L'Afrique émerge

©Reuters/Sphiwe Sibeko

Alors que l’économie mondiale s’enlise, en proie aux effets de la crise des subprimes, de la flambée des prix du pétrole et de l’instabilité des marchés financiers, il peut paraître surprenant que pour la quatrième année consécutive, le continent africain affiche une croissance économique sans précédent.

Dans l’édition 2008 des Perspectives économiques en Afrique parue en mai, les gros titres sont assurément de bon augure : hausse de 5,7 % du PIB, et de 3,7 % pour le PIB par habitant en 2007, avec des estimations optimistes pour 2008. Mais la réalité derrière ces chiffres est plus complexe.

Tout d’abord, la croissance est très variable selon les pays. Et lorsqu’elle est au rendez-vous, ses retombées sur les plus démunis ont généralement été limitées.

Il ne faut pas oublier un facteur absolument déterminant : en Afrique, une part disproportionnée de la croissance économique dépend des exportations de pétrole. En 2008, la croissance moyenne du PIB réel des pays exportateurs de pétrole devrait atteindre 6,8 %, alors qu’elle ne devrait pas dépasser 4,9 % dans les pays importateurs, avec toutefois des décalages notables à l’intérieur de ces deux groupes. Les écarts devraient cependant s’atténuer en 2009, avec des prévisions de croissance fortement réduites pour l’Angola et un mouvement de reprise dans certains pays importateurs de pétrole, dont le Kenya, l’Afrique du Sud et le Sénégal, qui devraient renouer avec leurs trajectoires de croissance.

Pour tirer parti de leurs recettes actuelles, les pays africains exportateurs de pétrole doivent accroître leurs capacités dans d’autres secteurs que les industries extractives (certains pays importateurs de pétrole ont commencé à le faire), améliorer les conditions offertes aux entreprises et utiliser la manne pétrolière pour financer des trajectoires de développement plus diversifiées. La diversification demeure un véritable défi : les sept pays les moins diversifiés du continent africain et quatre des cinq pays qui dépensent le moins pour l’éducation (en pourcentage du PIB) sont exportateurs de pétrole, à l’exception notable de l’Algérie et du Nigeria.

La flambée des prix alimentaires a créé une situation critique ces derniers mois. Les pays importateurs de pétrole se sont retrouvés face à des hausses soutenues et simultanées des prix de l’énergie et de l’alimentation. Les pays exportateurs ont également souffert, la forte progression de la demande intérieure entraînant un renchérissement des prix pour les consommateurs. D’après les Perspectives économiques en Afrique de 2008, le renforcement de la production alimentaire locale et de l’intégration régionale pourrait contrebalancer les effets négatifs de la hausse des prix alimentaires sur la croissance et la stabilité à long terme.

La pénurie généralisée de main-d’œuvre qualifiée, l’obsolescence des équipements, l’inadéquation des programmes menés et un certain déphasage avec le marché de l’emploi continuent de peser sur l’avenir de l’Afrique. D’après le chapitre spécial des Perspectives sur la valorisation des compétences techniques, le manque de valorisation du capital humain en Afrique mène à une inadaptation de la main-d’œuvre au marché du travail.

Les pays africains prennent cependant conscience de ces lacunes, et de l’importance des compétences techniques pour la compétitivité, la cohésion sociale, l’amélioration de l’emploi et la lutte contre la pauvreté. Ils sont donc plus nombreux à tenter de réformer leurs systèmes de formation, mais ont pour cela besoin de financements et de conseils sur les meilleures pratiques. L’ouvrage recommande d’intégrer des orientations relatives à la formation dans leurs politiques de l’éducation et de l’emploi, et de cibler précocement les secteurs offrant les meilleures possibilités d’emploi. Des partenariats solides avec le secteur privé sont également essentiels pour développer les compétences demandées sur le marché du travail.

Quelles sont les perspectives sur un plan plus général ? Grâce à l’amélioration de la stabilité macroéconomique et aux ressources supplémentaires des pays exportateurs de pétrole et de minerais, les pays africains peuvent tirer parti d’une croissance vigoureuse et soutenue en réduisant la pauvreté et en renforçant le progrès social et les infrastructures. Mais de nouvelles menaces apparaissent. Les gouvernements doivent se mobiliser face aux chocs causés par la flambée des prix alimentaires et son lot de troubles politiques. Des facteurs de vulnérabilité subsistent : dépendance excessive vis-à-vis d’un seul produit de base, pénuries d’énergie et ralentissement économique au niveau mondial. La gouvernance politique et économique en Afrique sera donc véritablement mise à l’épreuve.   RJC

Note : En sept ans d’existence, les Perspectives économiques en Afrique sont devenues un baromètre du développement économique, social et politique de 35 pays représentant 87 % de la population et 95 % de la production du continent. Les Perspectives sont publiées depuis l’origine par le Centre de développement de l’OCDE et la Banque africaine de développement, et depuis 2008 avec le concours de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA). Elles s’appuient également sur les travaux de centres de recherche africains et sont à ce titre le produit d’un partenariat unique. Elles peuvent être commandées sur www.oecd.org/librairie, ISBN 9789264046436.

©L’Observateur de l’OCDE n° 267, mai-juin 2008

 




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