Mieux construire

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Activité économique, technologie, évolution démographique, mondialisation et urbanisation : il est essentiel de comprendre les facteurs qui influent sur l’environnement mondial et les liens qui les unissent pour définir des plans d’action efficaces. À cet égard, villes et bâtiments constituent un excellent point de départ.

La population mondiale s’élève aujourd’hui à près de 7 milliards d’individus et pourrait atteindre 8 à 10 milliards en 2030, selon les prévisions de l’ONU. Pour l’environnement, une question cruciale se pose : comment nos modes de production et de consommation, et de fait l’ensemble des structures économiques, vont-ils évoluer et se transformer sous l’effet de cette poussée démographique accompagnée d’une intensification des phénomènes d’urbanisation, de mondialisation et de modification du climat ?Prenons l’exemple de la mondialisation. Moteur d’une croissance sans précédent dans de nombreux pays, la mondialisation est également source de tensions, notamment au niveau environnemental. D’ailleurs, certains n’hésitent pas à imputer les dérèglements climatiques à la mondialisation rapide de l’économie et à la quête permanente d’économies d’échelle, de parts de marché et de ressources qu’elle entraîne.Mais la mondialisation représente aussi la solution à de nombreux problèmes environnementaux : elle favorise la diffusion des connaissances et des meilleures pratiques, l’innovation et les nouvelles technologies. Elle peut également améliorer la gouvernance mondiale : comme l’indiquent les Perspectives de l’environnement de l’OCDE, de plus en plus d’accords commerciaux régionaux prévoient des mesures sur l’environnement. Par ailleurs, la mondialisation génère des richesses qui peuvent ensuite être réinvesties dans la protection de l’environnement.Il est cependant difficile d’anticiper le rythme et l’ampleur de ce phénomène, qui a déjà subi de nombreuses mutations : l’historienne de l’économie Emma Rothschild décrivait la mondialisation au 18ème siècle dans un numéro précédent (voir références). À chacune des étapes, les interactions entre les territoires et les populations se sont renforcées, des moyens de communications plus efficaces et plus rapides (navires en 1770, Internet aujourd’hui) ont permis d’intégrer de nouvelles régions.Le resserrement des liens entre l’Europe et l’Amérique du Nord, il y a 250 ans, avait même conduit certains à envisager la création d’un parlement de l’Atlantique Nord ! L’émergence de la Chine, de l’Inde et du Brésil sur la scène mondiale exige une nouvelle approche pour la gestion de l’économie et de l’environnement. De nouvelles puissances émergeront certainement dans les années à venir et la mondialisation pourrait suivre un rythme encore plus effréné, entraînant une intensification des pressions environnementales et économiques. Il est donc urgent d’agir dès aujourd’hui pour adapter nos modes de consommation et de production de manière à progresser vers une économie plus sobre en carbone.Comment y parvenir ? L’étude des villes et des bâtiments dans lesquels nous vivons apparaît comme un bon point de départ.Construire des villes mondiales
Aujourd’hui, les villes sont reliées comme les noeuds d’un réseau mondial : elles sont les moteurs de la mondialisation, comme en témoigne leur poids économique et démographique. Près des trois quarts de la population de l’OCDE vivent dans des zones urbaines, dans des proportions qui varient de 97 % en Belgique à 58 % en Slovaquie. Près d’un cinquième de la population française habite Paris et sa banlieue, qui représentent 25 % du PIB national. En Corée, un quart de la population vit à Séoul, qui génère la moitié du PIB du pays.On assiste aujourd’hui à une véritable explosion des mégalopoles, qui comptent chacune plusieurs millions d’habitants et sont caractérisées par des centres denses et une périphérie étendue. En 1950, 83 villes comptaient plus d’un million d’habitants ; elles étaient plus de 400 en 2000. Aujourd’hui, les mégalopoles de plus de 10 millions d’habitants sont nombreuses : Tokyo, Séoul, Mexico, Mumbai, Sao Paulo, New York, Lagos, etc.Près de la moitié de la population mondiale vit dans des zones urbaines et cette proportion devrait augmenter, probablement au rythme de 2,1 % par an jusqu’en 2030. Exception faite des villes situées aux États-Unis, au Mexique et en Turquie, les Perspectives de l’environnement de l’OCDE prévoient une croissance urbaine globale modérée de 0,75 % par an dans l’OCDE, la part de la population résidant en zones urbaines passant de 76 % aujourd’hui à 82 % en 2030.La majeure partie de la croissance urbaine aura lieu dans les pays en développement. L’urbanisation rapide s’accompagne d’une augmentation de la circulation, de la pollution et des infrastructures et éventuellement par des changements dans l’utilisation des sols pouvant influer sur la biodiversité, etc. Un milliard de citadins vivent déjà dans des logements insalubres et leur nombre devrait s’accroître. Il n’est donc pas surprenant que l’OCDE considère cette question comme une priorité absolue de l’action publique.Du point de vue environnemental, il n’existe aucun modèle urbain idéal : les politiques doivent souvent être conçues selon les conditions locales. Néanmoins, les problèmes engendrés sont toujours les mêmes. Les villes concentrées peuvent présenter des avantages, comme des économies d’énergie et d’eau grâce au regroupement des activités et des individus. Mais elles engendrent également des embouteillages, de la pollution, un manque de confort et des problèmes de santé. Les villes étendues causent quant à elles un allongement des temps de transport, une consommation de carburant plus élevée et des dégâts sur la biodiversité avec la réduction du territoire des campagnes.Le problème des mégalopoles est qu’elles cumulent souvent les inconvénients des deux modèles. Mais ces difficultés peuvent être surmontées de manière abordable par des actions publiques adaptées, mobilisant règlements, outils de planification, technologies et marchés.On peut citer en exemple les nombreux programmes entrepris dans les zones urbaines de l’OCDE pour améliorer les moyens de transport, dans le cadre d’un effort pour assainir la vie en ville et la rendre moins néfaste pour l’environnement : le péage urbain de Londres (New York pourrait lui emboîter le pas) ; les Vélib’, vélos en libre-service à Paris ; les diverses initiatives favorisant les « véhicules propres » à Los Angeles et à Tokyo. Avec la hausse des prix du carburant et les préoccupations de santé publique, ce genre de mesures devraient se multiplier. Elles donnent naissance à de nouveaux marchés, stimulent la valeur des terrains et augmentent à terme la popularité des centres ville. Des machines à vivre
L’architecte franco-suisse Le Corbusier a qualifié les bâtiments de « machines à vivre ». Or, ces machines consomment beaucoup de ressources : outre le bois, le gravier, l’eau et les produits chimiques, elles représentent jusqu’à 40 % de la consommation finale d’énergie dans les pays de l’OCDE. Les bâtiments dévorent également de l’espace : si le taux de croissance actuel de la construction résidentielle se maintient en Chine, une surface équivalente à l’ensemble du parc immobilier de l’UE15 sera construite ces 20 prochaines années. Les activités de démolition nuisent également à l’environnement, en libérant des déchets chimiques par exemple.La construction offre aux décideurs l’occasion de changer les choses. Des mesures fiscales et des normes d’efficacité énergétique transforment déjà le secteur dans de nombreux pays, en créant de nouveaux marchés (et de nouveaux comportements) concernant l’énergie renouvelable, l’isolation, l’éclairage et les matériaux (voir la table ronde ministérielle). En Europe, les maisons sont désormais notées en fonction de leur efficacité énergétique, tandis que l’Allemagne innove dans la construction de maisons « passives » qui, grâce à leurs matériaux, à leur conception et à leur orientation, permettent de réduire de 50 % les charges liées au chauffage et à la climatisation.Le processus ne fait que commencer et il reste beaucoup à faire pour mettre en place l’infrastructure nécessaire au bon fonctionnement des systèmes d’énergie : formation d’ingénieurs et d’ouvriers compétents pour réparer les panneaux solaires, mise en place de systèmes de facturation, etc. Mais grâce aux bonnes technologies, à la concurrence et à des cadres réglementaires adaptés, de nouvelles approches apparaîtront. Les économies d’énergie à petite échelle, notamment pour les logements individuels, deviendront possibles. En Californie déjà, les maisons dotées de panneaux solaires sont moins chères que celles raccordées au réseau traditionnel.À certains égards, nous traversons une phase d’expérimentation, testant de nouvelles idées, parfois risquées, pour le bien des générations futures, à l’image du projet BedZED près de Londres. Abréviation de « Beddington Zero Energy Development », cet ensemble résidentiel lancé en 1993 et habité depuis 2002 a un « impact neutre » en carbone avec ses panneaux solaires, ses terrasses orientées vers le sud, ses cheminées combinant air chaud et air froid et son recours à la bioénergie.Ce projet novateur a des avantages (consommation d’énergie pour le chauffage réduite de 88 %, empreinte écologique diminuée de moitié) et quelques aspects négatifs, notamment une chaudière à combustible solide polluante et un filtre gourmand en énergie pour les toilettes alimentées par eau de pluie.On apprend en faisant et, tout comme les cités-jardins du 19ème siècle ont contribué à une amélioration des conditions de logement au début du 20ème siècle en Europe, des projets comme BedZED (financé par un fonds de lutte contre la pauvreté) pourraient servir d’exemple pour les villes durables du futur. Grâce à l’amélioration et à l’expansion du marché mondial des nouvelles technologies, les villes du monde entier pourront réduire leur empreinte écologique.La capacité d’adaptation des villes dépend en grande partie de l’aptitude des décideurs à être ouverts à de nouvelles idées, aux nouvelles pratiques et aux nouveaux marchés. Dans le village planétaire, la plupart d’entre eux le seront probablement.Références©L’Observateur de l’OCDE Édition spéciale avril 2008


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