Des faits durables

Brice Lalonde

Entretien avec Brice Lalonde, Président de la Table ronde sur le développement durable. «On ne peut gérer l’environnement sans une économie forte.»
La remarque prend un relief particulier dans ce bureau surplombant le bois de Boulogne, « poumon vert » d’un ouest parisien riche mais engorgé. Brice Lalonde, ancien ministre français de l’Environnement et écologiste de toujours, a succédé en février 2007 au Néo-Zélandais Simon Upton à la tête de la Table ronde sur le développement durable organisée à l’OCDE. Deux fois candidat écologiste à la présidence française, M. Lalonde lance avec un éclair de malice dans les yeux : « Les écologistes ont tendance à considérer l’entreprise comme l’ennemie de l’environnement – je ne suis pas d’accord».La Table ronde sur le développement durable a été créée en 1998 pour permettre à des représentants de premier plan de gouvernements, d’ONG, d’entreprises et d’institutions, d’élaborer et d’expérimenter de nouvelles idées, ainsi que de trouver un consensus sur les actions à mener pour le développement durable. La « règle de Chatham House » sur la confidentialité y est appliquée pour faciliter les échanges d’opinions. La formule plaît, puisque plus de 100 ministres et plus de 60 dirigeants du secteur privé, et de nombreuses organisations internationales gouvernementales et non gouvernementales, ont assisté à cette Table ronde. Pour M. Lalonde, c’est la première fois que des réunions intelligentes de haut niveau permettent aux participants de s’accorder véritablement sur des faits. « Il est remarquable de voir des ministres heureux d’être là, pour discuter ou simplement écouter et apprendre ».Mais pourquoi l’OCDE ? M. Lalonde semble surpris par cette question : « L’OCDE joue un rôle important dans les questions liées à l’environnement. On n’en parle pas assez ! »La politique et la négociation sont primordiales dans ses nouvelles fonctions. « Les entreprises sont prêtes à changer, mais les gouvernements doivent les aider davantage en fournissant des signaux clairs, une prévisibilité à long terme, des réglementations et des cadres appropriés. Le marché du carbone est un exemple : il est prêt à décoller, mais les gouvernements sont réticents et veulent être rassurés sur les emplois, l’investissement et les capacités du secteur privé d’être à la hauteur. »Les gouvernements doivent établir des normes – pour l’industrie, les bâtiments, les voitures. Et le marché ne suffit pas forcément : « Je pense que les gens sont prêts à agir pour l’environnement, mais il leur manque les outils nécessaires. C’est là que l’OCDE intervient ». M. Lalonde évoque la solide réputation de l’organisation : ses statistiques, ses pratiques exemplaires pour les entreprises, ses travaux sur les produits chimiques et la fiscalité, ses instruments juridiques et même le principe pollueur-payeur, sur lequel, « si je me souviens bien, l’OCDE a été la première à travailler ». Les outils économiques sont extrêmement précieux pour traiter l’environnement, observe-t-il, « moins spectaculaires que certaines mesures, mais beaucoup plus mesurables. C’est important, car nous avons besoin de méthodes, d’objectifs et d’échéances. Et pour ça, il nous faut des faits. »Et comme l’OCDE est prise au sérieux, elle peut aider les gouvernements à établir des normes d’efficacité énergétique et à attribuer un prix au carbone. À eux de faire avancer les technologies. « Tout le monde parle de l’énergie, mais les dépenses publiques consacrées à la R-D dans ce domaine sont bien moindres qu’il y a vingt ans. »Selon M. Lalonde, l’OCDE croit en une économie bien régulée qui offre de multiples solutions, y compris des interventions publiques appropriées. Lors de sa création, après la deuxième guerre mondiale, la mission de l’OCDE était « la réforme économique pour préparer la paix », en rupture avec le « protectionnisme qui nous avait amenés au conflit ». Pour lui, l’OCDE est le lieu idéal pour la Table ronde, « car montrer que les pays riches se soucient du développement, de l’équité et des migrations fait partie de la mission ».M. Lalonde se sent soutenu. « La sensibilisation à l’environnement a connu un développement sans équivalent. Lorsque j’étais jeune, nous ignorions l’existence du changement climatique. Le mouvement écologiste a fait connaître ces problèmes à l’opinion publique, puis le Sommet de la Terre en 1992 à Rio et ses deux conventions sur le changement climatique et la biodiversité ont suivi. » Aujourd’hui, l’environnement est une préoccupation générale, explique-t-il : « Vous ne trouverez plus un seul économiste pour soutenir que l’environnement naturel ne fait pas partie du capital. » Depuis le Sommet de Rio, le monde a toutefois changé : « l’Inde et la Chine ne jouaient pas un rôle aussi important ». Sans la mondialisation, estime-t-il, « la planète serait ignorante de la situation au Soudan ou en Afrique, de la condition des femmes sous les régimes intégristes, etc. »La Table ronde sur le développement durable, qui regroupe une douzaine de ministres, se réunit deux à trois fois par an. D’autres réunions ont également lieu. « Nous y invitons les pays émergents. Les ministres du Ghana, de la Chine et de l’Indonésie ont participé à la conférence sur les activités forestières illégales ». Cela étant, « il faudra que les pays de l’OCDE mettent de l’ordre chez eux avant de demander aux économies émergentes de faire le ménage ».Malgré son enthousiasme pour les énergies renouvelables, M. Lalonde est réaliste. « Le monde continuera d’utiliser les combustibles fossiles, y compris le charbon, pendant encore pas mal de temps. Il faudra donc adapter les centrales électriques au charbon pour capter et emprisonner le carbone. Cela ne sera peut-être pas possible avant dix ans. »Comment le nouveau président définit-il le développement durable ? « L’idée, pour moi, est celle d’une économie qui devrait nous permettre de mieux vivre tout en améliorant notre environnement et nos sociétés, dès maintenant et dans le contexte de la mondialisation. » ABL’Observateur de l’OCDE Nº 261 Mai 2007


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