Fabriqué en Chine

Presque tous les foyers chinois possèdent un téléphone portable. La Chine est actuellement le plus gros marché du monde de la téléphonie mobile, tant pour l’offre que pour la demande : en 2005, 303 millions de téléphones mobiles étaient fabriqués en Chine, plus que dans la plupart des pays de l’OCDE.
Et comme le soulignent les Perspectives des technologies de l’information de l’OCDE, la téléphonie mobile n’est pas le seul secteur des technologies de l’information et de la communication (TI ou TIC) où la Chine se distingue. La même année, ce pays a également produit 81 millions d’ordinateurs, s’adjugeant la deuxième place sur le marché du PC, et est devenu le troisième producteur mondial de semi-conducteurs. Cette croissance phénoménale de la production a tiré vers le bas les coûts mondiaux des TI et a contribué à intégrer ces produits à la vie quotidienne. En termes de dépenses, la Chine se classe actuellement au sixième rang du marché mondial des TI, ce qui fait un débouché d’exportation important pour les pays de l’OCDE.La nouvelle économie est également très dynamique. Fin 2005, la Chine comptait 111 millions d’internautes, contre 94 millions en 2004. Le nombre d’utilisateurs du haut débit s’élevait à 64,3 millions. L’Inde, autre géant des TI, doté d’une population équivalente et d’un potentiel considérable, ne comptait que 35 millions d’internautes la même année.La croissance économique chinoise est prodigieuse : près de 10 % par an depuis 20 ans. Ceci s’explique en partie par le dynamisme des exportations, couplé à la faiblesse des coûts de production. Les TI représentaient 30 % des exportations chinoises en 2005. Un an avant, la Chine était devenue le plus gros exportateur de produits de TI, dépassant l’UE, le Japon et les États-Unis. Depuis 1996, les échanges de produits de TI de la Chine progressent de presque 32 % par an. Le succès chinois diffère de celui du Japon et de la Corée : la Chine a depuis longtemps encouragé un fort investissement intérieur. Conscients que la production à forte intensité  de travail et à faible valeur ajoutée est déjà bon marché en Chine, les pouvoirs publics recourent en plus à des avantages fiscaux et autres incitations financières pour attirer les entreprises étrangères. Environ 55 % du total des exportations chinoises relèvent d’activités de production et d’assemblage, dont 58 % sont initiées par des entreprises étrangères, parmi lesquelles 38 % sont à capitaux exclusivement étrangers. De fait, sur les dix premières entreprises de hautes technologies en termes de chiffres d’affaires, pas une n’est chinoise.Dès lors, qu’est-ce qu’un produit « fabriqué en Chine » ? Après tout, une part importante du travail d’assemblage se fait en Chine, avec des composants souvent importés du Japon, du Taipei chinois, des États-Unis et d’Europe. De plus, les dernières étapes de l’assemblage et les essais finaux des produits sont parfois réalisés dans des pays tiers, et une grande partie des échanges de produits de TI de la Chine transite par Hong Kong, Chine. Cela entraîne une incertitude sur la définition du « fabriqué en Chine », qui transparaît dans les statistiques : les chiffres des exportations de TI de la Chine vers les États-Unis sont 48 % plus faibles que les chiffres réciproques des États-Unis pour les importations de produits de TI chinois. La Chine et le Japon ont tous deux enregistré des déficits commerciaux l’un envers l’autre pour les produits de TI.Même si elle est considérée comme le plus gros marché potentiel de TI, la Chine n’a pas encore pleinement récolté les fruits de sa production à grande échelle, particulièrement en termes de productivité. Hormis les téléphones mobiles, la grande majorité des Chinois n’utilisent pas encore les TI. La dépense de TI est plus faible en Chine (environ 4,5 % du PIB en 2005) que dans les principaux pays de l’OCDE (environ 9 % du PIB en 2005).Paradoxalement, si la baisse des coûts de TI due à l’offre chinoise a aidé les entreprises des pays de l’OCDE à se moderniser, à se réorganiser et à améliorer leur productivité, l’utilisation des TI reste à la traîne dans les entreprises chinoises. Des notions courantes dans les entreprises dynamiques des pays de l’OCDE, comme la gestion de la chaîne de valeur, la planification des ressources et les logiciels de gestion des connaissances, restent assez méconnues en Chine. Mais le gouvernement chinois a heureusement compris que la diffusion des TI peut améliorer la productivité et le développement de tous les secteurs, de l’agriculture aux services.Il existe aussi des difficultés géographiques. L’accès de la population chinoise aux TI est inégal, avec une importante « fracture numérique » entre zones urbaines et rurales. Si le nombre d’internautes chinois est élevé en termes absolus, il est faible au regard de la population. En 2005, ces 111 millions d’internautes ne représentaient que 8 % de la population, contre 50 % dans les pays de l’OCDE. La réduction de cette fracture numérique est devenue l’un des objectifs des pouvoirs publics. Les autorités chinoises souhaitent devenir un acteur mondial en passant de fabricant à bas coûts à fournisseur mondial de produits à forte valeur ajoutée, tels que les logiciels, la sécurité de l’information et les services informatiques. Ainsi, le gouvernement pousse les entreprises nationales à investir à l’étranger et à prendre part à des fusions et acquisitions, dans une quête de technologie et d’expertise. Cette stratégie « d’extériorisation » a motivé le rapprochement en 2004 des actifs télévision du chinois TCL avec le français Thomson, ou l’acquisition en 2005 par Lenovo de l’activité PC en Chine d’IBM.La recherche et le développement constituent une priorité. Dans son 11ème plan quinquennal pour 2006-2011, le gouvernement chinois a annoncé sa volonté de stimuler l’innovation nationale dans tous les secteurs de haute technologie, en accroissant l’investissement et la propriété de brevets, et de réduire la dépendance du pays à l’égard de la technologie et de la propriété intellectuelle étrangères. Certains y voient l’évolution la plus importante de la politique chinoise des TI.Si cela se produit – ou plutôt quand cela se produira – les pays de l’OCDE devront développer des stratégies pour conserver leur avance technologique en amont de la chaîne. Avec cet effort sur la recherche et le développement, le nombre croissant de diplômés en ingénierie et en sciences, en Chine comme à l’étranger, l’essor des entreprises privées, qui génèrent maintenant plus de la moitié du PIB du pays, et avec la diffusion croissante du commerce électronique, la Chine s’apprête à prendre une place prépondérante dans l’avenir des TI au niveau mondial. LTRéférences
  • Pour en savoir plus sur les technologies de l’information et de la communication en Chine, contactez Sacha.Wunsch-Vincent@oecd.org et Graham.Vickery@oecd.org.
  • OECD (2006), Perspectives des technologies de l’information, Paris. Disponible sur www.ocdelibrairie.org.
L'Observateur de l'OCDE, N° 257, octobre 2006


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