Changement climatique

Un nouveau contrat
Président de l’AFL-CIO et de la TUAC*

©Reuters/Josa Manuel Ribeiro

Les modèles de croissance actuels ne sont pas viables, et il est urgent de changer de cap en adoptant une trajectoire sobre en carbone. Pour les syndicats, cela suppose aussi une transformation du monde du travail.

Nous entendons sans cesse qu’il faut choisir entre un climat stable et une économie mondiale forte. C’est là un faux choix.L’économie mondiale ne peut pas prospérer sans un climat stable et des sources d’énergie durables. Le réchauffement planétaire est synonyme de crise mondiale, de pénuries d’eau et alimentaires et de villes noyées sous les eaux. Cet avenir-là, je l’ai vu à la Nouvelle- Orléans : c’est un avenir dont les premières victimes sont les plus démunis, les plus vulnérables, les travailleurs pauvres. Comment nous épargner ce futur de crises planétaires et de souffrances pour les plus défavorisés d’entre nous ? Pouvons-nous tirer parti des crises pour créer de nouvelles perspectives, ou allons-nous continuer à faire comme si de rien n’était en attendant la prochaine catastrophe ?De toute évidence, il est temps de corriger notre trajectoire et d’envisager une économie juste et durable qui profite à tous.Dans le monde du travail, un certain nombre de possibilités et de perspectives s’offrent. Selon une récente étude, l’industrie environnementale a créé plus de 5,3 millions d’emplois aux seuls États-Unis – dix fois plus que l’industrie pharmaceutique. En Europe, une hausse de 20 % de l’efficacité énergétique permettrait de créer un million d’emplois environ. En 10 ans à peine, les programmes d’énergies renouvelables en Allemagne et en Espagne ont fait naître des centaines de milliers d’emplois. En 2020, l’Allemagne comptera davantage d’emplois dans le secteur des technologies environnementales que dans l’industrie automobile. Elle est devenue l’un des leaders mondiaux dans le domaine de l’énergie solaire : son ensoleillement n’est pas exceptionnel, mais sa capacité d’innovation et son savoir-faire manufacturier le sont. Des opportunités de changement tout aussi formidables s’offrent dans les pays émergents et en développement.C’est un exemple pour tous : édifier une économie sobre en carbone, ce n’est pas simplement exploiter les énergies solaire et éolienne et réduire les émissions de gaz à effet de serre, c’est aussi faire évoluer les lieux de travail existants tout en veillant à offrir un travail décent.Nous, syndicats, sommes convaincus de la nécessité de transformer le travail. Pour bâtir l’économie « écologique » dont nous avons besoin, il ne suffira pas de produire de nouveaux biens ou sources d’énergie ; il faudra transformer la chaîne de production elle-même en faisant appel à la créativité et aux compétences des travailleurs. Et en plus des emplois qui seront potentiellement créés pour la protection de l’environnement, d’autres verront le jour dans les secteurs en amont et en aval. Les emplois traditionnels devront aussi être améliorés pour contribuer à la transformation du monde du travail, de ses technologies, de son organisation et de ses produits finaux.Dans les récentes Perspectives de l’environnement à l’horizon 2030, l’OCDE déplore les politiques actuelles concernant le changement climatique, mais aussi l’eau et la biodiversité, car elles sont manifestement insuffisantes pour protéger notre avenir et celui de nos enfants. On peut contester les chiffres, mais pas le message de fond : les modèles de croissance actuels ne sont pas viables, et il est urgent d’adopter une trajectoire sobre en carbone. Les points suivants sont fondamentaux.Premièrement, aucune production ne saurait être « respectueuse de l’environnement » sans respect des droits des travailleurs et sans formation continue aux emplois de demain. Les travailleurs sont en première ligne face aux conséquences de la dégradation de l’environnement, qui se répercute sur leur sécurité et la santé de leurs familles. Ils ont donc aussi un rôle indispensable à jouer, celui de gardien des lieux de travail et de la planète, pour peu qu’on leur en donne le droit. Deuxièmement, une transformation majeure de nos méthodes de production sera impossible si nous ignorons ceux à qui cette évolution fera perdre leurs moyens d’existence. En l’absence d’un projet bien défini pour assurer une transition juste et équitable vers une économie sobre en carbone, le consensus mondial nécessaire pour passer à l’action ne pourra être obtenu.Enfin, il ne peut y avoir d’économie respectueuse du climat et de l’environnement sans politiques ambitieuses pour accompagner le monde du travail sur la voie de la réduction des émissions et de l’amélioration de l’utilisation des ressources et de l’énergie, et sans politiques assurant que les investissements, les emplois et la prospérité seront répartis de façon équitable dans et entre les pays.Les « emplois verts » constituent l’avantage le plus immédiat d’une économie sobre en carbone. Mais il faut aller plus loin et mettre en place un développement plus juste et plus durable, dans lequel les emplois sont source de prospérité et de progrès social, et porteurs d’un environnement plus viable pour les générations futures.L’édification d’une économie verte nous offre une véritable occasion de tourner la page et de façonner des emplois meilleurs et plus justes pour tous au niveau mondial. D’après les scientifiques, il ne nous reste que très peu de temps. Commençons dès aujourd’hui.*L’AFL-CIO est la Fédération américaine du travail et le Congrès des organisations industrielles, www.aflcio.org.La TUAC est la Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE : www.tuac.org.Lire d’autres articles de John Sweeney sur www.observateurocde.org. OCDE (2008), Perspectives de l’environnement de l’OCDE à l’horizon 2030, Paris.

©L’Observateur de l’OCDE n° 267, mai-juin 2008



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