Promesses renouvelables

Les énergies renouvelables peuvent-elles satisfaire de façon rentable et propre notre insatiable appétit énergétique ?

Source: AIE

La demande mondiale d’électricité augmente rapidement, de même que la demande d’énergie pour les transports. Les énergies renouvelables ne sont pas encore en mesure d’égaler la densité énergétique des combustibles fossiles, et elles nécessitent de vastes superficies de terres, notamment pour produire des panneaux solaires. De l’énergie solaire à l’hydraulique, ces sources ne sont pas également réparties et leur fourniture peut être irrégulière (voir l’article de Vaclav Smil).
Néanmoins, les technologies et le savoir-faire s’améliorent, et la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique global a déjà commencé à augmenter. Associées à des politiques de maîtrise de la demande dans les entreprises et les résidences, elles pourraient assainir la situation d’ici 2030.Les principales sources d’énergie renouvelable sont l’hydraulique, la biomasse et les déchets, l’éolien, la géothermie, le solaire, et les énergies marémotrice et houlomotrice. L’hydroélectricité et la biomasse sont actuellement les plus exploitées, et l’utilisation de l’énergie éolienne progresse rapidement. En 2004, ces énergies renouvelables, biocarburants compris, ont couvert environ 13 % de la demande mondiale d’énergie primaire.Leur rôle est notable dans la production d’électricité : en 2004, elles représentaient quelque 18 % du total de térawattheures produits, et elles atteindront 21 % en 2030 si les tendances actuelles se poursuivent, selon le World Energy Outlook (WEO) 2006 de l’AIE. De nouveaux investissements, couplés à des politiques et des mesures plus vigoureuses, portent cette part à 26 %, ou plus, dans le scénario des politiques alternatives présenté dans ce même ouvrage.La majeure partie de la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables est hydroélectrique : sa part atteindra 16 % de la production totale en 2030, contre moins de 10 % pour toutes les autres sources renouvelables confondues. Certaines ressources hydrauliques sont sous-exploitées, un tiers seulement du potentiel mondial étant actuellement utilisé. Une expansion supplémentaire pourrait venir du monde en développement, mais à cause de contraintes de capacité, la part de l’hydraulique dans les approvisionnements électriques totaux n’augmentera pas beaucoup d’ici 2030, d’après le scénario des politiques alternatives de l’AIE, même avec de nouvelles politiques. L’apport des autres énergies renouvelables sera près de huit fois supérieur à son niveau actuel, notamment grâce au développement de l’énergie éolienne et de la biomasse. La contribution de l’éolien augmente de plus d’un cinquième dans le scénario des politiques alternatives, par rapport au scénario de l’AIE tablant sur des politiques inchangées. En fait, les possibilités d’amélioration de l’efficacité énergétique sont telles que nous pourrions accomplir beaucoup plus avec moins. Dans le scénario alternatif, réalisable à l’horizon 2030, la production totale d’électricité serait inférieure de 12 % au niveau du scénario de référence si des mesures de contrôle de la demande (de l’utilisation de lampes plus performantes à l’instauration de normes qualitatives dans le bâtiment) étaient  adoptées. La part du pétrole dans la production d’électricité, par exemple, tomberait de 7 % en 2004 à 2,9 % en 2030.Ces prévisions sont réalistes. Les coûts de recherche-développement pour perfectionner les technologies sont élevés, mais ils iront en diminuant avec le progrès technologique. C’est déjà le cas sur les marchés du solaire et de l’éolien, et le scénario des politiques alternatives du WEO 2006 estime à moins de la moitié du niveau actuel le coût d’investissement dans le solaire photovoltaïque en 2030. Lorsque plus du quart de la nouvelle capacité électrique fonctionnera aux énergies renouvelables, le coût du développement serait de 2 300 milliards de dollars (en dollars de l’année 2005), soit environ la moitié de l’investissement dans la production électricité des 25 prochaines années.Il existe cependant des limites aux promesses offertes par les énergies renouvelables. D’abord, les pays en développement ne seront probablement pas en mesure de les utiliser à grande échelle pour couvrir leurs besoins sans passer par l’étape des énergies conventionnelles comme le charbon. Néanmoins, les énergies renouvelables permettront un meilleur bouquet énergétique, et pourront limiter la consommation de certaines formes de biomasse peu salubres, comme le bois et le charbon brûlés dans des poêles peu performants, qui tuent chaque année près de 2 millions de personnes selon l’AIE. De toutes façons, la croissance rapide de pays comme l’Inde et la Chine réclame des densités d’énergie supérieures à celles que peuvent offrir actuellement les énergies renouvelables. Ces pays commencent à élaborer des politiques en faveur des énergies renouvelables, notamment pour réduire la pollution.Vraiment propre ?Les énergies renouvelables sont relativement respectueuses de l’environnement, mais pas dépourvues d’empreinte écologique. Elles sont très gourmandes en terres, même si les installations classiques comme les oléoducs, les gazoducs et les raffineries de pétrole occupent aussi de l’espace. La production de biocarburants pourrait réduire les cultures alimentaires, ce qui est problématique en période de croissance démographique. Par ailleurs, la production d’éthanol à base de maïs porte atteinte à la qualité des sols et consomme beaucoup d’eau. Alors que les biocarburants peuvent contribuer à la pureté de l’air en réduisant les émissions, comme c’est le cas au Brésil, il arrive aussi que les carburants hybrides soient utilisés dans des véhicules très gourmands, dont les émissions de CO2 restent élevées par rapport à celles d’autres véhicules.Même l’énergie hydroélectrique émet beaucoup de CO2 et de méthane lorsque la végétation submergée se décompose après le remplissage des réservoirs. Au fil du temps, les variations du niveau d’eau permettent la croissance d’une nouvelle végétation qui, lorsqu’elle est engloutie, subit une décomposition sans oxygène, d’où la production de méthane que les turbines des barrages, en brassant l’eau, renvoient dans l’atmosphère. Or, le pouvoir de réchauffement du méthane est 21 fois plus élevé que celui du dioxyde de carbone. Par ailleurs, nous connaissons les coûts environnementaux des combustibles fossiles, mais certains effets secondaires des énergies nouvelles sont encore inconnus. L’impact local des installations solaires ou éoliennes sur les habitats ou la végétation, voire sur les caractéristiques climatiques, est encore à l’étude. Les énergies renouvelables ont beau être séduisantes et propres, elles ne rendront pas le monde parfait. Elles sont cependant en vogue, provoquant l’enthousiasme et la création de débouchés, sans parler des valorisations boursières élevées. Comme toujours, les pays dotés d’un environnement propice aux entreprises en tirent bénéfice en premier. Au Royaume-Uni, où les énergies renouvelables ont reçu d’emblée un soutien politique, l’Alternative Investment Market (AIM) londonien compte déjà 20 entreprises cotées dont la capitalisation boursière cumulée avoisine 1,5 milliard de livres sterling. L’éolien et le solaire attirent aussi de grandes entreprises, notamment dans les secteurs de l’automobile et de l’énergie. British Petroleum (BP) a annoncé son intention d’investir 1,8 milliard de dollars dans le solaire photovoltaïque au cours des trois prochaines années. Ce sont de bonnes nouvelles pour l’industrie de l’énergie et les petites entreprises innovantes, ainsi que pour les sociétés sous-traitantes d’ingénierie, de construction et des technologies classiques. De nouvelles entreprises naîtront probablement, et elles défieront les grands et rigides opérateurs historiques de réseaux, car les technologies plus légères permettent une fourniture d’énergie plus souple, à un niveau plus local. Il faudra établir une réglementation favorable à cet égard.Les technologies des énergies renouvelables sont prometteuses, mais, comme nous l’avions dit à propos des « start-up » Internet en 2001, il faut se garder de l’euphorie. La dernière bulle Internet s’est achevée dans les larmes. Avec le réchauffement climatique, il est de l’intérêt de tous qu’une nouvelle économie fondée sur les énergies renouvelables s’implante fermement et de manière stable.  LT/RJCRéférences           AIE (2006), World Energy Outlook 2006, Paris.Consulter : www.worldenergyoutlook.org            Pour de plus amples renseignements sur les projets de BP, consulter : www.bpalternativenergy.com            Pour plus d’information sur les énergies renouvelables dans la publication World Energy Outlook de l’AIE, s’adresser à Maria.Argiri@iea.org  et Piotr.Tulej@iea.org  L’Observateur de l’OCDE Nº 258/259, Décembre 2006


Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016