Repousser les frontières du haut débit

©David Rooney

Beaucoup d’utilisateurs du haut débit peuvent avoir le sentiment d’être laissés pour compte, en particulier dans les zones rurales. Quelles sont les solutions ?

Le haut débit a connu une énorme croissance ces trois dernières années. Selon le dernier rapport de suivi de l’OCDE, le nombre d’abonnés au haut débit dans la zone OCDE est passé de 83 millions fin 2003 à 221 millions en juin 2007, soit 187 % d’augmentation, avec un taux de couverture de 100 % dans certains pays. En outre, les prix ont baissé. Entre 2005 et 2006, le prix d’une connexion DSL standard a baissé de 19 % et celui des connexions par le câble de 16 %. Il semble que le « dernier kilomètre », c’est-à-dire, dans le jargon des télécommunications, la connexion directe entre le domicile et le central téléphonique, va être finalement parcouru, même si la pente est rude.Les principaux bénéficiaires du haut débit habitent les petites ou grandes villes, et les zones rurales de petits pays développés à forte densité de population. La Corée, le Japon et les Pays-Bas sont dans les premiers rangs pour l’utilisation du haut débit. Dans les zones densément peuplées, chaque central dessert un grand nombre d’abonnés.Lorsqu’il est disponible dans les zones rurales, le haut débit est rapidement adopté. De fait, de nouvelles études de l’Ofcom, l’autorité de régulation et de concurrence au Royaume-Uni, montrent que les ménages des zones rurales (pas seulement ceux qui habitent près des villes et y travaillent mais aussi ceux de lointaines îles écossaises) sont maintenant aussi bien connectés au haut débit que les citadins.Cependant, en général, les zones rurales dépendent encore beaucoup des lentes connexions de l’accès commuté. À la différence du haut débit, l’accès commuté évolue lentement. En 2004, les connexions DSL étaient 36 fois plus rapides que l’accès commuté… Et 146 fois plus rapides deux ans après. Les nouvelles technologies augmentent la vitesse du haut débit mais pas celle de l’accès commuté, ce qui condamne beaucoup de ménages ruraux et villageois dans la plupart des pays de l’OCDE à un « marasme numérique », sinon à une forme de marginalisation.Les connexions sans fil sont la solution évidente. Le WiMAX (« World Interoperability for Microwave Access ») était naguère célébré comme la nouvelle technologie qui réintégrerait les abonnés ruraux, mais les opérateurs de réseau ont pris une autre direction. Au lieu de déployer la norme WiMAX relativement ancienne, conçue pour les lignes fixes et capable de couvrir de grandes distances, ils ont choisi la norme des réseaux mobiles, plus récente. L’ennui est que ceux-ci sont plus courants dans les environnements urbains denses et, au mieux, dans les zones rurales proches des grandes villes.On déplore souvent le manque d’infrastructure, bien que des pays vastes et à population dispersée comme l’Australie, le Canada et les États-Unis aient réussi à étendre le haut débit dans des zones reculées, en partie grâce aux poteaux et fils installés il y a des décennies pour les réseaux téléphoniques. En l’absence d’infrastructure, comme dans une grande partie du monde en développement, l’implantation du haut débit s’annonce difficile (voir l’article suivant).L’infrastructure à elle seule ne résoudra pas tous les problèmes. Trop souvent, les abonnés au haut débit se retrouvent sur la touche, perplexes face à la lenteur de leur connexion. C’est que la définition du « haut débit » ou « large bande » est elle-même large, en particulier pour les systèmes sans fil. La force du signal dépend de la proximité de l’utilisateur à un central. Selon l’autorité de régulation du Royaume-Uni, les utilisateurs situés dans un rayon de 4km autour d’un central peuvent télécharger au débit de 8 Mbit/s annoncé par le fournisseur, alors qu’à 8 km le signal arrive péniblement, à une vitesse entre 2 et 0,5 Mbit/s. Seuls 20 % des abonnés habitent assez près pour bénéficier de la vitesse annoncée.L’OCDE recommande que les fournisseurs informent de ces disparités, mais ceux-ci rétorquent que ces informations risquent d’embrouiller les clients. La lenteur des connexions provient aussi de la « survente » de bande passante par les fournisseurs, qui présupposent que la plupart des gens ne sont pas en ligne au même moment. Étant donné en outre le solide appétit de certaines applications, comme la vidéo en flux, qui consomment beaucoup de bande passante, les fournisseurs pourraient bientôt être obligés de limiter le volume mensuel de données qu’un abonné est autorisé à transférer.D’après le rapport de suivi de l’OCDE, le haut débit est le plus répandu dans les pays qui ont encouragé la concurrence par la régulation mais aussi là où les foyers sont desservis par au moins deux fils chacun (câble, téléphone). Les clients les mieux lotis sont ceux qui peuvent choisir entre un grand nombre de fournisseurs de haut débit, en particulier si chaque fournisseur peut assurer la connexion avec son propre fil. Mais les investisseurs répugnent à construire des réseaux différents pour chaque compagnie, de même qu’on ne construit pas un aéroport pour chaque compagnie aérienne desservant une même ville. En conséquence, la concurrence résulte en majeure partie des réglementations imposant aux compagnies de téléphone de partager, moyennant une modeste redevance mensuelle, l’unique ligne téléphonique en cuivre desservant les foyers. Ce n’est pas la solution idéale, mais ces réglementations sont la principale source de concurrence dans le haut débit.Il existe des moyens de promouvoir des lignes matérielles supplémentaires vers chaque foyer et d’accroître le choix des consommateurs. Une solution consiste à tirer parti des infrastructures passives, comme les conduites ou poteaux, y compris celles qui appartiennent aux réseaux de distribution de l’électricité. Le haut débit sans fil ou par satellite sont aussi des possibilités, mais sans doute peu réalistes pour les zones reculées n’ayant qu’un seul fournisseur. Ces difficultés peuvent être surmontées. L’essentiel est que les gouvernements, les entreprises et les individus réalisent le potentiel du haut débit, au-delà de la télévision haute définition, du téléchargement de musique et de vidéo, et autres divertissements. Le haut débit permet d’accroître le télétravail – près d’un cinquième des travailleurs aux États-Unis télétravaillent au moins une fois par mois – ce qui pourrait réduire les coûts du transport et de la pollution, et aussi stimuler l’économie des régions reculées. Le haut débit peut améliorer les services publics et l’administration électronique et, dans l’éducation, on constate que les ménages ayant le haut débit utilisent davantage les outils d’apprentissage en ligne. Dans l’UE, il y a un lien évident entre la proportion des professeurs qui intègrent les TI dans leur enseignement et le pourcentage d’écoles connectées au haut débit.L’amélioration des soins de santé est un autre domaine où le haut débit peut jouer un rôle. D’après les estimations d’une étude américaine, au cours des 25 ans à venir, les applications de santé reposant sur le haut débit pourraient générer des économies d’au moins 927 milliards de dollars en soins aux personnes âgées et aux handicapés, et des études américaines et européennes entrevoient des économies majeures dans les dépenses de santé avec, par exemple, le suivi à distance des cardiaques ou le partage de radiographies.Un autre secteur où le haut débit serait clairement bénéfique est le commerce électronique, qui a connu une forte croissance ces dernières années mais qui est loin d’avoir atteint tout son potentiel. Aux États-Unis, la proportion d’utilisateurs du haut débit qui achètent en ligne est supérieure de 20 points de pourcentage aux utilisateurs du bas débit. Des pays aussi variés que la Corée, le Royaume-Uni ou l’Australie signalent tous de fortes augmentations des ventes en ligne ; en 2006 au Canada, les ventes en ligne ont connu pour la cinquième année consécutive une croissance à deux chiffres. Cependant, le commerce électronique ne représente encore qu’une petite part du total du commerce de détail, et environ 70 à 95 % de toutes les transactions électronique sont inter-entreprises (« B2B »). Là encore, les zones rurales éloignées des centres commerciaux pourraient être revivifiées par le commerce électronique.Le haut débit a renforcé des activités existantes comme le courrier électronique, la recherche d’informations ou les achats en ligne, tout en suscitant des innovations comme la diffusion de vidéo en flux ou de podcasts. Les passe-temps traditionnels, comme écouter la radio ou regarder la télévision, se pratiquent de plus en plus en ligne. En France, beaucoup de services autrefois accessibles par le Minitel, comme la réservation d’un billet de train, ont entièrement migré vers le web. En outre, bien que la couverture rurale reste insuffisante, le haut débit a néanmoins aidé beaucoup de collectivités éloignées à développer de meilleures communications.Bien que le haut débit se soit diffusé beaucoup plus rapidement parmi les ménages que le téléphone ou l’ordinateur, il n’y a que neuf pays de l’OCDE où plus de la moitié des ménages utilisent le haut débit, et certains pays de l’OCDE connaissent encore de très faibles taux d’adoption. La marge de croissance est énorme.Les responsables publics doivent favoriser la concurrence sur les marchés du haut débit tout en maintenant des incitations à l’investissement privé. Le piratage numérique, l’interopérabilité, les contenus libres et la propriété intellectuelle, les accords de distribution, les normes de concession de licence, etc. sont aussi des questions à traiter.Il y a aussi des coûts. D’infrastructure, certes, mais aussi d’utilisation. Par exemple, écouter la radio en ligne consomme plus d’énergie que la radio traditionnelle, avec des conséquences pour l’environnement et les dépenses d’énergie. La diffusion « en continu », par réseau à grande largeur de bande, commence aussi à être critiquée pour sa voracité énergétique. D’un autre côté, un haut débit bien intégré permet des économies de transports et réduit la consommation d’énergie.Le bilan global des coûts et avantages penche en faveur du haut débit. Il continuera à croître dans les villes, petites ou grandes, notamment parce que les prix sont très compétitifs, à un niveau de 1 à 3 % du PIB mensuel moyen par tête dans la zone OCDE. Pour en étendre les avantages, les gouvernements devraient s’efforcer de mieux évaluer les besoins généraux de leurs pays. En étendant le haut débit dans les petites villes et les villages, et en en promouvant plus activement les avantages, ils pourraient hausser le potentiel économique de ces collectivités dans tous les pans de l’économie.  LTRéférences ©L’Observateur de l’OCDE n° 268, juillet 2008



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