L’Agence pour l’énergie nucléaire

Dans les 50 années à venir
Président du Comité de direction de l’énergie nucléaire et Directeur de l’Office of Nuclear Energy, Safety and Security, Département d’État des États-Unis

©Reuters/Robert Pratta

L’Agence de l’OCDE pour l’énergie nucléaire (AEN) a 50 ans. Sa naissance est antérieure à celle de l’OCDE, puisqu’elle remonte à 1958, en tant que division de l’Organisation européenne de coopération économique. Elle est devenue depuis un organisme d’envergure mondiale qui couvre quatre continents. Quel est son avenir ?

Agence très spécialisée, l’AEN s’emploie à développer et à maintenir la coopération internationale dans les domaines scientifiques, technologiques et juridiques indispensables à une exploitation sûre, écologique et économique de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques.

Si l’AEN n’existait pas, les pays dotés de l’énergie nucléaire chercheraient à inventer une institution similaire. Pour les pays qui estiment qu’un bouquet énergétique efficace doit comprendre le nucléaire, l’AEN est l’enceinte idéale pour réfléchir ensemble au moyen de rendre l’énergie nucléaire plus sûre, plus rentable et plus efficiente. Tous les pays ne sont pas favorables à l’énergie nucléaire pour parvenir à la sécurité énergétique, avant tout pour des raisons environnementales et de gestion des déchets. Mais même parmi ceux-ci, certains sont membres de l’AEN car ils considèrent qu’il est aussi dans leur intérêt de rendre l’énergie nucléaire aussi sûre et fiable que possible.

Au fil des ans, l’AEN et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à Vienne, son équivalent créé en 1957 mais dont les membres sont plus nombreux, ont travaillé ensemble afin de mettre plus efficacement au service de l’humanité les avantages potentiels de l’énergie nucléaire. Les missions de l’AIEA et de l’AEN sont complémentaires, l’AEN s’employant à améliorer les capacités et la sécurité des programmes relatifs à l’énergie nucléaire de ses membres, tout en s’efforçant de coopérer avec les autres pays qui lancent leurs propres programmes.

Quels défis nous réservent les 50 prochaines années ? Voici une brève série d’observations personnelles qui montrent que l’importance de l’AEN ne peut que croître :

Premièrement, l’usage de l’énergie nucléaire va s’étendre aussi bien dans les pays en développement que dans les pays développés.

Deuxièmement, pour les pays en développement, la création d’une infrastructure, notamment d’une infrastructure réglementaire, est une condition essentielle.

Troisièmement, la complémentarité de l’AEN et de l’AIEA est déterminante pour renforcer la sécurité, l’efficacité et la rentabilité de l’énergie nucléaire.

Quatrièmement, dans la lutte contre la non-prolifération, l’AIEA joue un rôle décisif en veillant à l’application de ses garanties.

Cinquièmement, le statu quo dans les pratiques énergétiques serait inacceptable face à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre.

Sixièmement, les prévisions de croissance rapide de la demande d’électricité impliquent une forte augmentation de la production en base. La récession pourrait ralentir cette demande d’électricité mais seulement pendant un court laps de temps.

Septièmement, les combustibles fossiles ne sont plus considérés comme la meilleure source d’énergie pour augmenter fortement la production d’électricité en base, non seulement du fait de leurs émissions mais aussi de leurs réserves limitées à terme.

Huitièmement, les énergies renouvelables (éolien, solaire) pourraient être utiles localement et devenir rentables en petites quantités, mais il semble peu probable qu’elles puissent fournir de l’électricité dans la fourchette des 1 000 à 1 600 MWe nécessaires, ce que peut l’énergie nucléaire.

Enfin, son absence d’émission de carbone fait de l’énergie nucléaire une option valable pour faire face à un besoin croissant d’électricité tout en s’efforçant de stabiliser ou de réduire les gaz à effet de serre.

J’estime que nous avons besoin de programmes électronucléaires ambitieux. Mais pour lancer de nouveaux programmes ou développer ceux qui existent déjà, il faudra probablement un soutien important des gouvernements, en particulier compte tenu des conditions financières actuelles.

Or, les coûts de construction se sont véritablement envolés. Il y a quelques mois, le directeur général d’une entreprise américaine spécialisée dans les réacteurs nucléaires évoquait son projet de construire deux nouveaux réacteurs nucléaires, pour un coût de 10 à 12 milliards de dollars, contre environ 2 milliards de dollars par réacteur il y a quelques années. Sachant que la valeur totale de son entreprise ne dépassait pas 27 milliards de dollars, le directeur expliquait qu’un tel pari de 10 à 12 milliards de dollars était le meilleur moyen de courir droit à la faillite en cas de problème majeur.

La gestion des déchets reste un problème, même si des efforts ont été faits en ce sens. À mon avis, des solutions devraient émerger, peut-être pas dans l’immédiat, mais dans un avenir proche.

Dans 100 ans, les différences d’avec l’époque actuelle ne se limiteront pas aux styles vestimentaires, aux voitures moins consommatrices ou aux avions plus rapides. En 2108, les différences technologiques avec notre époque seront aussi importantes que celles qui nous séparent de 1908. L’AEN a 50 ans. Comparez la technologie en 1950 avec l’époque actuelle. Si l’on tient compte de l’accélération du progrès technique, le monde en 2058 sera aussi éloigné de nous que nous le sommes de 1950 ou de 1958.

Par ailleurs, une question récurrente porte sur la possibilité pour les pays de gérer ensemble le stockage de déchets en grande quantité. C’est une question sensible, qui se posera avec une plus grande acuité à mesure que l’industrie nucléaire se développera ; or, il s’agit précisément du type de question que l’AEN peut aider à clarifier grâce à l’objectivité de ses données et de ses connaissances.

Entre-temps, les États devront continuer à mettre en place des infrastructures, à réglementer la sécurité, à faciliter la construction et le financement de réacteurs. Dans ce monde du XXIème siècle où la mondialisation progresse rapidement, les gouvernements attendent de l’AEN que sa contribution à l’énergie nucléaire dans les 50 prochaines années soit aussi inestimable que dans les 50 dernières. Je suis convaincu que, moyennant un soutien approprié, l’Agence pourra veiller à ce que la phase d’expansion de l’énergie nucléaire des prochaines années soit la plus sûre, la plus fiable et la plus féconde de l’histoire de l’énergie nucléaire.

Référence 

AEN (2008), Perspectives de l’énergie nucléaire, Paris.

©L’Observateur de l’OCDE nº 270/271, décembre 2008-janvier 2009




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