Les instruments économiques face au défi du changement climatique

Ministre de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi, présidente de la Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres de 2008

©Charles Platiau/Reuters

Face au défi du changement climatique, l’année 2008 sera décisive. J’espère qu’elle permettra de bâtir un consensus international afin d’aboutir à un accord à Copenhague en 2009, propre à approfondir les acquis de Kyoto.
En juillet, le sommet du G8 portera notamment sur le changement climatique. En décembre à Poznan, la 14ème conférence des pays membres de l’ONU consacrée au changement climatique devrait permettre de poser les bases d’un accord global.Au sein de l’Union européenne, la négociation sur le paquet énergie-climat se poursuivra tout au long de l’année : les pays de l’Union européenne se doteront ainsi d’instruments plus performants, afin de tenir leurs engagements sur les réductions de gaz à effet de serre.Dans cette perspective, la réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres est selon moi l’occasion d’échanges sur les outils économiques que nous, pays de l’OCDE, pouvons promouvoir afin de poursuivre les efforts engagés pour une diminution durable des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial.Nous nous réunissons en effet autour d’un thème nouveau pour les pays de l’OCDE : l’économie du changement climatique, et les instruments que les États sont susceptibles de mobiliser face à ce défi. Le réchauffement climatique est, aussi, un enjeu économique. Le rapport Stern nous l’a démontré : a minima, si rien n’est fait, le changement climatique pourrait aboutir à une perte de PIB substantielle pour l’ensemble de nos économies. Les dommages économiques causés par le changement climatique seraient de 5 à 20 fois supérieurs aux sacrifices que les systèmes économiques devraient supporter pour lutter efficacement contre l’effet de serre.Nous savons aujourd’hui que le coût de l’inaction est supérieur au coût de l’action. Nous savons également que le temps nous est compté pour éviter un réchauffement des températures mondiales de plus de 2°C à échéance 2050, qui aurait des conséquences irréparables.Promouvoir une approche économiqueMinimiser les coûts que la lutte contre l’effet de serre va entraîner pour les systèmes économiques me paraît un enjeu fondamental pour en assurer la viabilité et l’acceptabilité, et ceci en particulier en privilégiant les outils et options de réduction les plus efficaces d’un point de vue économique.Face à cet enjeu, les pays de l’OCDE peuvent, et à mon sens doivent, mobiliser différents types d’instruments économiques. L’étendue des coûts que nous devrons consentir pour lutter efficacement contre le changement climatique dépendra justement de l’efficacité des politiques mises en place. Nous devons débattre des différentes options permettant de mettre en oeuvre les stratégies de lutte contre le réchauffement climatique les plus efficientes.Associer les économies émergentesLe réchauffement climatique est un enjeu mondial, au-delà des seules préoccupations des pays de l’OCDE. De plus, on sait désormais que le coût de la limitation des émissions de gaz à effet de serre ne reposera pas également et équitablement sur les différentes économies. Dans la lutte contre le réchauffement climatique, les économies émergentes auront relativement plus à perdre en termes de PIB que les économies développées. Il paraît donc légitime de différencier les efforts demandés aux pays émergents et aux pays industrialisés.Je me réjouis à cet égard que les ministres de grands pays non membres et de pays en développement participent à nos travaux. Leur contribution devra nous permettre de réfléchir ensemble à un partage des efforts équilibré au niveau mondial. Il faudra dans tous les cas associer les grandes économies développées et les économies émergentes dans une approche globale.Choisir les leviers les plus efficaces Dans ce contexte, la réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres pourra, je l’espère, nous permettre de progresser sur certains points à mes yeux essentiels.En premier lieu, nos politiques doivent contribuer, avant tout, à établir des signaux de marché propres à influer sur le comportement des agents économiques. C’est en donnant un juste prix au carbone que nous pourrons durablement inciter les consommateurs et les entreprises à adopter des comportements compatibles avec les objectifs de réduction des gaz à effet de serre que nous nous sommes fixés dans plusieurs enceintes internationales.Un signal prix clair sur le long terme aura également des effets déterminants pour promouvoir les efforts les moins coûteux d’innovation et de diffusion des technologies. J’estime, à cet égard, que chaque État a la responsabilité de mettre en place les outils économiques qui, en transmettant un signal prix sur le vrai coût des gaz à effet de serre pour la société, inciteront l’ensemble des acteurs à faire les choix permettant d’aller vers une économie plus sobre en carbone. Il existe de multiples instruments économiques pour parvenir à ce résultat : la réunion que nous tiendrons en juin me paraît une enceinte appropriée pour examiner les avantages et les inconvénients des différentes solutions envisageables. Mais je tiens à souligner que sans signal économique durable porté par les politiques des différents États, les agents économiques risquent de ne pas changer de comportement.En deuxième lieu, il nous faudra également réfléchir aux mécanismes qui permettraient d’éviter qu’un partage déséquilibré des efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre ne se traduise par une relocalisation des émissions et des investissements vers les pays les moins volontaires dans leur politique. Il ne paraît ni acceptable, ni économiquement justifiable, d’envisager que le refus de participer à l’effort mondial de réduction des émissions de gaz à effet de serre puisse dans les faits se traduire par un avantage compétitif.En troisième lieu, il me paraît essentiel de réfléchir aux modalités d’implication du secteur privé dans la lutte contre le réchauffement climatique. À titre d’exemple, dans les deux prochaines décennies, l’AIE estime que près de 20 000 milliards de dollars seront investis dans le secteur de l’énergie : la plus grande partie reposera sur le secteur privé. Mettre en place les bonnes incitations pour favoriser des investissements sobres en carbone par le secteur privé apparaît ainsi comme un enjeu fondamental pour l’avenir.En dernier lieu, je pense que les réponses économiques à la question du partage des efforts au niveau international devront retenir toute notre attention. Des incitations pourraient ainsi être envisagées pour amener les pays émergents à fournir des « sacrifices » supplémentaires pour la stabilisation du climat. Mais je tiens également à souligner toute l’utilité qu’il y aurait à relier les ressources financières qui seront délivrées par les pays développés à la mise en place de politiques nationales incitatives et de programmes d’action renforcés et mesurables en faveur de la lutte contre le changement climatique dans et par les pays qui en bénéficieraient. Sans une telle position commune, nous risquons en effet de subventionner des activités sans réelle valeur ajoutée en matière de lutte contre le changement climatique.La lutte contre le réchauffement climatique est l’un des défis majeurs auxquels l’humanité est aujourd’hui confrontée. Nous ne pouvons nous satisfaire des seuls efforts actuels, limités à certains États. La palette des instruments économiques disponibles pour répondre à cet enjeu est large. La réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres constitue une excellente opportunité pour discuter, et plus tard décider, des instruments les plus pertinents.Consulter www.minefi.gouv.fr©L’Observateur de l’OCDE n° 267, mai-juin 2008


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