Éducation innovante

Centre pour la recherche et l'innovation dans l'enseignement

©André Faber

Le Centre de l’OCDE pour la recherche et l’innovation dans l’enseignement a célébré son 40ème anniversaire en 2008. Il a encore un bel avenir devant lui.

Un professeur d’une grande école de commerce espagnole remarquait récemment que ce qu’on oublie le plus facilement en période de crise, c’est de réfléchir. Il aurait pu dire « réfléchir de manière innovante ». Depuis 40 ans, c’est ce que fait le Centre de l’OCDE pour la recherche et l’innovation dans l’enseignement (CERI) : aider professionnels de l’éducation et décideurs publics à réfléchir pour relever les défis et préparer l’avenir. Comment les modes d’enseignement et d’acquisition de connaissances évoluent-ils face aux progrès scientifiques, aux nouvelles technologies et à la diversification des populations d’élèves ? Qu’en est-il de l’innovation en classe ? Quels seront les systèmes éducatifs et les écoles de demain ? Telles sont quelques-unes des nombreuses questions que le CERI examine depuis sa création.

Ces questions trouvent un écho important aujourd’hui, en particulier dans le climat d’inquiétude créé par les perturbations économiques et financières. À certains égards, 2008 ressemble à 1968, année de la création du CERI. Un moment qui ne devait rien au hasard : dans l’effervescence des événements, on recherchait autant des changements sociaux et politiques qu’un renouvellement des analyses et des méthodes, surtout concernant l’enseignement. Désireuse d’innover, l’OCDE a donné naissance au CERI.

À la fin des années 1960, l’éducation a connu un développement rapide, d’une part pour répondre à la demande issue du « babyboom », d’autre part parce que son rôle pour valoriser le capital humain était de plus en plus reconnu. Par ailleurs, le rôle de l’instruction dans la réduction des inégalités sociales était de plus en plus évident. C’était l’une des grandes conclusions de la recherche en éducation, encore balbutiante dans les années 1960, mais qui se développait à pas de géant. Le désir d’expérimentation a alors suscité un fourmillement d’innovations partout dans le monde.

De cette exaltation ambiante a émergé l’idée d’un centre international dédié à la recherche et à l’innovation dans l’enseignement, au sein de l’OCDE et donc en relation avec les décideurs publics. Ce centre nécessitait à la fois la vision et l’esprit d’entreprise de ses architectes, notamment Ron Gass, directeur du CERI pendant les 20 premières années de son existence (voir l’article de Ron Gass page 33), et le soutien financier de deux grandes fondations – la Fondation Ford et celle de la Royal Dutch Shell.

Le CERI occupe une place particulière parmi les programmes de l’OCDE relatifs à l’éducation. Il appréhende les situations dans leur globalité, grâce à des études prospectives comprenant différentes disciplines et différents acteurs. Cela permet de compléter les travaux comparatifs de statistiques, d’analyses et d’examens de l’éducation menés par les autres services. On connaît moins le rôle de « pépinière » que joue le CERI pour des travaux plus courants de l’OCDE, favorisant le développement de nouveaux domaines d’études et les transférant à d’autres une fois sur pied. Tel est le cas de Regards sur l’éducation. Cette publication de l’OCDE a commencé sa vie au CERI en 1992 et s’y est développée pendant une dizaine d’années avant d’acquérir la haute reconnaissance dont elle jouit aujourd’hui.

Au lieu d’examiner les domaines d’action définis dans les limites institutionnelles traditionnelles – comme les politiques relatives à la petite enfance, l’éducation et la formation professionnelle, l’enseignement supérieur, les politiques relatives aux enseignants et aux administrations, l’évaluation – le CERI adopte une approche transversale pour traiter des questions complexes, ce qui serait difficile dans le monde cloisonné et politisé des systèmes éducatifs nationaux. Une sélection des titres publiés par le CERI illustre cet esprit transversal et tourné vers l’avenir (voir encadré).

Ainsi, par exemple, le CERI s’efforçait de mettre en place la formation continue dans les années 1970, bien avant les décideurs publics dans les années 1990. Ses premiers travaux sur l’incapacité (« handicapé » n’était plus un terme admis) préconisaient une réorganisation de l’enseignement pour permettre de scolariser autant que possible les élèves concernés dans le circuit scolaire ordinaire, et indiquaient les mesures pour y parvenir. Le CERI fut également pionnier en comprenant comment les « nouvelles technologies » – terme employé à l’époque – pouvaient transformer l’enseignement de la lecture, de l’écriture, des sciences et des mathématiques, là encore bien avant que l’investissement dans les technologies de l’information et des communications ne devienne une priorité.

Tout aussi ambitieuses, certaines études récentes du CERI apportent parfois des conclusions dérangeantes à de nouvelles questions, comme la gestion des connaissances : en appliquant la recherche consacrée aux organisations et pratiques à d’autres secteurs de pointe, le CERI a soutenu que dans l’éducation, la gestion actuelle des connaissances était inadaptée à un monde où le savoir joue un rôle central. Dans « Quel avenir pour nos écoles ? », nous avons présenté les évolutions possibles de l’école en 2020 avec six scénarios, étude largement utilisée depuis dans les pays membres et non membres de l’OCDE pour élargir les horizons des politiques éducatives.

Les travaux du CERI sur le commerce des services éducatifs ont d’abord agacé plus d’un professionnel de l’éducation, déstabilisés par le langage économique et les enjeux liés à ce type d’échanges. Pour beaucoup, il était inadmissible que la formation devienne une activité économique mondiale. Or, l’analyse a révélé l’ampleur de ce marché international – environ 2,4 millions d’étudiants étrangers dans l’enseignement supérieur dans les pays de l’OCDE – ainsi que les disparités énormes entre exportateurs et importateurs de services éducatifs. Les technologies ouvertes et la création en commun du savoir, et leurs conséquences pour les droits de propriété intellectuelle, droits de copie, stratégies commerciales et de marketing : toutes ces questions ont été abordées par les travaux précurseurs du CERI.

Mais ce dernier ne s’est pas contenté d’examiner les établissements, les salles de classe et les technologies. Nous avons également creusé la notion de capital humain. Pour l’étude Comprendre le cerveau, le CERI a réuni neuroscientifiques et professionnels de l’enseignement pour explorer ce domaine de recherche dynamique, et créer des synergies entre des disciplines d’ordinaire totalement cloisonnées. Comme indiqué dans cette revue, pour nous « c’est l’expérience qui modèle le cerveau ». Nous avons souligné l’importance de comprendre que l’adolescence est une période pendant laquelle « la puissance est là, mais pas le contrôle ». Ajoutons que l’apprentissage n’est pas réservé aux jeunes : les neurosciences indiquent que les cerveaux vieillissants conservent de remarquables capacités.

Quid de l’avenir ? Le CERI a entrepris de nouveaux projets ambitieux, sur les nouvelles manières d’apprendre à l’ère numérique, sur la formation des enseignants au service de populations d’élèves diverses, et sur le thème « apprendre pour innover ». De nouveaux ouvrages, séminaires et conférences sont en préparation. Le CERI pilotera également la contribution des directions travaillant sur l’éducation au programme de l’OCDE sur l’innovation. À cette fin, il améliorera la compréhension des compétences et des capacités nécessaires aux individus et aux pays pour être plus innovants, et posera quelques jalons pour améliorer les capacités d’innovation des systèmes d’enseignement et de formation.

Le Secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, a donné une bonne définition de la mission du CERI lors d’une conférence sur l’apprentissage en mai 2008 : « distinguer les signaux encore faibles mais significatifs qui se situent à la lisière de notre perception et les mettre en lumière, rapprocher des points de vue différents et souvent novateurs, offrir une enceinte internationale permettant de formuler de nouvelles idées et de nouvelles connaissances, et tout cela sans se perdre en spéculations théoriques mais au contraire, en gardant toujours l’action publique en ligne de mire. »

On n’a pas toujours le temps de réfléchir en période de crise, mais une chose semble évidente : plus que jamais, le savoir jouera un rôle majeur dans le monde d’après la crise. Cet avenir, le CERI y réfléchit, et il est prêt à en éclairer la voie pour les professionnels de l’enseignement et les décideurs publics, pendant longtemps encore.

Quelques travaux du CERI au fil du temps :

 

  • L’éducation récurrente : une stratégie pour une formation continue, 1973 
  • L’éducation des adolescents handicapés : intégration à l’école, 1981 
  • Les nouvelles technologies de l’information : un défi pour l’éducation, 1986 
  • L’école et les cultures, 1989 
  • Regards sur l’éducation, édition 1992 et suivantes 
  • L’éducation à l’environnement pour le XXIème siècle, 1995 
  • Société du savoir et gestion des connaissances, 2000 
  • Du bien-être des nations : le rôle du capital humain et social, 2001 
  • Quel avenir pour nos écoles ? 2001 
  • Enseignement supérieur : internationalisation et commerce, 2004 
  • Comprendre le cerveau : naissance d’une science de l’apprentissage, 2007
  • Giving Knowledge for Free: The Emergence of Open Educational Resources, 2007
©L’Observateur de l’OCDE nº 270/271, décembre 2008-janvier 2009




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