pour sauver le système bancaire, empêcher la faillite de grandes entreprises et stimuler la demande pour favoriser la reprise de l’économie réelle sont nécessaires mais, quand la reprise s’amorcera, il est inconcevable de revenir au statu quo. L’OCDE admet clairement ce principe, mais qu’en est-il en pratique, dans ses analyses et ses avis aux gouvernements des pays membres ?

La crise économique la plus grave depuis la Grande dépression doit marquer la fin d’une idéologie des marchés financiers libérés de tout contrôle, où l’autorégulation s’est révélée frauduleuse, et où la cupidité s’est substituée au jugement rationnel au détriment de l’économie réelle. Nous devons concevoir une architecture réglementaire nationale et mondiale qui ramène les marchés financiers à leur fonction première : veiller à la stabilité et à la rentabilité du financement d’investissements productifs dans l’économie réelle. En outre, les gouvernements doivent admettre l’urgence de bâtir un système de gouvernance des marchés mondiaux plus intégré, plus juste et plus démocratique.

Les syndicats des pays du G20 ont porté ces messages aux dirigeants des institutions financières internationales et aux chefs de gouvernement à Washington en novembre, la veille du Sommet du G20 consacré à la crise. Ils ont présenté une déclaration conjointe rédigée par le TUAC et la Confédération syndicale internationale.

Cette « Déclaration de Washington » appelle les gouvernements à :

Initier un plan de relance massif pour stabiliser les marchés mondiaux de capitaux, sortir rapidement les économies de la récession, écarter les risques d’une contraction mondiale et poser les fondations d’un retour à la création d’emplois décents. La poursuite des baisses coordonnées des taux d’intérêts est nécessaire. Les gouvernements doivent donner la priorité à des programmes d’investissements dans les infrastructures qui pourront stimuler la croissance de la demande à court terme et transformer durablement la croissance de la productivité à moyen terme. L’heure est à la remobilisation avec un « Green New Deal » pour créer des emplois dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Des mesures fiscales et budgétaires doivent être engagées pour soutenir le pouvoir d’achat des salariés à faible et à moyen revenu. Les budgets d’aide au développement des pays les moins avancés (PMA) doivent être maintenus au nom des Objectifs de développement du millénaire avec l’adoption d’engagements ayant force obligatoire et d’un calendrier pour atteindre l’objectif des Nations unies d’une APD à 0,7 % du PIB ; Garantir qu’une crise financière

Garantir qu’une crise financière d’une telle ampleur ne se reproduise plus jamais. Ces 20 dernières années, la plupart des gouvernements et des institutions financières internationales (IFI) ont encouragé la « nouvelle architecture financière » peu réglementée qui caractérise les marchés financiers mondiaux responsables de la crise. Les gouvernements ont été contraints d’intervenir pour sauver le système bancaire. La contrepartie doit être une réglementation saine des institutions financières. Elle doit porter sur : la responsabilité publique effective des banques centrales ; des obligations de rétention anticyclique de capitaux et la surveillance des banques par les pouvoirs publics ; la réglementation des fonds privés (hedge funds et private equity) ; la réforme et le contrôle de la rémunération des dirigeants et de la distribution des bénéfices ; la réforme du secteur de la notation du risque crédit ; la fin des paradis fiscaux ; la taxation des transactions financières internationales ; une protection adéquate des consommateurs contre les pratiques de prêts rapaces et les politiques commerciales agressives des banques ; ainsi que des politiques actives pour l’accès au logement et les services financiers solidaires. Le nouveau système doit intégrer les exigences de l’ensemble des régulateurs : autorités bancaires, fiscales, de la concurrence et institutions de gouvernance et de consommateurs dans chaque pays. Il ne peut y avoir de réformes au cas par cas.

Construire une nouvelle gouvernance économique mondiale. Au-delà du fonctionnement des marchés financiers et des systèmes de change, celle-ci doit remédier à l’ensemble des déséquilibres de croissance et de flux de capitaux qui ont contribué à la crise. Tout comme les accords économiques de l’après-guerre incluaient le renforcement de l’Organisation internationale du Travail (OIT) parallèlement à la création de l’ONU, les accords sur la crise actuelle doivent porter sur la gouvernance économique internationale. Les gouvernements doivent commencer à concevoir les nouvelles structures nécessaires. Mais cela ne doit pas se faire à huis clos entre banquiers et ministères des finances. Les syndicats doivent participer.

Combattre l’explosion des inégalités de revenus qui est au coeur de cette crise. Un nouveau système de gouvernance économique doit s’attaquer à la crise de la justice distributive qui a profondément atteint l’économie mondiale. Ce système passe par une croissance plus équilibrée entre les diverses régions du monde, mais aussi, dans chaque pays, entre capital et travail, salariés à haut et à bas revenus, riches et pauvres, hommes et femmes.

Cette déclaration exprime clairement la nécessité de coordonner la relance, mais donne peu de détails. Les querelles et atermoiements qui ont accompagné sa mise en oeuvre sont inquiétants. Les déficits budgétaires sont présentés comme des contraintes, mais nous n’avons guère le choix : les gouvernements doivent intervenir comme investisseurs de dernier recours puisque le secteur privé est paralysé.

Il vaut mieux s’exposer à des déficits en soutenant la reprise de l’économie réelle que de voir les finances publiques s’effondrer, sans parler de la perte de confiance des investisseurs et des consommateurs due à la contraction accélérée de l’économie réelle.

Les conclusions du G20 sont plus précises concernant les réformes de la régulation et de la supervision des marchés financiers : obligations de rétention anticyclique de capitaux pour les banques, réforme de la rémunération des dirigeants, supervision des agences de notation, réglementation des fonds privés (hedge funds et private equity), réforme des normes comptables, durcissement de la réglementation et amélioration de la transparence des centres financiers offshore.

Mais sur la nécessité d’une gouvernance plus transparente et légitime et sur la justice sociale, le G20 reste muet. Il faut rompre ce silence, aussi les syndicats reprendront-ils le débat avec les dirigeants dans les semaines et les mois à venir ; au Royaume-Uni, à la veille du Sommet du G20 du 2 avril : à la réunion des ministres du travail des pays du G8 en Italie, en mai ; à la Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres, en juillet ; et au prochain Sommet du G8.

Pour les travailleurs, le temps presse. Ils exigent de s’asseoir à la table des discussions. Ils ont peu d’espoir qu’à huis clos, les banquiers et les représentants des gouvernements fassent un sans faute. D’ailleurs, de nombreux représentants des entreprises et des gouvernements partagent cette méfiance. Il faut que la transparence, l’ouverture et la concertation soient totales. Les organisations syndicales internationales sont prêtes à jouer leur rôle dans ce processus.

Note : en décembre 2008, le TUAC a fêté son 60ème anniversaire. En 1948, il avait été créé comme commission syndicale consultative pour le Programme de rétablissement européen, plus connu sous le nom de Plan Marshall. Voir www.tuac.org

©L’Observateur de l’OCDE, n°270-271, décembre 2008 - janvier 2009




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