Nouvel avenir pour le nucléaire belge ?

Alors que plusieurs pays commence à repenser au nucléaire, la Belgique est résolue à en sortir et à fermer définitivement toutes ses centrales d’ici 2025. Or ses voisins la France et la Grande-Bretagne sont décidés à donner un nouvel élan à leurs programmes nucléaires civils. La Belgique les suivra-t-elle ? Jonathan Andrews s’est entretenu avec Theo Van Rentergem, conseiller général à l’Administration belge de l’énergie.

Dans les années 1960, faute de ressources naturelles suffisantes, la Belgique a été l’un des premiers pays à utiliser l’énergie nucléaire pour répondre à ses besoins énergétiques futurs. Néanmoins, la formation d’un nouveau gouvernement en 1999, avec le parti écologiste, a entraîné l’adoption d’une loi décidant la fermeture de toutes les centrales nucléaires entre 2014 et 2025.

Les sept réacteurs nucléaires que compte la Belgique satisfont 55 % de ses besoins énergétiques. Aujourd’hui, les importations de gaz et les sources d’énergie renouvelables comblent le reste de ses besoins, mais pourraient ne pas suffire si la loi est maintenue et si les réacteurs sont fermés.

Compte tenu des récentes directives européennes qui visent à réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2020 tout en relevant de 20 % la production d’énergies renouvelables, la position de la Belgique évolue, alors qu’elle s’interroge sur le moyen de respecter ces engagements.

« Il sera très difficile d’atteindre les objectifs fixés par l’Union européenne si la Belgique ferme ses centrales », estime Theo Van Rentergem, qui prévoit un revirement politique en faveur du nucléaire. « Le dernier rapport du gouvernement sur la situation énergétique du pays à l’horizon 2020 montre que nous n’y arriverons pas sans le nucléaire. Nous pourrions recourir davantage au gaz, aux énergies renouvelables ou au charbon, mais cela aurait un prix, tant pour l’environnement que pour l’économie ».

Toutes les parties retiennent leur souffle en attendant la publication en juin d’un rapport d’un groupe d’experts indépendant, le GEMIX. Il dévoilera la composition du bouquet énergétique idéal pour la Belgique de demain, même si la majorité des observateurs pensent que les orientations actuelles seront abandonnées et que les centrales électriques nucléaires bénéficieront d’un sursis.

« L’activité des centrales nucléaires pourrait être prolongée », explique M. Van Rentergem. Chaque centrale a un programme de gestion de son cycle de vie, qui peut être porté à 60 ans ou plus si les technologies anciennes sont remplacées et les procédures de sécurité mises à jour. Les générateurs de vapeur ont été remplacés dans toutes les centrales. Elles sont donc en bon état et peuvent fonctionner encore longtemps.

Le secteur nucléaire belge ne se réduit pas pour autant à la production d’énergie. la Belgique montre aussi la voie en matière de technologies nucléaires, d’élimination de déchets radioactifs, de déclassement d’installations nucléaires et de médecine nucléaire.

« La Belgique a une longueur d’avance dans les technologies de gestion des déchets, et nous disposerons bientôt d’un dépôt grâce auquel nous pourrons approfondir nos recherches. Notre laboratoire souterrain nous a déjà permis de mener de nombreuses expériences, dont la qualité est reconnue dans le monde entier », affirme M. Van Rentergem.

Forte de sa réputation, la Belgique n’hésite pas à aider d’autres pays, afin d’assurer une sécurité maximale des activités nucléaires.

« Nous collaborons beaucoup avec les pays d’Europe de l’Est récemment devenus membres de l’Union européenne, tels la Hongrie et la République tchèque. Nos priorités sont l’élimination des déchets et l’élaboration de nouveaux protocoles d’appui aux opérations connexes », déclare M. Van Rentergem.

L’Institut des radioéléments est l’un des meilleurs au monde pour la recherche en médecine nucléaire, dont l’objet est d’améliorer les traitements contre le cancer. « Au niveau mondial, nous sommes premiers pour la production de l’isotope 131 de l’iode et deuxièmes pour la production de l’isotope 99 du molybdène ».

« Quelle que soit la décision du gouvernement, le secteur nucléaire belge a pris les devants en prévision du passage d’une politique d’utilisation de l’énergie nucléaire à une politique d’abandon de celle-ci. En effet, nous développons des solutions nouvelles ou améliorées afin que d’autres pays exploitent à leur tour cette énergie en produisant moins de déchets radioactifs », indique M. Van Rentergem.

 

Pour voir les travaux de l'OCDE sur le thème de l'énergie, www.oecd.org/energie

Voir aussi le dossier sur la Belgique : www.oecd.org/belgique

 

©L’Observateur de l’OCDE, n°270-271, décembre 2008 - janvier 2009




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