Transport et énergie : le défi du changement climatique

Secrétaire général du Forum international des transports*

©ITF/DR

Pour le secteur des transports, très important émetteur de gaz à effet de serre, réduire les émissions constitue un immense défi, surtout lorsque la plupart des prévisions annoncent le doublement, voire le triplement, des transports au cours des 30 prochaines années.

Pour le secteur des transports, très important émetteur de gaz à effet de serre, réduire les émissions constitue un immense défi, surtout lorsque la plupart des prévisions annoncent le doublement, voire le triplement, des transports au cours des 30 prochaines années.L’année 2007 a été remarquable en ce qui concerne l’attention politique mondiale accordée au problème du changement climatique. Du Brésil à Bali, plus personne en effet ne peut se faire d’illusion sur l’importance de l’enjeu. Heureusement, les gouvernements des pays de l’OCDE (à l’origine de la plus grande partie des émissions de gaz à effet de serre) commencent à agir, bien qu’il reste encore beaucoup à faire.C’est pourquoi la première session du Forum international des transports, qui se tiendra à Leipzig (Allemagne) du 28 au 30 mai 2008, aura pour thème « Transport et énergie : Le défi du changement climatique ».Cette nouvelle plateforme offre aux décideurs des secteurs privé et public un cadre unique pour élaborer les stratégies et mesures à mettre en oeuvre, aux plans national et international, pour contribuer à atteindre l’objectif de réduction des émissions mondiales d’environ 50 % au cours des cinquante prochaines années. De fait, sans amélioration dans le secteur des transports, cet objectif sera très difficile à atteindre. On trouve dans les travaux consacrés aux instruments, aux carburants de substitution et aux comportements des conducteurs, par exemple, de nouvelles idées et données sur les options possibles, leurs avantages et leurs coûts respectifs. Le Forum, en réunissant les principaux acteurs concernés autour des dernières analyses, est un lieu idéal pour formuler des politiques ambitieuses et responsables pour l’avenir du secteur des transports.cliquer ici pour agrandirLes décideurs de ce secteur y auront l’occasion de montrer comment ils s’attaquent concrètement au problème du réchauffement planétaire. De nombreux chercheurs de premier plan et représentants d’organisations non gouvernementales viendront également débattre des mesures pour réduire au mieux l’impact du secteur sur le climat.Le Forum ne sera pas un lieu pour échanger des généralités, mais un événement à haut niveau axé sur l’action. Cette année, la Chancelière allemande Angela Merkel s’adressera aux participants. Des personnalités éminentes de l’industrie comme Thomas Enders, PDG d’Airbus et Thierry Morin, PDG de Valeo, et des milieux universitaires, comme Julia King, auteur du récent rapport intitulé « The King Review on low carbon cars », interviendront également.Les dirigeants des principales organisations internationales apporteront aussi leur contribution, aux côtés de Angel Gurría de l’OCDE et de Nobuo Tanaka de l’Agence internationale de l’énergie. Autrement dit, la première session annuelle du Forum international des transports promet de marquer une étape importante dans l’action à mener face au changement climatique.Les transports représentent bien sûr plus qu’un enjeu environnemental. Ils sont à la base de la croissance économique et de la cohésion sociale. Ils constituent une force d’ouverture, d’intégration et même de paix dans le monde, et s’inscrivent dans le patrimoine qui sera transmis aux générations futures.Pourtant, on ne saurait éluder le fait que ces avantages immenses sont compromis par d’autres conséquences, notamment environnementales. Les transports sont encore trop polluants et leurs émissions posent de graves risques sanitaires, en particulier dans les pays où les normes environnementales sont faibles.La sécurité demeure également une préoccupation importante. Plus d’un million de personnes meurent sur les routes du monde chaque année.Mais le changement climatique est un défi nouveau, plus vaste. Nous savons aujourd’hui comment réduire les émissions de nombreux polluants classiques et faire baisser le nombre d’accidents, mais pouvons-nous découpler la croissance dans les transports de l’augmentation des émissions de CO2 ? Le secteur des transports est déjà à l’origine de près du quart des émissions mondiales de CO2 provenant de la combustion de carburant, et cette part augmente. Elle est de 30 % dans la zone OCDE. Le problème est que, malgré des innovations technologiques prometteuses, les transports sont presque exclusivement tributaires du pétrole. Ils sont ainsi vulnérables – et, avec eux, des économies entières – aux chocs pétroliers. Il devient de plus en plus urgent, à mesure que croissent nos économies, d’améliorer l’efficacité des transports et de mettre au point de nouvelles technologies.Mais la forte croissance mondiale des transports va compliquer la tâche de réduction des émissions de CO2 au cours des 30 prochaines années. Les échanges vont continuer d’augmenter, comme les revenus, et la motorisation va progresser dans les pays en développement, notamment en Chine et en Inde.Le trafic aérien de passagers sera multiplié par 2,5 entre 2005 et 2025, et le fret aérien, par trois. De même, les volumes de fret maritime devraient tripler entre 1980 et 2020. Ces deux modes de transport méritent la plus grande attention, mais les chiffres indiquent que la priorité d’action va au transport routier.Quel que soit le mode de transport considéré, la situation actuelle n’est pas viable et de nouvelles politiques s’imposent. Il faut notamment encourager les progrès technologiques pour les véhicules et les équipements, notamment pour améliorer l’efficacité énergétique.Du côté de la demande, nous devons mieux gérer notre mobilité, ce qui n’implique pas nécessairement de la restreindre. De meilleures politiques d’aménagement, des investissements dans les transports publics et la tarification des infrastructures routières en vue de réduire la congestion sont des solutions à envisager. Les opinions et expériences à ce sujet varient bien sûr beaucoup et un débat approfondi est nécessaire pour que les décideurs s’entendent sur la voie à suivre.On fonde de grands espoirs sur de nouvelles sources d’énergie et de spectaculaires percées technologiques. Mais, si celles-ci se matérialisent un jour, ce ne sera pas avant quelques décennies et il est essentiel de procéder dès aujourd’hui aux améliorations déjà possibles, éprouvées et abordables, comme le perfectionnement des pneus, des lubrifiants, des systèmes de climatisation et d’éclairage, sans oublier le comportement au volant.Nous devons aussi éviter de miser aveuglément sur des options coûteuses comme les biocarburants, qui ne sont ni rentables ni forcément bons pour l’environnement. L’innovation est bien sûr essentielle et nous devons favoriser des progrès technologiques décisifs, mais cela ne doit pas nous détourner des mesures réalisables et efficaces d’ores et déjà à notre portée. Le même raisonnement vaut pour les solutions à l’échelle mondiale. Celles-ci sont certes idéales, mais leur mise en oeuvre ne se fera pas du jour au lendemain. Il faudra que les normes applicables aux véhicules convergent, et l’instauration d’une taxe carbone mondiale ou la création d’un marché efficace d’échanges de droits d’émission demanderont du temps. Nous devons bien sûr viser ces objectifs, mais nous pouvons dès aujourd’hui progresser de différentes façons dans différentes régions. Les pays de l’OCDE doivent donner l’exemple, mais d’autres pays peuvent également mettre en place des incitations pour nettement améliorer leurs performances.Le Forum international des transports de mai sera certainement l’occasion d’entendre de nombreux avis et solutions. Il nous faut encourager les idées véritablement novatrices et travailler à leur concrétisation, mais il est également primordial de mettre en place dès que possible des solutions simples et efficaces. Parmi toutes les mesures à disposition, l’amélioration de la consommation de carburant est celle qui permet de réaliser les économies les plus importantes, et de la façon la plus rentable.Cette tâche requiert une action des pouvoirs publics pour stimuler les investissements et sensibiliser les consommateurs. Des normes, des incitations fiscales et des campagnes d’information sont nécessaires pour promouvoir le développement de véhicules moins gourmands. Il faut aussi encourager une conduite plus économe en carburant par des programmes de formation et la promotion de la technologie embarquée, par exemple. C’est le genre de mesures abordables et éprouvées que notre session de Leipzig doit préconiser. Elles laissent entrevoir des résultats réels et immédiats, y compris pour l’environnement.* Le Forum international des transports est une plateforme mondiale et un lieu de rencontre au plus haut niveau sur les transports, la logistique et la mobilité. Issu de la transformation récente de la Conférence européenne des ministres des Transports, le Forum international des transports est une institution intergouvernementale appartenant à la famille OCDE. Des représentants éminents des gouvernements et du secteur politique, du monde des affaires et de l’industrie, de la recherche et de la société civile s’y rencontreront chaque année pour discuter d’un sujet d’importance stratégique mondiale lié au transport. La première session annuelle du Forum – « Transport et énergie : le défi du changement climatique » – aura lieu à Leipzig, du 28 au 30 mai. Pour plus de renseignements, voir www.internationaltransportforum.orgL’Observateur de l’OCDE tient à remercier Kumi Kitamori et Helen Mountford, de la direction de l’Environnement, pour leurs précieux conseils à l’occasion de ce dossier spécial sur l’environnement.©L’Observateur de l’OCDE n° 266, mars 2008


Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016